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Neige et céréales d'hiver : les points de vigilance après le coup de froid 

Malgré l’épisode de froid marqué de ces derniers jours la situation des céréales d’hiver apparaît globalement rassurante selon Jean-Charles Deswarte d'Arvalis. Néanmoins, il faudra observer le comportement des cultures après le dégel, avec quelques espèces à surveiller en particulier.

<em class="placeholder">Episode neigeux en janvier, parcelle de céréales recouverte de neige.
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2026 démarre avec le retour d’un vrai hiver et nous avons un peu perdu nos repères depuis les grands froids de 2012 et 2003, indique Jean-Charles Deswarte d'Arvalis.
© H. Challier

Des parcelles recouvertes de neige et un froid mordant : quels impacts possibles sur les cultures ? Jean-Charles Deswarte, ingénieur écophysiologiste chez Arvalis, alerte sur trois situations en particulier. La première concerne des blés tendres semés tardivement, qui seraient encore au stade levée, le plus critique. « Il y en a très peu, mais la situation existe. » La vigilance doit également porter sur des espèces plus sensibles au froid, comme le blé dur ou l’orge de printemps semée à l’automne, susceptibles d’atteindre leur limite de résistance, selon les températures subies et la présence, ou non, de neige. 

Sur orge de printemps particulièrement, la résistance au froid chute fortement, pour atteindre un minimum, au stade sortie du coléoptile. En Poitou-Charentes, région fortement touchée par l'épisode neigeux, les équipes d'Arvalis indiquent que les semis réalisés vers le 15 décembre sont les plus exposés au risque « gel coléoptile » (pour des températures de - 9 à - 10 °C au champ) car la levée des coléoptiles coïncide, dans ces situations, avec la période froide enregistrée ces jours-ci. Néanmoins, ils précisent que le risque est accentué sur des parcelles gorgées d’eau, une situation peu fréquente aujourd'hui dans la région.

« Les observations et les diagnostics seront à focaliser sur blé dur et orge de printemps », indique donc Jean-Charles Deswarte, qui s'inquiète aussi pour le lin de printemps semé en hiver, pour lequel « il est assez probable qu’il y ait des dégâts ».

Un refroidissement progressif favorable à l'endurcissement des cultures

Mais Jean-Charles Deswarte se veut globalement rassurant sur la situation des céréales d'hiver. « Le refroidissement a été progressif, c’est un scénario idéal pour que les céréales s’endurcissent. » Autre point clé : les températures critiques pour les céréales d’hiver n’ont pas été atteintes, au regard des relevés des stations de Météo-France. L’ingénieur rappelle qu’un blé tendre peut résister jusqu’à –10 °C, voire –20 ou –25 °C selon les conditions d’endurcissement et les variétés. « La majorité des blés tendres a été semée sur la période habituelle ; le stade critique de la levée est dépassé et les conditions de l'automne 2025 font qu’ils ne sont pas très avancés. » L’orge d’hiver et le triticale présentent une situation comparable. 

Dans les régions où la neige est tombée au moment du pic de froid, celle-ci a joué un rôle protecteur pour les cultures. « Une température mesurée de –10 °C n’est pas celle réellement subie par le blé ou l’orge. La température de l’air au niveau du sol est en partie contenue sous la couche neigeuse. » Jean-Charles Deswarte rappelle toutefois que la neige n'est pas tombée partout. Localement, certaines cultures ont donc pu être exposées à des températures très basses en l’absence de couverture neigeuse.

Un redoux propice au redémarrage de la végétation

Un autre élément favorable tient au fait que la neige est tombée sur des sols secs. « Le redoux annoncé, avec des températures modérément positives, devrait limiter l’alternance gel/dégel et permettre un redémarrage progressif de la végétation. » En raison de la durée relativement longue de l’épisode de froid, le sol est actuellement gelé sur plusieurs centimètres, précise l’ingénieur Arvalis, et son réchauffement devrait donc être graduel. En revanche, une nouvelle période de grand froid après ce redoux serait défavorable. De fortes amplitudes thermiques compliqueraient un redémarrage en douceur de la végétation et pourraient provoquer des nécroses foliaires.

Un risque de jaunissement et de perte des feuilles au dégel

La principale conséquence des conditions actuelles est un jaunissement des feuilles au moment du dégel. « Il faut désormais attendre le redémarrage de la culture pour évaluer la situation. On observera si les feuilles tombent et, surtout, si la plante en émet de nouvelles. » Cette capacité à produire de nouveaux organes attestera que la partie souterraine, toujours vivante, est fonctionnelle. Il ne faudra donc pas s’alarmer immédiatement de la perte de feuilles

Jean-Charles Deswarte souligne par ailleurs que ce phénomène peut avoir un effet bénéfique face aux maladies : « Si des feuilles contaminées meurent, l’inoculum se réduit, ce qui permet un certain assainissement. » Concernant le risque de viroses, l’ingénieur indique que le froid va calmer, voire éliminer les pucerons, sans effet en revanche sur les plantes déjà virosées.

Les céréales d’hiver ont besoin de froid !

Ce froid est plutôt une bonne nouvelle pour le potentiel de rendement des céréales d'hiver après une période de douceur un peu longue, car elles ont besoin d’une période de froid pour déclencher leur passage du stade végétatif au stade reproducteur. Cette exposition à des températures basses, appelée vernalisation, conditionne la montaison et l’épiaison. Sans vernalisation suffisante, la plante reste bloquée dans son développement et ne peut pas produire d’épis. 

Les besoins varient selon les espèces et les variétés, le blé tendre étant généralement plus exigeant que l’orge d’hiver. La vernalisation s’effectue principalement en automne et en hiver, lorsque les températures se situent entre 0 et 10 °C. Une fois ce besoin satisfait, de nouveaux épisodes de froid n’affectent plus ce processus.

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