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Fruits à pépins et retrait du Movento : « Il reste peu de substances actives autorisées »

Cinq questions à l’agronome Claude Coureau, responsable de l’unité d’expérimentation DITA du centre CTIFL La Morinière, en Indre-et-Loire.

<em class="placeholder">Un verger de pommiers, variété Chantecler. </em>
En pomme, le Movento était principalement utilisé contre le puceron cendré.
© J.-A. Delevaux / Interfel

L’AMM de l’insecticide Movento (spirotétramate), utilisé en post-floraison, n’a pas été soutenue et son utilisation est interdite depuis fin octobre 2025. Claude Coureau, agronome au CTIFL, explique à Réussir Fruits et Légumes l’impact de ce retrait pour les fruits à pépins, et les alternatives pour affronter le puceron cendré en pommier.

En pomme et poire, pour quels ravageurs en particulier l’interdiction du Movento pose-t-elle problème et quelles sont les alternatives disponibles ?

Claude Coureau : En poire, le Movento était surtout utilisé contre les psylles et cochenilles. En pomme, c’était principalement contre le puceron cendré, mais il avait indirectement un effet sur le puceron lanigère. Cette interdiction est d’autant plus problématique que les producteurs français confrontés au puceron cendré n’ont plus le droit à l’acétamipride, contrairement aux agriculteurs européens. Il reste peu de substances actives autorisées : les pyrèthres (certaines pourraient disparaître), la flonicamide (Teppeki) sur laquelle on constate quelques cas de résistance très légère, le tau-fluvalinate (Mavrick Jet) ou encore l’azadirachtine (Neemazal-T/S) autorisée en bio sous dérogation, c’est pourquoi nous ne sommes pas très sereins. On peut donc commencer par une lutte automnale, puis l’hiver des huiles de paraffine qui vont asphyxier les œufs sur l’arbre, et ensuite les traitements précités avant et après la fleur.

Contre le puceron cendré, le CTIFL a beaucoup communiqué sur l’importance de la lutte automnale. La pratique a-t-elle été largement adoptée ?

C.C. : Nous n’avons pas de donnée chiffrée, mais les techniciens ont tous encouragé la lutte automnale. Sur les variétés précoces, on s’est aperçu que le puceron revient en reconnaissant le vert des feuilles, d’où l’intérêt de la défoliation précoce à l’automne (à noter qu’aucune AMM n’existe pour cet usage), ou de l’argile qui blanchit tout en constituant une barrière physique. Sur les variétés tardives, on teste du Flipper, un savon noir qui a un effet dessicant sur la cuticule du puceron, ou encore le Nori Pro qui fait une toile d’araignée sur le puceron et l’empêche de s’alimenter. Cette lutte à l’automne permet de limiter les pontes et donc la pression à N + 1, sans toutefois suffire pour réduire les traitements nécessaires au printemps.

Quel est le coût de la lutte automnale ?

C.C. : Entre 150 et 300 euros par hectare, hors main-d’œuvre, gasoil et autres dépenses liées à l’application. Ce coût dépend des produits mais aussi du nombre d’applications, par exemple deux ou trois passages de Nori Pro selon la pluviométrie.

Que recommandez-vous aux producteurs pour bien appliquer ces traitements, dont les huiles de paraffine ?

C.C. : Il est important d’avoir un bon litrage et une bonne qualité de pulvérisation, pour que le produit aille vraiment au contact du puceron. C’est un élément basique mais, parfois, pour aller plus vite et réduire les allers-retours au local phytosanitaire, certains arboriculteurs réduisent le litrage. Il faut aussi s’assurer que le pulvérisateur soit bien réglé. Pour cela, l’arboriculteur peut faire des tests avec de l’eau en début de saison voire avec du talc ou de l’argile, la couleur blanche permettant de mieux voir si la pulvérisation va assez haut et assez bas sur la canopée. Cela en plus des contrôles obligatoires par un organisme externe.

Entre 2026 et 2030, des expérimentations du CTIFL et de nombreux partenaires dans le cadre du Parsada doivent permettre de trouver des alternatives aux insecticides. Quelles sont les pistes qui concernent le puceron cendré ?

C.C. : Ces expérimentations incluront des composés organiques volatils et des médiateurs chimiques [dont olfaction, gustation] répulsifs ou attractifs, de nombreux produits de biocontrôle, la lutte automnale (optimisation du positionnement des traitements, modélisation, pièges connectés pour suivre le vol retour…), la tolérance variétale (par exemple Inogo et Swing sont moins sensibles), des outils d’aide à la décision, des combinaisons de leviers ou encore l’étude du rôle de la vigueur du verger… Trouver des solutions demandera quelques années, c’est pourquoi à très court terme les arboriculteurs espèrent encore des autorisations dérogatoires. Au CTIFL, Bertrand Alison et Clara Carreau travaillent activement sur ces sujets.

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