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Puceron lanigère en endives : l’Apef teste des alternatives face à l’interdiction du Movento

Alors que les endiviers français s’inquiètent pour leur avenir, après l’interdiction du Movento, deux ingénieures de l'Apef font le point sur les alternatives que l'association étudie pour tenter de sortir de l’impasse.

<em class="placeholder">Un champ d&#039;endives, à gauche non-colonisé par le puceron lanigère, à droite colonisé par le puceron lanigère. </em>
En endives, les dégâts du puceron lanigère sont très variables selon les parcelles et l’infestation, mais certains champs peuvent être entièrement perdus.
© Apef

Nouvelles molécules, bandes fleuries, décalage des dates de semis ou encore création variétale, distillat de bois et champignons… Alors que le Movento (spirotétramate) a été interdit, avec un délai de grâce arrivé à son terme le 31 octobre, la filière endives cherche d’autres moyens de lutter contre le dévastateur puceron lanigère. Les agronomes de l’Association des producteurs d’endives de France (Apef) testent six leviers de nature très variée et nous livrent des premiers résultats.​​​​​​

Reste-t-il un mode de lutte chimique contre le puceron lanigère ?

« Nous nous retrouvons sans solution de lutte chimique contre le puceron lanigère, car nous avions uniquement le Movento », s’inquiète Delphine Bridoux, ingénieure d’expérimentation à l’Apef. Les équipes mènent en containers des tests d’évaluation de deux molécules proposées par des entreprises agrochimiques. « Les premiers résultats, confidentiels, sont variables et pas spécialement prometteurs à ce stade », résume-t-elle. Par ailleurs, l’interprofession devrait continuer à plaider auprès des autorités pour autoriser le Movento à titre dérogatoire.

Les bandes fleuries sont à l’étude

L’Apef étudie depuis trois ans les bandes fleuries. « On essaie de trouver le bon mélange pour héberger une petite mouche appartenant au genre Thaumatomyia, prédatrice du puceron lanigère, explique Audrey Six, également ingénieure d’expérimentation à l'Apef. Ses larves mangent autour de 120 pucerons sur leur cycle de vie. »

 

 
<em class="placeholder">Vue au microscope d&#039;un puceron lanigère et d&#039;une large de mouche du genre Thaumatomyia, prédatrice du puceron lanigère.</em>
© Apef

Le mélange floral compte huit espèces, pour avoir deux plantes en fleurs chaque mois, plutôt blanches, jaunes ou encore violettes. Pour l’évaluer, les expérimentatrices ont prélevé 1 006 mouches Thaumatomyia au filet fauchoir. Elles les ont envoyées au laboratoire Flor’Insectes qui, en découpant les jabots, pourra déterminer les pollens ingérés, ce qui doit permettre de trouver le meilleur mélange.

Pour que les bandes fleurissent dès l’implantation de l’endive (mai-juin), il faut les semer vers mars ou avril. Mais les endiviers ne sont pas forcément prêts à les mettre en place, d’après les expertes, en raison des contraintes et du coût économique, pas encore calculé. « Cela prend de la place, un espace où l’on ne met pas d’endives, indique Audrey Six. De plus, il faudrait des bandes fleuries pérennes, mais les champs d’endives étant souvent sur des parcelles de location, c’est compliqué. »

Le décalage des dates de semis bientôt testé

Les agronomes testeront cette année le décalage des dates de semis. Elles sèmeront plus tôt, à partir du 15 avril, au lieu du créneau habituel de début mai à mi-juin. « Sachant qu’il y a une problématique de levée et de travail du sol, prévient Delphine Bridoux. Pour semer, il faut un sol très fin et, selon les conditions météo en avril, il peut être compliqué de préparer son sol. » Ces semis avancés seront bâchés pour assurer la levée et limiter le froid.

Le levier génétique, une piste de long terme

Les équipes de l'Apef se sont aperçues que le puceron lanigère est beaucoup moins friand de Barbe de Capucin, une chicorée sauvage. Elles ont donc décidé de la croiser avec de l’endive blanche. « Dans la racine de la Barbe de Capucin, un composé dérange le puceron, détaille Audrey Six. L’enjeu du croisement est de conserver cette résistance tout en gardant les caractéristiques morphologiques et gustatives de l’endive. » Ces travaux de sélection génétique sont en cours et devraient nécessiter au moins cinq à dix ans.

Des champignons à la rescousse ?

Les expérimentatrices ont aussi commencé un essai en chambre climatique avec un champignon du sol, les endives ayant été artificiellement contaminées par des pucerons. « Le but est que le champignon attaque le puceron, décrit Audrey Six. S’il y a ne serait-ce qu’une petite efficacité, ce sera ensuite testé sur des parcelles. » Ce traitement n’est toutefois pas sans contraintes pour les producteurs. « Un champignon n’aime pas la lumière, il faut donc l’appliquer le soir, en conditions humides, entre 15 et 20-25 degrés, de plus le produit doit être maintenu au froid entre 4 et 10 degrés, et une fois ouvert, on a seulement trois semaines pour l’utiliser », liste-t-elle.

Le distillat de bois est peu concluant pour l’instant

Une autre piste est étudiée : le distillat de bois, un biostimulant qui pourrait avoir un effet répulsif sur le puceron lanigère. « Après une année d’essais en parcelles, les premiers résultats ne montrent pas de différence entre les endives traitées et les endives témoins, même si on remarque une amélioration du rendement racinaire », rapporte Audrey Six. Un levier à évaluer plus longuement, sachant que ce traitement est contraignant avec de nombreuses applications nécessaires, huit à dix sur la saison. « A priori, cela ne vaut pas la peine de passer dix fois sur une culture pour gagner quelques kilos », estime l’experte.

Si pour l’instant aucune de ces différentes pistes n’a encore réellement fait ses preuves, certaines supposeraient des adaptations importantes des itinéraires techniques.​​​​​​

Fin du Movento

L’AMM du Movento de Bayer SAS a été retirée en 2024. Le stockage et l’utilisation restaient possibles jusqu’au 31 octobre 2025.

Comment le puceron lanigère cause-t-il des dégâts à l’endive ?

« Dans le sol, le puceron lanigère sécrète une substance blanche hydrophobe qui empêche la plante de s’alimenter en eau, décrit Audrey Six, et en même temps il prélève les ressources de la racine. » On peut souvent constater un feuillage desséché et, surtout, des racines de trop petits calibres, qui n’ont pas les réserves nécessaires pour produire un chicon après forçage. « Les racines sont forçables entre 3 et 6 centimètres de diamètre », rappelle Delphine Bridoux. Les deux spécialistes insistent sur le fait que les dégâts sont très variables selon les parcelles et l’infestation, mais que certains champs peuvent être entièrement perdus.

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