Céréales et sécheresse : le revenu des céréaliers estimé à -3 600 € en 2026, quatrième année dans le rouge
L’Association générale des producteurs de blé (AGPB) lance un cri d’alarme. Le revenu des céréaliers français est à nouveau négatif, avec un manque de rentabilité désormais structurel. L’association demande une aide immédiate de 450 euros par hectare pour engager la nouvelle campagne et de vrais filets de sécurité pour l’avenir.
L’Association générale des producteurs de blé (AGPB) lance un cri d’alarme. Le revenu des céréaliers français est à nouveau négatif, avec un manque de rentabilité désormais structurel. L’association demande une aide immédiate de 450 euros par hectare pour engager la nouvelle campagne et de vrais filets de sécurité pour l’avenir.
Pour la quatrième année de suite, le revenu des céréaliers sera négatif, énonce Éric Thirouin, président de l’association générale des producteurs de blé (AGPB), en introduisant sa conférence de presse de rentrée ce 8 septembre. Ce dernier parle d’une « fracture » et d’une « situation de difficulté structurelle » qui s’est installée en grandes cultures. « Les trésoreries sont exsangues. Les charges sont de plus en plus fortes, les investissements sont reportés. »
Le revenu courant avant impôts par actif non salarié (RCAI/UTANS) s’établirait en 2026, selon les chiffres d’Arvalis, à -3 600 € pour l’Otex 15 (système céréalier-oléoprotéagineux). Ce montant, pour l’instant prévisionnel (la commercialisation de la récolte 2026 étant loin d’être terminée), est notamment la conséquence de prix de vente restés inférieurs aux coûts de production durant toute l’année 2026, malgré une récente progression. « Nous sommes aujourd’hui à 200 euros la tonne (€/t) pour du blé. Il faudrait être à 250 €/t pour équilibrer les comptes sur une exploitation de grandes cultures », estime Éric Thirouin. La filière se dirige ainsi vers une quatrième année consécutive de revenus moyens négatifs, après -6 500 € en 2025 (prévisionnel), -7 200 € en 2024 et -600 € en 2023.
Une perte en céréales à paille évaluée à 3 milliards d’euros
La perte en grandes cultures est évaluée à 6,5 milliards d’euros (Md€) pour cette campagne 2026, dont la moitié pour les céréales à paille au vu des surfaces qu’elles occupent. Si la sécheresse a surtout impacté les rendements en maïs, pomme de terre et betterave, la baisse de la production en céréales à paille est bien présente (-4,3 % en blé tendre et -6,8 % en orges).
L’AGPB alerte sur une production de blé qui ne cesse de diminuer depuis 10 ans en raison de la baisse des surfaces et de « la chute inexorable » des rendements. 41 millions de tonnes (Mt) en 2025, 32 Mt en 2026 et la projection pour 2036 est de 26 Mt si la décroissance se poursuit au même rythme. « Cela correspond à une perte de 6 Mt supplémentaires, exactement ce que la France exporte chaque année vers les pays tiers. Veut-on abandonner l’outil productif agricole et importer ? », s’interroge Éric Thirouin.
Pour l’AGPB, l’Etat n’est pas à la hauteur face à l’ampleur de la crise. Son président considère notamment que « le compte n’y est pas du tout » dans le Plan CASI, et compare les annonces de la ministre à « un pansement » qui ne peut réparer « la fracture » que connaît la filière.
Des mesures d’urgence pour soulager les trésoreries
La perte pour les exploitations céréalières est estimée à 900 €/ha pour 2026. « Il faut au minimum la moitié de cette somme, soit 450 €/ha. Quelque chose de simple, direct et rapide. » Éric Thirouin insiste sur la simplicité, évoquant le Plan engrais sur lequel seuls 5 M€ sur 145 M€ ont été demandés par les agriculteurs, faute d’adaptation aux réalités du terrain. Le président salue néanmoins les récentes avancées avec le report au 31 décembre.
D’autres obligations pourraient être facilement assouplies pour cette campagne, estime Geoffroy de Lesquen, secrétaire général adjoint de l’AGPB. C’est le cas, par exemple, de l’obligation de couverture des sols en interculture, qui représente une dépense de 40 €/ha pour des couverts qui ne pousseront pas dans certains secteurs à cause des conditions climatiques. Un autre assouplissement serait la suspension de la redevance pour pollution diffuse (RPD), qui permettrait de libérer 211 M€, chiffre l’AGPB. Éric Thirouin rappelle que les deux assemblées ont voté en faveur de la suspension en cas de crise exceptionnelle. « C’est à la ministre de décider désormais de l’inscrire ou non dans la loi de finances. »
L’AGPB demande de vrais filets de sécurité
Parmi les filets de sécurité évoqués par le syndicat figurent les aides de la PAC avec le maintien d’un vrai budget pour les agriculteurs français dans la future programmation. « Aujourd’hui, il manque 2 milliards d’euros. La France va-t-elle se battre pour l’obtenir ? » Le syndicat demande aussi, dans le cadre d’un budget défini, des aides couplées contracycliques à la production. « À l’intérieur du budget de l’Union européenne, nous souhaitons pouvoir faire varier les aides couplées entre secteurs qui vont bien et ceux qui vont mal », explique Éric Thirouin. Avec ce système, « si les prix de vente des céréales augmentent, on baisse les aides couplées et inversement. »
Un autre point concerne l’assurance récolte, qui s’avère, selon l’AGPB, inadaptée aujourd’hui en cas d’aléa climatique majeur. Le syndicat demande notamment davantage de soutien européen et la possibilité pour les agriculteurs de choisir leur niveau de franchise.
Un traitement particulier des zones intermédiaires et des zones à moindre potentiel, où la production céréalière est en fort recul, fait également partie des demandes de l’AGPB. Dans ces secteurs, les possibilités de diversification sont limitées, notamment faute d’irrigation. L’AGPB souhaite mettre en place des zones franches d’impôts, de taxes et de cotisations MSA, pour les agriculteurs qui ont des projets.
Des céréaliers préoccupés par le changement climatique
Le baromètre céréalier 2026 de l’AGPB (440 répondants) révèle que parmi les sujets qui préoccupent actuellement les céréaliers figurent le changement climatique (38,6 %), la fragilité de la trésorerie (36,1 %), le prix des engrais (33,4 %), l’évolution des cours des céréales (31,8 %), ou encore les impasses techniques et agronomiques liées aux réglementations (30,5 %). Eric Thirouin souligne que « les céréaliers ne sont pas résignés car ils expriment une volonté de s’adapter au changement climatique. Mais pour cela, il faut du revenu et une règlementation stable. »