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Bassin Adour-Garonne : « Le modèle que l’on construit pour la ressource en eau doit permettre de maintenir des exploitations viables et qui produisent »

Le bassin de l’Adour-Garonne est le bassin de la France métropolitaine le plus exposé au changement climatique. Les élus locaux et les acteurs économiques du territoire, dont font partie les agriculteurs, élaborent des solutions face au manque d’eau qui va s’accélérer dans les prochaines années. Élodie Galko, directrice de l’agence de l’eau Adour-Garonne, a répondu à nos questions.

<em class="placeholder">Elodie Galko, directrice de l’agence de l’eau Adour-Garonne</em>
« Nous sommes convaincus du fait qu’il y aura besoin du stockage de l'eau pour les agriculteurs », assure Elodie Galko, directrice de l’agence de l’eau Adour Garonne.
© Agence de l'eau Adour Garonne

Quelles sont les conséquences du changement climatique sur la ressource en eau sur le territoire de l’agence de l’eau Adour-Garonne ?

Le sud-ouest de la France est particulièrement exposé. Nous avons fait des études qui montrent qu’à horizon 2050, c’est à peu près la moitié de la ressource en eau (1,2 milliard de m3) qui va manquer par rapport aux besoins sur le bassin de l’Adour-Garonne si on ne fait rien. Des événements comme l’épisode de sécheresse de l’année 2022 montrent que c’est une réalité que l’on commence déjà à toucher du doigt. Les agriculteurs le savent car ils voient l’impact sur leurs cultures. Ils sont aux avant-postes pour constater les conséquences du changement climatique.

Quelles solutions sont envisagées pour faire face au manque d’eau ?

L’agence de l’eau Adour-Garonne, à travers son comité de bassin et son Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage), a construit une stratégie adoptée en 2022 pour se préparer à cette nouvelle donne climatique. Il va falloir mobiliser un mix de solutions à décliner en fonction des territoires. D’un côté, on a la sobriété : comment fait-on pour utiliser moins d’eau, que ce soit pour les usages domestiques, industriels ou agricoles ? Et à l’autre bout du spectre, il y a le stockage de l’eau : comment fait-on pour retenir davantage l’eau l’hiver pour la rendre disponible l’été quand on en a le plus besoin ? Et au milieu, il y a toutes les autres solutions qui, pour ce qui est de l’agriculture, consistent à faire évoluer les pratiques agricoles pour améliorer l’infiltration de l’eau, à développer des cultures moins gourmandes en eau… La mise en place des différentes solutions représente en termes d’économie d’eau à peu près les deux tiers de ce qu’il va manquer à horizon 2050.

Comment se gère la ressource en eau au niveau d’un territoire comme le bassin hydrographique de l’Adour-Garonne

On ne peut pas traiter le sud-ouest comme une grande masse uniforme, l’eau nécessite un suivi à l’échelle locale. La gouvernance de l’eau est importante ; il s’agit de mettre autour de la table l’ensemble des acteurs qui représentent les enjeux du territoire pour leur permettre de dialoguer et de trouver les compromis entre eux sur les priorités à donner. Les situations peuvent être différentes d’un endroit à un autre. Je vous donne deux exemples très contrastés. D’abord la nappe des sables au sud de la Gironde. On peut y voir du maïs ou des cultures légumières irrigués, même en plein été quand il y a des restrictions fortes. Pourquoi ? Parce qu’ils sont sur une nappe qui est en bon état et qui n’a aucun autre usage possible car elle ne peut pas être utilisée pour l’eau potable. Dans ces conditions-là, il n’y a pas de sujet sur le partage de l’eau avec d’autres usages. Un exemple d’une autre nature sur le bassin de la Charente. Sur la même ressource, on a de l’agriculture, de l’industrie, et les usages domestiques. Et en plus, se posent aussi des problèmes de qualité de l’eau avec des captages d’eau qui ferment. Il faut donc prioriser. C’est aux autorités locales d’organiser les choses pour faire vivre l’économie du territoire en tenant compte des enjeux de qualité et de quantité concernant la ressource en eau.

Dans l’élaboration de ces stratégies, quelle place tient le monde agricole ?

Dans notre bassin, l’agriculture est centrale. On n’y arrivera pas sans les agriculteurs. Les surfaces cultivées représentent la moitié de la surface, c’est un poids économique important. Les représentants agricoles sont présents au sein des instances de la gouvernance de l’eau : comité de bassin, commissions locales de l’eau qui élaborent les schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage), ils sont acteurs dans les projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE). C’est à cette échelle-là qu’on travaille avec eux pour trouver les solutions. Les agriculteurs ont besoin d’eau pour leurs cultures. Le modèle que l’on construit doit permettre de maintenir des exploitations viables et qui produisent.

Que représente l’irrigation agricole en termes de consommation d’eau sur le bassin de l’Adour-Garonne ?

C’était quasiment la moitié des consommations d’eau en moyenne sur l’année. Durant la période d’étiage en été, ça peut monter jusqu’à deux tiers, voire trois quarts des consommations d’eau.

Est-ce que le stockage de l’eau pour l’irrigation continuera de faire partie des solutions à envisager pour l’agriculture ?

On ne peut pas se permettre d’écarter par principe une solution. Ces projets, quel que soit le type de stockage, font partie du mix de solutions. À l’agence de l’eau, nous sommes convaincus du fait qu’il y en aura besoin. Ils doivent être discutés localement et n’ont pas besoin d’une mise en lumière à l’échelle nationale. Il y a différents types de projets en cours. Ceux qui sont bien acceptés, ce sont les rehausses de barrages car on intervient sur un ouvrage déjà existant. C’est plus compliqué pour les nouveaux projets mais il existe quand même des projets réserves de substitution que l’on remplit en allant puiser dans la nappe l’hiver pour la réutiliser l’été. Sur la programmation de l’agence de l’eau 2025-2030, on prévoit de créer ou d’aménager des ouvrages existants pour 140 millions de m3 d’eau.

Comment renforcer l’acceptabilité d’un projet de stockage de l’eau ?

Le dialogue local est, à mon sens, essentiel car le fait de rester au niveau local permet à tous ceux qui sont autour de la table de toucher du doigt les enjeux. Pour les agriculteurs, on pense aux enjeux économiques car on sait qu’on créera plus de valeur ajoutée sur un hectare irrigué que non irrigué. En restant au niveau local, on peut aussi mieux mesurer les enjeux indirects : plus de valeur ajoutée à l’hectare, c’est plus d’emplois, des familles qui restent sur le territoire, l’école du village qui reste ouverte… C’est comme ça que l’on arrive à créer de l’adhésion.

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