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Vendée : « Tous nos légumes sont vendus en panier bio en Angleterre »

Basés en Vendée, Marco Altamirano et Romain Sochard produisent des légumes bio qui sont vendus à un seul client pour la distribution en panier bio, en Angleterre.

<em class="placeholder">Marco Altamirano (à droite) et Romain Sochard, maraîchers en Vendée.</em>
Marco Altamirano (à droite) et Romain Sochard vendent actuellement tous leurs légumes en Angleterre.
© V. Bargain

À Challans, en Vendée, l’exploitation Riverford Vendée repose sur un client unique : tous les légumes cultivés sont expédiés en Angleterre et sont exclusivement vendus à l’entreprise de livraison de paniers bio Riverford. L’histoire a commencé en 2009, avec l’achat et la conversion en bio d’une exploitation de 100 hectares, jusque-là dédiée aux bovins et aux poules pondeuses. « Guy Watson, un anglais qui avait créé l’entreprise de livraison de paniers bio Riverford, voulait s’implanter non loin de l’Angleterre dans une zone plus précoce, explique Marco Altamirano, actuel associé avec Romain Sochard de Riverford Vendée. Le but était notamment de fournir des légumes en avril-mai, où il y a peu de production en Angleterre. La Vendée, par son ensoleillement et sa proximité avec la Manche, l’a intéressé. » En 2025, Marco Altamirano, chef de culture à Riverford Vendée depuis douze ans, et Romain Sochard, arrivé en 2022 comme salarié, ont repris l’exploitation suite au départ en retraite de Guy Watson. « Elle nous a coûté un million d’euros, précise Marco Altamirano. Les banques ont financé le rachat des parts sociales pour 500 000 euros. Nous rembourserons les 500 000 euros restants à Guy Watson progressivement, sur dix ans. Ainsi, nous n’avons pas de problème de trésorerie et la pression est moins forte. »

40 % du chiffre d’affaires réalisé en avril-mai

Les cent hectares se répartissent entre quarante hectares de maraîchage de plein champ et un hectare d’abris froids, le reste en prairies. « Nous élevons les génisses d’un éleveur bio voisin, ce qui permet de valoriser les bâtiments et les prairies et d’avoir du fumier bio pour nos terres », précisent les producteurs. En plus de Marco Altamirano, responsable du maraîchage, et de Romain Sochard, responsable du matériel et des bovins, trois salariés permanents et une trentaine de saisonniers travaillent sur l’exploitation. « Tout est récolté à la main », précisent les producteurs. Le printemps reste la principale période de production, avec 40 % du chiffre d’affaires réalisé en avril-mai.

En plein champ, les maraîchers cultivent alors des salades, choux, navets, épinards. Et sous abri, ils produisent des salades, épinards, choux pakchoï, radis… implantés en janvier pour des récoltes jusqu’à fin mars-début avril. L’été et l’automne, le plein champ est occupé par du maïs doux (10 ha), des courges butternuts (8 ha), des salades, des choux pakchoï, du fenouil, du céleri branche, des radis, des physalis… Et sous abri, Marco Altamirano cultive alors des poivrons, aubergines et piments, implantés mi-avril pour une récolte jusqu’à fin septembre-mi-octobre. « Nous nous adaptons à la demande des consommateurs anglais, précise Marco Altamirano. Nous produisons ainsi des mini-poivrons jaunes, rouges et orange et des poivrons tapas, un hybride de poivron et piment, typiquement espagnol, très consommé en Angleterre. Mais nous ne cultivons pas de tomates ni de concombres qui sont produits en Angleterre. » D’octobre à janvier, la moitié des abris sont vides. « Cela permet de faire un vide sanitaire et d’apporter un fumier pailleux qui va se dégrader pour les cultures de printemps. »

