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Exploitations de grandes cultures : des adaptations indispensables pour être viables en 2050

Quelle sera la viabilité économique d’une exploitation de grandes cultures française en 2050 ? L’étude conduite par quatre acteurs du secteur identifie des leviers d’adaptation pour préserver la rentabilité des exploitations. Elle montre aussi que, sans leur activation, les écarts de revenus entre bassins céréaliers se creuseront fortement.

<em class="placeholder">Parcelle de blé à moitié récoltée avec un orage menaçant. </em>
L'inaction va coûter cher par exploitation et pour la filière grandes cultures, conclu l'analyse.
© MC. Bidault

L’étude microéconomique à l’échelle de l’exploitation réalisée par le Crédit agricole, InVivo, Sofiproteol et Unigrains, avec le cabinet de conseil en stratégie McKinsey, montre que le changement climatique pèsera lourdement sur les revenus des exploitations de grandes cultures à l’horizon 2050. Une évolution des pratiques peut permettre d’atténuer les effets négatifs mais cette adaptation aura un coût, qui sera difficile à assumer pour certaines exploitations.

L’étude combine plusieurs hypothèses pour estimer l’évolution de la rentabilité des exploitations d’ici à 2050 : deux scénarios climatiques du Giec (+ 2 °C et + 2,3 °C), traduits à l’échelle française ; trois scénarios de politiques publiques, correspondant à une transition « ordonnée » ou « retardée », avec ou sans revenu lié au carbone ; un scénario central de « non-adaptation », utilisé comme point de départ dans lequel les pratiques et équipements des exploitations sont supposés inchangés jusqu’en 2050.

Des leviers agronomiques et économiques pour préserver la rentabilité

Face au changement climatique et à ses effets négatifs sur la rentabilité, l’étude identifie des leviers d’adaptation, qui sont déjà mis en place dans certaines exploitations. Ces leviers sont évalués à partir d’un scénario de référence dit de « non-adaptation », utilisé comme base de comparaison pour mesurer leur capacité à enrayer la baisse des résultats économiques. Ils reposent principalement sur la diversification de l’assolement vers des productions à plus forte valeur ajoutée (chanvre, lin, cultures industrielles spécifiques, miscanthus) ou l’introduction de légumineuses. L’ajustement des itinéraires techniques fait aussi partie des solutions (date et densité de semis, réduction du travail du sol…), tout comme le développement des haies et bandes fleuries pour faire face à une baisse de pollinisation.

Le photovoltaïque est retenu comme source de revenu complémentaire, tout comme la production de cultures énergétiques (Cive) pour la méthanisation. Par contre, l’irrigation n’est utilisée qu’en dernier recours, en regard des contraintes qui pèsent aujourd’hui sur la pratique. Seul l’archétype des grandes cultures du Grand Est (plus grande nappe phréatique de France) en bénéficie comme levier, et à la marge.

Un potentiel de solutions… freiné par son financement

Ces différents leviers permettraient, sur le papier, de restaurer, voire d’améliorer la rentabilité des exploitations : dans le scénario d’adaptation retardée + 2,3 °C, l’excédent brut d’exploitation (EBE) par hectare pourrait progresser jusqu’à + 150 % dans les grandes cultures du Sud irrigué par rapport à la trajectoire sans adaptation. Mais le point de blocage est financier. Pour simplement maintenir l’EBE à l’hectare, les investissements nécessaires atteignent 600 à 1 800 euros par hectare d’ici 2050, et souvent le double pour exploiter pleinement le potentiel des leviers. Dans le Grand Est, jusqu’à 30 % de ces investissements ne seraient pas finançables par les exploitations seules.

Ces leviers ont certes un coût, mais s’ils ne sont pas mobilisés et que les pratiques restent inchangées à l’horizon 2050, la modélisation met en évidence une dégradation marquée de la rentabilité des systèmes de grandes cultures.

Sans adaptation, forte baisse des EBE dans les systèmes grandes cultures

En absence de changement, ce sont les systèmes de grandes cultures qui concentrent l’essentiel des pertes de rentabilité à l’échelle de la ferme France. Sur neuf cas-types étudiés, quatre voient leur EBE reculer, avec des écarts importants. Les EBE des exploitations de cultures industrielles, qui sont les mieux loties, la baisse est de 11 000 € en betterave et de 18 000 € en pomme de terre. Les exploitations du Grand Est et celles du Sud irrigué sont les plus exposées, avec des chutes d’EBE respectivement de 41 000 € et 18 000 €. À l’inverse, les grandes cultures de la Beauce et du Berry (rotation colza, blé tendre, orge d’hiver) parviennent à stabiliser leurs résultats. À l’opposé, en présence d’un atelier d’élevage, la rentabilité progresse (+ 59 000 € en polyculture élevage), grâce à l’agrandissement qui permet d’augmenter la part des cultures de vente dans le produit global.

À l’échelle de l’hectare, le diagnostic est plus sévère encore : l’EBE/ha recule de 21 % dans les cultures industrielles du nord, de 72 % dans le Grand Est et de 68 % dans le Sud irrigué, frôlant parfois le seuil de viabilité économique. Autrement dit, même lorsque la taille des exploitations progresse, la création de valeur par hectare s’érode fortement.

Coûts de production en hausse, climat plus contraignant

Cette dégradation tient à une combinaison de facteurs structurels : hausse marquée des coûts de production (jusqu’à + 50 % pour la protection des cultures dans le scénario de transition retardée), pression accrue des bioagresseurs, efficacité réduite des solutions phytosanitaires et dégradation progressive des sols.

Côté climat, les auteurs retiennent une baisse des précipitations estivales pouvant atteindre 10 %, sans compensation hivernale significative, tout en supposant, hypothèse clé, une disponibilité stable de l’eau d’irrigation. Les prix agricoles, eux, sont figés sur la moyenne des dix dernières années : aucun « effet prix » ne vient donc amortir le choc climatique et technique.

Un enjeu collectif pour éviter la perte de valeur

À l’échelle nationale, le « coût de l’inaction » est évalué entre 3 et 8,4 milliards d’euros d’EBE par an sur 52 % de la SAU française. Pour les auteurs, la conclusion est claire : la rentabilité future des grandes cultures ne se jouera pas uniquement dans les exploitations, mais aussi dans la capacité des filières et de l’État à cofinancer l’adaptation. Sans cela, l’érosion de la rentabilité à l’hectare risque d’entamer durablement les capacités d’investissement des exploitations céréalières.

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