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Milidou du tournesol : comment choisir une variété adaptée à sa situation ?

Pas de traitement en végétation, une survie dans le sol jusqu’à dix ans et une forte capacité d’évolution : le mildiou du tournesol est un adversaire coriace. Le choix variétal constitue un levier essentiel de protection, à raisonner en fonction de l’historique de la parcelle et à combiner avec certaines pratiques agronomiques.

Le mildiou est l’une des principales maladies fongiques du tournesol, qui affecte à la fois les jeunes plantules et les organes adultes. Dans les parcelles non protégées, les pertes de rendement peuvent atteindre 100 %. La maladie progresse un peu plus chaque année, à partir des régions historiques du Sud-Ouest et du Centre-Ouest. Cécilia Fontyn, chargée d’étude en phytopathologie au sein de Terres Inovia, indique que des régions qui semblaient indemnes jusqu’à présent, comme le Nord-Est, ont connu leurs premières attaques sévères en 2025. En parallèle, les races se diversifient et évoluent rapidement, avec aujourd’hui 24 races identifiées, dont neuf races officielles en France.

Un pathogène qui évolue rapidement

Face à la forte capacité d’adaptation du mildiou, les semenciers cherchent constamment la génétique qui va déclencher la résistance à la maladie, indique Hervé Ancillon, chef produit tournesol chez Limagrain. Ainsi, les variétés typées RM9 confèrent une protection contre les neuf races de mildiou. Mais le pathogène est capable de contourner une résistance génétique en quatre à cinq ans, à la faveur de la diffusion massive d’un même gène de résistance sur un territoire. Pour renforcer la durabilité des variétés, les semenciers privilégient des résistances reposant, non pas sur un gène, mais sur une complémentarité de plusieurs gènes spécifiques (gènes Pl). « La meilleure solution est une résistance polygénique sur chacun des parents, femelle et mâle », explique Hervé Ancillon.

Depuis 2020, une évolution de la race de mildiou 714, dénommée 714#, contourne le gène de résistance Pl8. En réponse, les semenciers proposent des variétés RM9# (appelées aussi RM9 +), dont la résistance repose sur un profil génétique renforcé. C’est le cas chez Limagrain, comme chez Lidea dont le chef de marché tournesol, Sébastien Poitevin, explique que ses variétés de la gamme Mildiou Master reposent sur « un pyramidage de gênes. » Le classement « # » n’est toutefois pas définitif : une variété peut être déclassée et entrer dans la liste des « variétés contournées » si des pertes d’efficacité sont observées au champ.

Une stratégie variétale à raisonner selon l’historique

Le choix d’une variété doit donc être adapté à la pression observée dans la parcelle et à son historique sanitaire. « Les observations réalisées en 2025 montrent que, dans la majorité des attaques sur variétés RM9, la race en cause est la 714#, précise Cécilia Fontyn. Les préconisations de lutte pour 2026 sont donc axées sur celle-ci. » Terres Inovia distingue plusieurs situations selon l’historique de la parcelle. Si une attaque significative a été observée sur une variété RM9 au cours des cinq dernières années, cela traduit une forte pression mildiou. Dans ce cas, l’institut technique préconise de semer une variété RM8# (résistance aux 9 races sauf la 334) ou RM9#, absente de la liste des variétés contournées, et d’y associer un traitement de semence, afin de répartir la pression entre leviers variétal et chimique.

En situation intermédiaire, si l’attaque a concerné une variété autre que RM9, il est conseillé de semer une variété RM9 avec traitement de semence ou RM9# sans traitement de semence. Enfin, si la parcelle est indemne de mildiou depuis cinq ans, en rotation courte (tournesol un an sur deux), le risque implique de semer une variété RM9 avec traitement de semence, ou RM8# ou RM9# sans traitement de semence. En rotation longue, l’agriculteur peut semer des variétés RM8, RM8#, RM9, RM9# sans traitement de semence ou choisir un autre profil variétal avec traitement de semence.

Un traitement de semence à manier avec précaution

Les deux chefs de produit tournesol précisent que le choix ou non d’un traitement de semence nécessite de prendre l’avis de son semencier ou distributeur. « Nous connaissons les constructions génétiques de nos variétés, et sommes en capacité d’évaluer l’opportunité d’un traitement de semence en complément de l’utilisation d’une variété résistante. De façon générale, nous estimons que ce n’est pas nécessaire, afin de préserver le traitement de semence pour les variétés moins résistantes et d’éviter in fine les contournements », explique Sébastien Poitevin, qui précise que les préconisations sécuritaires de Terres Inovia sont liées à des cas de contournements de RM9# en 2025. Cécilia Fontyn confirme en indiquant que « seul le semencier est en mesure de s’engager sur la justification ou non d’effectuer un traitement ».

En cas d’attaque, il est important de la signaler à son technicien ou à Terres Inovia, pour que des analyses soient réalisées et viennent enrichir la cartographie des races, insiste la chargée d’étude en phytopathologie. Cette connaissance est indispensable pour adapter la génétique des variétés, dans un contexte d’évolution rapide du pathogène.

Les leviers agronomiques sont incontournables

Les stratégies variétales ne sont pleinement efficaces que si elles s’appuient sur des pratiques agronomiques défavorables au mildiou, indique Hervé Ancillon de Limagrain. L’allongement de la rotation est un levier essentiel. Revenir tous les ans avec du tournesol accentue fortement le risque, alors qu’un retour tous les cinq ou six ans permet de réduire significativement la densité d’oospores viables dans le sol (survie pendant 10 ans).

En culture, le premier risque de contamination est au semis : « Les oospores ont besoin d’eau libre dans le sol pour germer et donner des zoospores qui vont infecter les plantules de tournesol. Cette situation est favorisée par un cumul de pluie de 50 mm sur 10 jours autour du semis », indique Cécilia Fontyn de Terres Inovia. Ensuite, la propreté de la parcelle est également à surveiller. Le mildiou est un pathogène biotrophe qui a besoin de plantes hôtes pour se développer : ce sont des adventices (ambroisie, xanthium…), des repousses de tournesol, ou certaines plantes d’intercultures (niger, sylphie). Un désherbage précoce, associé à la destruction des repousses de tournesol issues des semis précédents, limite la persistance de foyers secondaires.

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