Un contrat signé pour cinq ans

Chaque année, Riverford Vendée produit ainsi 200 000 salades, 17 tonnes de poivrons, 10 tonnes d’aubergines, 190 tonnes de courges, 200 000 épis de maïs doux… Les légumes sont amenés par camion jusqu’aux ports de Roscoff, Cherbourg ou Caen pour être acheminés par ferry jusqu’en Angleterre. « S’il y a plus de quatorze palettes, notre client vient chercher les légumes. S’il y en a moins, nous faisons appel à un transporteur qui les amène jusqu’à Rungis où il complète le camion pour l’Angleterre. »

Les producteurs sont très satisfaits de leur collaboration avec Riverford. « Nous avons un contrat pour cinq ans avec Riverford. Les volumes sont fixés en commun en octobre pour la saison suivante. Et les prix sont revus chaque année selon le coût de la main-d’œuvre et des intrants et selon l’offre et la demande en Europe. L’objectif de Riverford est de rétribuer correctement les producteurs. Nous n’avons pas de problèmes de commercialisation. Les seuls risques sont liés aux intempéries et à l’augmentation du prix des intrants et de la main-d’œuvre. En contrepartie, si notre client manque d’un produit, nous essayons de le lui fournir. »

Développer la vente localement

Un objectif dans l’avenir est toutefois de développer de nouveaux marchés localement, sur le MIN de Nantes et auprès de GMS locales. « Riverford est un très bon client avec lequel nous travaillons en partenariat, souligne Marco Altamirano. Mais il est risqué d’avoir un seul client. Nous avons des terres et deux réserves d’eau pour développer le maraîchage. 70-80 hectares sont cultivables et irrigables. Nous n’allons pas démarcher de nouveaux clients en Angleterre, mais il y a des possibilités localement sans trop changer notre mode de fonctionnement avec vente à la palette. »

Un bâtiment isolé pour le stockage des courges

Deux chambres froides pouvant contenir chacune 52 palettes permettent de stocker la production de la semaine. Au moins un camion par semaine quitte l’exploitation pour l’Angleterre et jusqu’à six camions par semaine en avril-mai. Les producteurs ont aussi aménagé il y a deux ans un bâtiment de stockage pour les courges. « Auparavant, nous avions beaucoup de pertes sur les courges, explique Romain Sochard. Nous avons isolé un ancien poulailler dans lequel nous pouvons stocker 200 palettes de courges et y avons installé du chauffage et de la ventilation pour maîtriser l’ambiance. Cela permet d’y maintenir une température de 12-15 °C. Les pertes sont aujourd’hui très limitées. L’investissement de 20 000 euros a été remboursé dès la première année et cela permet d’occuper le personnel permanent toute l’année. »

Des leviers de protection variés 

Producteur en bio et engagé dans le groupe Dephy Ecophyto maraîchage de la Vendée, Marco Altamirano utilise tous les moyens disponibles pour protéger ses cultures : variétés résistantes, rotations, couverts végétaux en plein champ, produits utilisables en Agriculture Biologique, lâchers d’auxiliaires (Aphidius, Aphidolètes…), traitements répulsifs à base d’extraits de cannelle et piment sur les foyers de pucerons… Il ne force pas les plantes pour ne pas les fatiguer, avec seulement deux à trois apports par an de fumier de bovin ou de fientes de volailles et de la potasse une fois par an. Depuis 2017, face à un gros problème de pucerons sur poivron et aubergine sous abri, Marco Altamirano implante chaque année des plantes de service (mélange d’avoine et trèfle violet, soucis, achillée mille-feuille, cosmos, capucine…) permettant d’attirer et de maintenir sous l’abri des ennemis naturels des pucerons. « Ces plantes s’infestent de pucerons qui servent de proies aux coccinelles et parasitoïdes qui arrivent de l’extérieur, peuvent se développer et sont présents en nombre quand les pucerons des cultures arrivent », précise-t-il.

Parcours de Marco Altamirano

2000 : Ingénieur agronome au Pérou

2003 : Master en production agricole aux Pays-Bas

2003 à 2007 : salarié aux Pays-Bas en production de fleurs coupées

2007 à 2010 : salarié en Amérique latine d’une entreprise hollandaise, certification qualité

2013 : arrivée à Riverford Vendée comme chef de culture

2025 : installation avec Romain Sochard

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