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Engraissement des broutards : « J’ai été accompagné pour faire évoluer mon système naisseur »

Emmanuel Magne, situé dans le Cantal, a bénéficié d’un accompagnement individuel auprès de la chambre d’agriculture départementale dans l’optique de développer l’engraissement. Il a ainsi toutes les clés en main pour avancer dans ses questionnements et faire des choix éclairés.

Emmanuel Magne, situé à Arches dans le Cantal, élève seul 85 limousines et leur suite. Désireux de transmettre son outil de production d’ici dix ans, l’éleveur s’est interrogé sur l’intérêt de diversifier son activité. Pour avancer dans son projet, Emmanuel Magne a été accompagné par une conseillère d’entreprise, mais aussi par une conseillère spécialisée bovin viande à la chambre d’agriculture du Cantal. L’objectif, mener une réflexion globale sur toutes les dimensions de son exploitation, qui seront impactées par la mise en place de bovins à l’engraissement.

Disposer de marges de manœuvre

L’étude conclue en octobre dernier a permis d’établir un prévisionnel technico-économique et social pour trois scénarios, avec comme visées communes de diminuer le nombre de vêlages et de maintenir un système le plus autonome possible. Les 6,5 hectares de céréales à paille (dont près de 75 % en autoconsommation), 25 ha de prairies temporaires et 2 ha de méteil déjà implantés sur les 120 ha de SAU totale sont un atout. « Les terrains sableux et drainants sont vite éprouvés par la sécheresse, mais ils ont l’avantage d’être labourables », analyse l’éleveur. L’autonomie fourragère est atteinte. Les stocks annuels comprennent environ 75 tonnes d’ensilage d’herbe, 45 t de regain et 160 t de foin, soit 2,4 t de MS récolté/UGB. Emmanuel Magne a par ailleurs toujours conduit son troupeau en deux périodes de vêlage pour étaler les ventes, un autre point fort pour démarrer l’engraissement. Aussi, l’éleveur, qui a pour habitude de peser tous ses veaux avant leur départ au cadran, dispose d’une contention fixe avec bascule de pesée à l’intérieur de son bâtiment.

« Le temps disponible et l’organisation du travail figuraient parmi mes priorités, souligne Emmanuel Magne. Le parcellaire morcelé de l’exploitation et les difficultés à recruter de la main-d’œuvre ont été les facteurs limitants à la concrétisation de l’hypothèse idéale : l’abaissement à 60 vêlages et l’engraissement de génisses de 18 mois et 32 mois. » Le diagnostic permet néanmoins de valider la faisabilité de son projet, que l’éleveur pourra toujours entreprendre par la suite s’il trouve les renforts nécessaires.

Une décapitalisation moins brutale

En attendant, ce dernier a opté pour une transition douce, avec le passage de 85 à 75 mères limousines et la repousse de 35 broutards, qui rend l’organisation plus évidente en termes de gestion du travail. Les mâles seront vendus à 410 kg vifs (au lieu de 320) et les femelles à 360 kg (au lieu de 270), avec pour objectif que les broutards gagnent 100 kg en deux à trois mois après sevrage. Cette étape amène déjà l’éleveur à modifier sensiblement son assolement pour contenir les charges en concentrés achetés à 0,11 euro par kilo vif produit (contre 0,27 actuellement). La surface en céréales restera identique, mais 2 ha de méteil à moissonner seront introduits dans la rotation, permettant d’accroître la quantité de viande vive produite (+ 5400 kg) sans peser davantage sur les charges en aliments achetés. « Tout changement par rapport à la situation actuelle est pris en compte : répercussions sur les frais de mécanisation, l’achat d’intrants, les travaux par tiers… », rapporte Manon Prince, conseillère d’entreprise à la chambre d’agriculture du Cantal en charge de l’étude. Les données Inosys Réseaux d’élevage Massif central conjoncture 2023 servent de référence pour établir les simulations. Dans son bilan d’exploitation projeté à 2030, l’excédent brut est porté à 44 914 euros (29 % du produit brut), contre 42 489 actuellement et le revenu disponible passe de 16 577 euros à 21 535 euros. « Cet accompagnement mené par un binôme technicien viande (ici Céline Maisonobe) conseiller d’entreprise me paraît très pertinent. Chacun apporte sa patte, ce qui permet d’avoir une vision complète », se satisfait Emmanuel Magne.

À savoir

Ce diagnostic personnalisé s’adresse aux éleveurs qui souhaitent engraisser au moins dix animaux d’une même catégorie (type viande ou croisé viande). La prestation est encadrée par les chambres d’agriculture départementales, dans le cadre d’un plan de filière viande de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Pour en savoir plus, lire | Engraissement des broutards : quelles sont les opportunités de marché à saisir ?

Lire aussi | Viser la productivité, un impératif en engraissement

 
<em class="placeholder">Manon Prince, conseillère d’entreprise à la chambre d’agriculture du Cantal</em>
© L. Pouchard

Manon Prince, conseillère d’entreprise à la chambre d’agriculture du Cantal

« Un fonctionnement à charges contenues et une trésorerie saine »

« Avant de lancer une étude, nous nous assurons que les éleveurs volontaires disposent d’une assise financière suffisante pour se lancer. Créances, dettes fournisseurs, épargne, investissements à venir… tout est passé en revue. Dans le cas d’Emmanuel Magne, l’exploitation présente une trésorerie à l’équilibre et tourne dans une logique de travail à charges contenues (les charges opérationnelles représentent 23 % du produit brut). Son niveau d’autonomie fourrager apporte sécurité et souplesse. Sur le plan humain, Emmanuel Magne profite de la conjoncture favorable pour étudier différents champs d’action et ainsi donner davantage d’ouvertures à son système dans la perspective d’une future reprise. »

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