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Face à un collectif contre son unité de méthanisation dans l’Essonne : « J’ai changé mes pratiques agricoles, je m’interdis désormais tout traitement phyto de jour »

Victor Rabier, agriculteur dans l’Essonne et associé dans une unité de méthanisation avec sept autres agriculteurs, témoigne aux 23e rencontres du droit rural du changement d’état d’esprits de ses voisins après la création d’un collectif contre le projet. Une situation qui l’a amené à changer ses pratiques.

L'agriculteur Victor Rabier témoignant aux 23e journées du Droit rural.
« Du jour au lendemain, pour les travaux d’automne et les moissons, je suis devenu un transporteur de poussière. Les voisins se sont plaints. Le maire a même interdit la circulation des 3,5 tonnes », témoigne Victor Rabier, jeune agriculteur dans l’Essonne.
© Agr'Idées

« Nous sommes huit associés dans l’unité de méthanisation sur 6 villages dans l’Essonne. Ce qui a été lourd pour moi c’est de voir l’état d’esprit des riverains changer », explique Victor Rabier, agriculteur à Pussay dans l’Essonne, le 8 avril lors des 23e rencontres de droit rural sur le thème « l’agriculteur et les voisins : produire dans un espace partagé ».

On allait polluer l’air, l’eau, le sol, augmenter le trafic routier, augmenter les allergies aux graminées, sans parler des nuisances olfactives et visuelles !

En 2023, un collectif se monte contre le projet de méthaniseur. Un recours est déposé devant le tribunal administratif de Versailles (Yvelines). « Tous les arguments ont été mis en avant : on allait polluer l’air, l’eau, le sol, augmenter le trafic routier, augmenter les allergies aux graminées, sans parler des nuisances olfactives et visuelles », témoigne le jeune agriculteur, rappelant qu’avec ses associés ils avaient pourtant choisi une parcelle située à 1,5 km de la première clôture d’habitation pour limiter les nuisances.

Lire aussi : Conflits de voisinage : la loi Maurice et celle sur le trouble anormal n’auraient eu aucun effet pour les agriculteurs

Un changement d’attitude constaté chez les riverains

Si ce contentieux fait prendre du retard aux travaux, il crée surtout un changement d’attitude des riverains, poursuit le jeune agriculteur. « Du jour au lendemain, pour les travaux d’automne et les moissons, je suis devenu un transporteur de poussière. Les voisins se sont plaints. Le maire a même interdit la circulation des 3,5 tonnes », témoigne-t-il.

C’est une modification lourde en termes d’organisation et vie personnelle

Face à cette situation « j’ai mis en place un fort changement sur mes pratiques, toujours en conventionnel mais désormais je m’interdis tout traitement phyto la journée », raconte Victor. Et ce d’autant plus que pour accéder à ses parcelles, il doit « passer devant l’école du village ». « C’est une modification lourde en termes d’organisation et vie personnelle », reconnait-il. Mais si la justice a finalement donné raison aux 8 associés agriculteurs, il souhaite éviter tout nouveau conflit.

Lire aussi : Méthanisation : les éleveurs face à l'opposition des riverains

Lire aussi : Par peur de conflits avec les nouveaux riverains, « les agriculteurs invisibilisent leurs traitements »

Un manque de communication des agriculteurs auprès des riverains

Et de revenir sur des erreurs commises en amont du projet. « Nous avons rencontré tous les conseils municipaux, soit 150 élus locaux, on croyait qu’ils feraient la communication auprès des riverains, on s’est trompés », explique-t-il. Autre erreur : être monté en puissance plus vite que prévu avec une déclaration ICPE très vite suivie d’une demande d’enregistrement. « Ca a été l’incompréhension dans le voisinage », témoigne-t-il.

Lire aussi : Pour accéder à mes parcelles, j'évite les heures de pointes

Un collectif d’opposants comprenant des militants connus

Contactés par la préfecture, les 8 agriculteurs sont mis au courant que le collectif comprend des militants actifs connus ayant notamment participé aux mouvements contre Sainte-Soline. « Ca nous a pas tellement rassurés. On a dû prendre un contrat avec une société de gardiennage pour deux mois avec présence de maitres-chiens nuit et jour », rapporte Victor Rabier. « Nous avons eu des manifestations avec des pelotons de gendarmes postés devant l’outil de méthanisation. On ne savait pas jusqu’où ça pouvait aller », raconte-t-il.

Lire aussi : Bassine de Sainte-Soline : que retenir de la manifestation du 24 au 26 mars ?

La pression est retombée mais la surveillance du méthaniseur reste de mise

Aujourd’hui la pression est un peu retombée. « Mais on les a toujours derrière nous. Les ensilages arrivent on va toujours avoir quelqu’un derrière nous qui nous surveille », assure l’agriculteur. 

Ils comptent les camions, on a parfois des drones au-dessus du site 

« On ne sait pas ce qu’ils font : ils comptent les camions, on a parfois des drones au-dessus du site ». Du coup, les agriculteurs ont paradoxalement le sentiment d’être parfaitement en règle. « On est persuadés que si on fait le moindre écart on sera tout de suite au courant. Mais du coup on a un vrai besoin de formation de nos salariés sur site, tout doit être carré tout le temps à la minute près ».

Lire aussi : « Un agriculteur contraint d’avancer ses travaux en pleine nuit pour échapper à la canicule ne devrait pas se retrouver exposé à un contentieux de voisinage »

Pour éviter les conflits de voisinage : « la communication c’est la clé »

Aujourd’hui Victor Rabier regrette de ne pas avoir plus communiqué directement avec les riverains. « On a travaillé avec les conseils municipaux. Nous n’avons jamais caché ce que nous faisions avec l’idée d’entrer dans un cercle vertueux et de moins utiliser d’intrants chimique. On voulait aussi gagner de l’argent », reconnait-il. « On pensait que l’adversité viendrait des conseils municipaux, c’est plutôt arrivé des riverains, on ne s’y attendait pas. La communication c’est vraiment la clé. On aurait dû travailler avec des gens qui savent expliquer, vulgariser ce qu’on fait ». 

Lire aussi : Agriculteurs : 8 clés pour établir un dialogue constructif avec le voisinage

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