Aller au contenu principal

Cadmium : que recommande l’Anses sur les engrais pour freiner la surexposition de la population française ?

La population française est surexposée au cadmium via l’alimentation, alerte l’Anses dans un rapport d’expertise publié ce 25 mars. L’agence recommande de mettre en place des valeurs limites de ce métal lourd dans les engrais, qui participent à son accumulation dans les sols agricoles et in fine dans les aliments. 

Fertilisation des céréales vue depuis la cabine du tracteur, avec le rétroviseur.
Face à cette « situation préoccupante », l’Anses souligne la nécessité d’agir au niveau des sols agricoles, à l’origine de la contamination des denrées alimentaires.
© L'Agriculteur normand

Constatée depuis 2011, la surexposition de la population française au cadmium a été de nouveau confirmée par l’Anses, selon un nouveau rapport d’expertise publié ce 25 mars. L’agence y a simulé les imprégnations actuelles des Français à partir des différentes voies et sources d’exposition à cet élément trace métallique, aux effets néfastes sur la santé. Elle a notamment mobilisé les résultats de l’étude Esteban présentés en 2021 par Santé Publique France, qui montrait des niveaux d’imprégnation « jusqu’à trois à quatre fois supérieurs » que ceux observés dans d’autres pays européens et nord-américains.

Des niveaux d'imprégnation de la population jusqu'à trois à quatre fois supérieurs à ceux observés dans d'autres pays européens et nord-américains

Lire aussi : Cadmium : le ministère de l’Agriculture annonce pour avril l’arrivée de mesures pour réduire la contamination des sols agricoles

Selon l’expertise de l’Anses, la source majeure d’exposition au cadmium est l’alimentation. Cette voie représente jusqu’à 98 % de l’imprégnation au métal lourd dans la population non fumeuse, et jusqu’à 55 % chez la population fumeuse. Les aliments mis en cause sont ceux à la fois contaminés par l’élément trace métallique et fréquemment consommés. Sont cités les céréales du petit-déjeuner, les pains et produits de panification sèche, les viennoiseries, les pâtisseries, les gâteaux et biscuits sucrés, les pâtes, le riz et le blé ainsi que les pommes de terre et certains légumes

Lire aussi : Métaux lourds dans l’alimentation : l’Anses identifie un risque lié à l’exposition au cadmium

L’Anses appelle à appliquer des valeurs limites en cadmium pour les matières fertilisantes comme les engrais minéraux phosphatés

Face à cette « situation préoccupante », l’Anses souligne la nécessité d’agir au niveau des sols agricoles, à l’origine de la contamination des denrées alimentaires. L’agence cible en particulier les engrais minéraux phosphatés, beaucoup utilisés en France et souvent à des teneurs élevées en cadmium. Mais cite aussi les fertilisants organiques comme les composts et les fumiers, ainsi que les boues de station d’épuration, qui participent aussi à l’accumulation du métal lourd dans le sol. Au total, les intrants agricoles représentent plus de 80 % des apports en cadmium dans les sols agricoles, suivis ensuite par les dépôts atmosphériques (14 %). Il n’y a d’ailleurs pas de différences relevées dans les teneurs en cadmium des aliments issu de l’agriculture conventionnelle et ceux de l’agriculture biologique.  

L’Anses appelle donc à appliquer « dès que possible » une valeur limite en cadmium pour les matières fertilisantes, afin de « maîtriser la pollution des sols agricoles ». Comme en 2019, elle recommande notamment une teneur maximale de 20 mg de cadmium par kilogramme de P₂O₅ dans les engrais minéraux phosphatés, ce qui permet de ne pas dépasser un flux d’apport de 2 g de cadmium par hectare et par an. Aujourd’hui, cette teneur est fixée à 60 mg de cadmium par kilogramme de P₂O₅ pour une mise sur le marché de l’UE, et à 90 mg pour une mise sur le marché français. 

Lire aussi : Cadmium : quel rôle des engrais dans la contamination des sols agricoles ?

Quels leviers pour réduire la contamination des sols agricoles par le cadmium ?

L’un des moyens cités par l’agence pour réduire ce taux de cadmium dans les engrais est le recours à des sources d’approvisionnement en roche phosphatée ou produits dérivés moins riche en cet élément. L’Anses évoque aussi les procédés de décadmiation, visant à réduire ce taux cadmium dans les engrais. Mais l’agence dit surtout soutenir la promotion de nouvelles pratiques agricoles : ajustement du type et des quantités de matières fertilisantes utilisées en fonction des sols et des cultures, techniques pour utiliser le phosphore déjà présent dans les sols, ou recours à des variétés végétales moins accumulatrices en cadmium

L’étiquetage des engrais devrait être révisé pour ajouter la teneur en cadmium, et une base de données nationale de suivi du cadmium dans les matières fertilisantes devrait être mise en place selon l’Anses. Selon les experts, l’évolution de ces pratiques devrait être « accompagnée par des mesures de formation / information / accompagnement des agriculteurs et acteurs du conseil agricole sur la problématique du cadmium, en fonction des besoins ». À plus moyen terme, l’agence appelle à revoir les teneurs maximums en cadmium dans les aliments, un levier d’action notamment pour les denrées importées. 

Lire aussi : Cadmium et Blé dur : des variétés pour empêcher l'élément de passer dans les grains

Les plus lus

Bovin de profil présentant des nodules sur la peau, signe clinique de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC).
Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : un nouveau foyer détecté en Sardaigne

Un foyer supplémentaire de dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) a été détecté le 30 mai en Sardaigne, à une…

Agriculteur remplissant de GNR le réservoir de son tracteur
Prix du GNR agricole : demandez l’aide de 15 centimes d’euros par litre pour le mois de mai, le guichet est ouvert !

Le gouvernement vient de préciser les modalités pour bénéficier des différents dispositifs de soutien aux agriculteurs pour l’…

Parcelles agricoles et villages de campagne marnaise
Quel est le prix des terres agricoles en 2025 ?

En 2025, le prix des terres agricoles et prés libres a légèrement augmenté de 0,9% pour atteindre un niveau record à 6 460…

Moisonneuse batteuse dans un champ d'orge.
La moisson 2026 a officiellement démarré : « la deuxième année la plus précoce depuis 2011 »

La saison de la moisson 2026 est lancée précocement. Les premières vidéos et photos de récoltes d’orge, cameline mais aussi…

Paysage agricole
Aides PAC 2025 : les montants réévalués à la hausse pour l’écorégime bio, les jeunes agriculteurs, les aides couplées animales et végétales

Plusieurs arrêtés parus ce 12 juin au journal officiel réévaluent à la hausse les montants annoncés pour la campagne 2025 des…

brebis paissant sur un flan de montagne
Abattoirs de montagne : une proposition de loi entend les développer et crée la notion d’abattoir paysan

La proposition de loi « Pour une montagne vivante et souveraine » a été adoptée à l’Assemblée nationale le 13 mai…

Publicité