Canicule en Indre-et-Loire : « J’anticipe des pertes de volumes de 20 % sur les pommes précoces », évalue le producteur Thierry Moisy
Thierry Moisy, président de l’Association nationale pommes poires, cultive 10 hectares de pommes et un demi-hectare de poires Conférence en Indre-et-Loire. Il témoigne de l'impact des canicules sur son verger.
Thierry Moisy, président de l’Association nationale pommes poires, cultive 10 hectares de pommes et un demi-hectare de poires Conférence en Indre-et-Loire. Il témoigne de l'impact des canicules sur son verger.
« Sur les pommes précoces, témoigne en Indre-et-Loire le producteur Thierry Moisy, dont j’ai commencé la cueillette le 17 août avec les Gala, les canicules successives ont entraîné un ralentissement voire un blocage du grossissement des fruits, ainsi que des brûlures dans les situations d’irrigation insuffisante, bien que cette année j’ai arrosé comme jamais. Des fruits sont en surmaturité, des fruits tombent… »
« À ce stade (mi-août), j’anticipe des pertes de volumes de 20 % sur les pommes précoces, alors que les estimations de départ étaient déjà inférieures à l’an dernier. Le grammage moyen sera plus bas, avec moins de grosses pommes et plus de petits calibres qui cependant ne devraient pas descendre sous les 95 grammes. En poires Conférence, récoltées la semaine du 17 août, il n’y a pas de brûlures mais du folletage qui risque de produire des fruits très petits, en dessous de 55 ou 50 millimètres. Pour les pommes tardives, que je récolterai jusqu’au 25 novembre, il va falloir qu’il pleuve ; on est dans l’incertitude. En pommes, je constate davantage de piqûres de carpocapse, notamment dans les bouts de rang, mais rien de particulier en poirier. »
L’aspersion peut faire perdre dix degrés
« J’irrigue la moitié des pommiers en goutte-à-goutte, l’autre moitié en aspersion, et la totalité des poiriers en aspersion. Le goutte-à-goutte permet d’économiser l’eau mais quand il fait 40 degrés plusieurs jours de suite, il faut pouvoir faire baisser la température et l’aspersion peut par exemple faire perdre dix degrés. Il est indispensable de pouvoir mettre en place, chez les arboriculteurs qui le souhaitent, si ce n’est de l’aspersion au moins de la brumisation dans les parcelles en goutte-à-goutte. Sachant qu’avec la loi d’urgence agricole (consultable ici), adoptée en juillet, il devrait être plus facile de capter l’eau de l’hiver et de réaliser des réserves de moins de trois hectares (voir encadré). On estime, en incluant la lutte par aspersion contre le gel, qui est le meilleur système antigel, qu’il faut 5 000 mètres cubes d’eau par hectare pour accompagner les arbres jusqu’à la récolte. »
Sécuriser les réserves de moins de trois hectares
Pour sécuriser juridiquement et favoriser les projets de stockage d’eau à usage agricole de faible ampleur et soumis à déclaration (moins de 3 ha selon la nomenclature), la loi d’urgence agricole, adoptée fin juillet, prévoit dans son article 23 qu’au niveau local « le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) ne peut avoir pour effet d’interdire, de restreindre ou de soumettre à des prescriptions supplémentaires à celles prévues par la loi ou le règlement la réalisation de projets d’ouvrages de stockage d’eau […] lorsque ces projets sont exclusivement des retenues collinaires destinées aux activités agricoles et sont soumis à déclaration ». Le Conseil constitutionnel a validé ces dispositions dans sa décision du 14 août (consultable ici).