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Crise sur les légumes d’hiver : « Il faut que toute la filière fasse de la pédagogie sur le vrai prix des légumes »

La météo très douce, qui a accéléré les cycles de production tout en limitant la consommation, entraîne une crise sans précédent sur tous les légumes d’hiver. Les prix de vente passent sous les coûts de revient. 

<em class="placeholder">Un champ de chou-fleur en Bretagne.</em>
En Bretagne, le chou-fleur concerne des surfaces importantes et est indispensable sur la majorité des exploitations pour garder la main d’oeuvre toute l’année.
© V. Bargain

« Depuis 1988 que je suis installé, je n’ai jamais connu une telle crise sur tous les légumes d’hiver », s’alarme Marc Kerangueven, président du Cerafel, association des organisations de producteurs bretons. La crise est particulièrement forte en chou-fleur. La météo trop douce à l’automne a accéléré les cycles, entraînant jusqu’au double des volumes prévus, alors que la météo n’incitait pas à consommer des légumes d’hiver. Et comme le temps a été doux dans tous les pays d’Europe, ceux-ci ont continué à produire et les marchés export, 60 % des débouchés en chou-fleur, sont restés fermés.

« Les prix sont inférieurs de 50 % au coût de revient et il y a eu jusqu’à 30 % d’invendu. » La crise touche aussi les autres légumes : le potimarron, qui a eu de bons rendements et dont les surfaces ont augmenté, le chou pomme, l’oignon, le poireau, la mâche ainsi que l’échalote, concurrencée de plus par l’échalote de semis. « L’échalote de semis nous a fait perdre tous nos marchés à l’export. Même si l’Europe a reconnu que ce n’est pas une échalote, mais un oignon, les dérogations pour écouler les graines font que la concurrence durera encore 2-3 ans », déplore Marc Kerangueven.

Des légumes vendus en dessous des prix de revient

La crise se fait aussi sentir ailleurs. « La mâche, les jeunes pousses, les radis… sont affectés, note Régis Chevallier, président des Maraîchers Nantais. La mâche a 15-20 jours d’avance. Et le marché allemand, un gros débouché en mâche, n’est pas ouvert, le temps très doux permettant la production dans le pays. Il y a beaucoup de stocks, des non-récoltes et des destructions. » En Normandie, Bernard Guillard, président des Jardins de Normandie, constate un marché très lourd en poireau et carotte depuis mi-octobre. « Le climat de 2025 a permis une offre équilibrée, mais pas surabondante, indique-t-il. Pourtant, les prix restent très bas. Nous vendons le poireau à 2/3 du prix de revient. Et comme le poireau demande un fort investissement à l’implantation, cela représente une grosse perte de chiffre d’affaires, alors que les charges ont explosé. La situation est la même pour tous les adhérents de Poireaux de France. » Bernard Guillard en appelle à la responsabilité de tous pour stimuler la consommation, maintenir l’origine France et les prix et ne pas encourager les emblavements quand l’offre dépasse la demande. « En carotte, il y a des velléités à développer les surfaces. Mais le marché n’est pas extensible outre mesure. »

Un appel lancé aux consommateurs et à la distribution

Début décembre, alors que les Bretons avaient déjà récolté 30 % des volumes en chou-fleur et même 50 % à Saint-Malo, Marc Kerangueven a lancé un signal d’alarme. Le 12 décembre, un communiqué commun d’Auchan, Casino, Carrefour, Coopérative U et Intermarché a appelé les consommateurs à acheter du chou-fleur.

« Tout le monde a joué le jeu, distributeurs, négociants, emballeurs, collectivités, médias et même des consommateurs sur les réseaux sociaux. Les ventes ont augmenté et les volumes aujourd’hui ont un peu diminué avec le rafraîchissement. Janvier sera très important. S’il fait trop froid, il peut y avoir un creux de production. » Et plus globalement, Marc Kerangueven estime qu’il faudrait parler du vrai prix des légumes. « À l’export, la France n’est pas compétitive du fait notamment du coût de la main-d’œuvre. Et en France, la consommation de légumes frais et surgelés diminue. Pourtant, le chou-fleur par exemple coche toutes les cases du produit local, de saison, sain, sans pesticides et du pouvoir d’achat. Un chou-fleur à 2 euros nourrit quatre personnes. Mais à 2 euros le chou-fleur, le prix pour le producteur est inférieur au coût de revient. Il faut que toute la filière fasse de la pédagogie sur le vrai prix des légumes. »

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