Loi d’urgence agricole ou de simplification ? Suspension de la MACF oubliée ? Les céréaliers s’inquiètent au salon de l’agriculture
Les propos tenus par Sébastien Lecornu autour de la loi d'urgence agricole, requalifiée de loi de simplification, et de la MACF (taxe carbone) sur les engrais inquiètent fortement les poducteurs de grandes cultures.
Les propos tenus par Sébastien Lecornu autour de la loi d'urgence agricole, requalifiée de loi de simplification, et de la MACF (taxe carbone) sur les engrais inquiètent fortement les poducteurs de grandes cultures.
« Au salon international de l’agriculture, échanges avec les acteurs du monde agricole autour du projet de loi de simplification des normes en agriculture porté par Annie Genevard », avec ce tweet publié le 24 février à 9h45 en parallèle de sa visite du salon de l’Agriculture, Sébastien Lecornu a réveillé la colère des organisations spécialisées en grandes cultures de la FNSEA. Dans son message le Premier ministre parle de « mesures simples, de bon sens » et de citer : « un produit interdit en France ne revient pas dans l’assiette des Français par les importations, même règle pour tous » « soutien aux agriculteurs avec les contrats d’avenir et l’approvisionnement local », « sécurisation de l’accès à l’eau » et « protéger les élevages contre les nouvelles prédations du loup ».
Trois sujets sur lesquels les agriculteurs attendent un changement de cap, pas du toilettage ou de la simplification
« La FNSEA apprend que le projet de loi d’urgence agricole deviendrait un projet de simplification… sans aucune consultation ! » s’indigne rapidement le syndicat agricole sur X. « Après les mobilisations agricoles de cet hiver, le Premier ministre avait annoncé un projet de loi pour redonner de la visibilité aux agriculteurs sur la prédation, les moyens de production et l’eau. 3 sujets sur lesquels les agriculteurs attendent un changement de cap, pas du toilettage ou de la simplification. Nos agriculteurs et les consommateurs méritent plus de clarté et de sûreté. C’est ce que nous demandons depuis le début. Monsieur le Premier ministre, vous êtes au Salon ? Venez nous voir sur notre stand pour échanger vraiment avec ceux qui vivent l’agriculture au quotidien » poursuit la FNSEA.
🚨 La FNSEA apprend que le projet de loi d’urgence agricole deviendrait un projet de simplification… sans aucune consultation !
Après les mobilisations agricoles de cet hiver, le Premier ministre avait annoncé un projet de loi pour redonner de la visibilité aux agriculteurs sur… https://t.co/Y4eVQHXlmG— La FNSEA (@FNSEA) February 24, 2026
Lire aussi : Loi d’urgence agricole : la FNSEA arrive au salon de l’Agriculture avec sa liste de mesures
Les organisations spécialisées grandes cultures de la FNSEA inquiètes des propos de Sébastien Lecornu
Visiblement le Premier ministre n’a pas entendu le message, puisque l’après-midi toutes les organisations spécialisées grandes cultures de la FNSEA (AGPB, AGPM, CGB, UNPT et FOP) convoquent quelques journalistes pour leur communiquer leur inquiétude, voire leur colère. « Nous lui avons demandé aujourd’hui ce qu’il y avait dans la loi (d’urgence agricole, ndlr). Réponse : rien. Pire, la loi a été débaptisée en loi de simplification », peste Eric Thirouin, président de l’AGPB, rapportent nos confrères d’Agrafil.
Les associations craignent ainsi que leurs demandes ne soient pas prises en compte, et n’excluent pas de retourner manifester.
« La loi d’urgence a été renommée loi de simplification » l’urgence n’est pas partagée par @gouvernement FR @SebLecornu @EmmanuelMacron et les promesses ne sont pas tenues pic.twitter.com/Sb2yKkf91a
— CGB (@CGB_FR) February 24, 2026
Lire aussi : Céréaliers en crise : L’AGPB réclame 200 millions d’euros d'aides d'urgence
Autre crainte des producteurs de grandes cultures : quid de la suspension de la MACF ?
« Des promesses ont été faites. Le 7 janvier, le président tweetait qu’il y aurait suspension de dispositif MACF pour les engrais. Ce samedi, il nous a annoncé qu’il n’y aura pas de suspension de MACF », s’est ainsi inquiété Eric Thirouin, président de l’AGPB, selon nos confrères d’Agrafil.
L’entourage de l’Elysée confiait pourtant samedi continuer à se battre sur le sujet, précisant toutefois que ce dossier « n'était pas gagné au niveau européen ».
En janvier, le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic s'était engagé à ce qu’une fois adopté par les colégislateurs - d’ici le mois de février - la suspension du MACF puisse entrer en vigueur de manière rétroactive au 1er janvier 2026.
Sur le sujet, Sébastien Lecornu a republié hier soir un tweet dans lequel il déclare : « le coût des engrais ne doit pas plomber nos grandes cultures. La Commission doit tenir sa promesse et neutraliser les impacts du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ».
Au niveau européen, nous serons clairs et exigeants.
Les accords commerciaux, Mercosur en tête, ne doivent pas fragiliser nos agriculteurs.
Aucun produit interdit en France ne doit finir dans l’assiette des Français.
Sur la PAC : budget 2027-2032 maintenu.
Nous exigerons que… pic.twitter.com/2MO6Tu2Bsg— Sébastien Lecornu (@SebLecornu) February 24, 2026
Bruxelles propose plutôt de suspendre les droits de la nation la plus favorisée sur les engrais
Pour autant le sujet ne semble pas faire consensus au niveau européen. Ainsi la Commission européenne a plutôt proposé lors d’une réunion extraordinaire le 24 février de suspendre, pour un an, les droits de la nation la plus favorisée (NPF) sur les importations de plusieurs engrais azotés essentiels et intrants pour leur production (ammoniac, urée). La suspension tarifaire sera mise en œuvre pour tous les pays, à l'exception de la Russie et de la Biélorussie, au moyen de contingents tarifaires en franchise de droits.
Une mesure qui devrait réduire « les coûts pour les agriculteurs et l'industrie des engrais en économisant environ 60 millions d'euros de droits à l'importation », affirme la Commission européenne.
En parallèle, la Commission européenne est en train de finaliser un plan d’action sur les engrais qu’elle devrait présenter dans les prochains mois. Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) continuent de pousser pour obtenir la suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) désigné comme le principal facteur d’augmentation du coût des engrais dans l’UE.
Les producteurs de grandes cultures ne devraient pas manquer de réaborder ces sujets lors du deuxième passage de Sébastien Lecornu au salon de l’Agriculture prévu ce jeudi 26 février.