Chou en Hauts-de-France et Belgique : la piste de l’argile contre les aleurodes
Depuis 2007, les Hauts-de-France et la Belgique s’allient pour trouver des solutions face à l’aleurode, ravageur de plus en plus préoccupant sur ces territoires.
Pour lutter contre l’Aleyrodes proletella ou aleurode du chou, de nombreux moyens de lutte sont passés au crible dans le cadre de différents programmes de recherche, notamment le projet Reflechi (voir encadré) auquel participent la Fredon Hauts-de-France et Inagro en Belgique. Le traitement à l’argile semble être la piste la plus prometteuse en conditions contrôlées en laboratoire. Non homologuée en choux, tout reste à construire pour optimiser son efficacité.
L’argile est à la fois préventive et curative
Le produit à base d’argile étudié est le Sokalciarbo. Produit phytosanitaire composé de silicate d’aluminium, il est commercialisé par la Société Kaolinière armoricaine. Il est actuellement étudié en conditions contrôlées avant que des études soient menées en conditions de production pour en valider l’intérêt.
Son application en préventif est essentielle pour réduire le nombre d’aleurodes s’installant sur les feuilles à la première infestation. « Dans l’essai préventif, on observe une faible population d’aleurodes, pour les larves comme pour les adultes par rapport au témoin non traité », indique Laetitia Durlin, ingénieure d’études en cultures légumières à la Fredon Hauts-de-France.
En curatif, l’argile est également intéressante. Elle permet de maintenir les populations d’aleurodes à des niveaux faibles, sans les faire disparaître pour autant.
L’essai a comparé l’efficacité de trois dosages
Sur les trois doses testées en conditions contrôlées, celle de 5 % du volume de bouillie semble optimale. La dose de 2 % présente une efficacité statistiquement plus faible, tandis que la dose de 10 % est équivalente à celle de 5 % et n’apporte donc rien de plus. L’application des trois doses a été réalisée selon le positionnement suivant : un traitement avant l’infestation d’aleurodes puis deux traitements après infestation, à sept jours d’intervalle.
Une solution efficace uniquement si adjuvantée
L’adjuvantation de l’agile est obligatoire pour qu’elle soit efficace. Les objectifs recherchés sont :
- L’amélioration de la qualité de pulvérisation avec un meilleur maintien et étalement des gouttelettes pulvérisées sur les feuilles, due à une plus grande viscosité obtenue par l’adjuvantation ;
- L’amélioration de la rémanence de la bouillie dans le temps, avec une meilleure résistance au lessivage.
À ce jour, deux adjuvants ont été testés et donnent satisfaction. Un des produits permet une pulvérisation « mieux répartie sur la face supérieure des feuilles, mais la couverture est moins opaque », note Laetitia Durlin. « Pour l’autre adjuvant, les gouttelettes sont moins bien étalées mais plus blanches », précise-t-elle. Concernant la rémanence de la bouillie, les deux adjuvants ont permis d’améliorer le maintien de l’argile en conditions climatiques réelles (les choux ont été placés en extérieur) sans que l’un ou l’autre ne se distingue.
D’autres essais sont nécessaires pour confirmer ces résultats et pour tester de nouveaux produits.
Le nombre de traitements optimal est encore à définir
Le nombre de traitements optimal de l’argile n’a pas encore été travaillé. Cependant, une application tous les sept à dix jours sur tout le cycle cultural du chou semble indispensable pour éviter une explosion du ravageur. « Dès qu’on arrête les traitements, les populations augmentent que ce soit pour les modalités traitées ou non traitées », observe Laetitia Durlin. « À l’arrêt des traitements, les nouvelles feuilles produites par la plante ne sont pas protégées par l’argile et les aleurodes se déportent dessus, les trouvant certainement plus attractives », analyse-t-elle. Les prochains essais en conditions contrôlées en laboratoire et en plein champ menés par la Fredon Hauts-de-France, le Pôle Légumes Région Nord et Inagro permettront de déterminer le nombre de traitements adéquat et l’intervalle entre deux applications. À ce stade des expérimentations, les résultats ne peuvent pas être utilisés en tant que préconisations.
L’argile, une solution parmi d’autres pistes aux résultats mitigés
Le Pôle Légumes Région Nord et la Fredon Hauts-de-France ont mené des essais grâce au financement du conseil départemental du Nord et de la région Hauts-de-France sur d’autres solutions que l’argile. Les produits phytosanitaires à base de spirotetramat et de flonicamide ont donné de bons résultats d’efficacité en conditions de production. Les plantes répulsives n’ont pas donné satisfaction dès la case laboratoire. Les huiles essentielles et un biostimulant à base d’extrait d’algues n’ont pas donné satisfaction en plein champ, tout comme les panneaux de couleur englués. L’efficacité de la mise en place de filets en plein champ dès la plantation est limitée, les aleurodes parviennent à passer entre les mailles. Enfin, les études sur les lâchers de chrysopes, de certaines espèces de syrphes et de punaises prédatrices semblent prometteuses en conditions contrôlées mais doivent être confirmées en plein champ.
Atteindre le revers des feuilles, la clé de l’efficacité
L’enjeu principal dans la lutte contre l’aleurode est de réussir à atteindre la face inférieure des feuilles de chou lors du traitement, car c’est là où s’installe le ravageur. Les buses à turbulence et les rampes de traitement à pendillard ont été testées au Pôle Légumes Région Nord (PLRN) pour améliorer l’efficacité de produits de biocontrôle, sans avoir de résultats concluants. Pour 2026, le PLRN et la Fredon testeront en plein champ l’utilisation d’un atomiseur. Pulvérisateur doté d’un ventilateur puissant permettant la projection des gouttelettes à grande hauteur, il est largement utilisé en arboriculture pour atteindre la cime des arbres. Sa ventilation permet notamment de retourner les feuilles et d'appliquer le produit sur leur face inférieure. L’argile sera notamment appliquée avec ce type de matériel pour déterminer si son efficacité est améliorée.
Le projet Reflechi
- Objectif : Reflechi est l'acronyme de REndre les cultures maraîchères, Fruitières et les LEgumes d’industrie plus résilients au CHangement clImatique
- Financeurs : projet européen Interreg, financé par le fonds européen Feder, la région Hauts-de-France et les provinces belges West-Vlaanderen et Oost-Vlaanderen
- Durée : 4 ans (2024-2028)