Énergie : 331 420 kWh sont consommés sur une exploitation agricole française en moyenne chaque année
Directe ou indirecte, l’énergie représente 35 % des charges des exploitations, selon le baromètre du bilan énergétique des fermes françaises dévoilé au SIA 2026. Les plus énergivores sont les exploitations de grandes cultures, la fertilisation concentrant à elle seule la moitié de leur consommation.
Directe ou indirecte, l’énergie représente 35 % des charges des exploitations, selon le baromètre du bilan énergétique des fermes françaises dévoilé au SIA 2026. Les plus énergivores sont les exploitations de grandes cultures, la fertilisation concentrant à elle seule la moitié de leur consommation.
Une exploitation agricole française consomme en moyenne 331 420 kWh par an, selon le premier baromètre du bilan énergétique des fermes françaises réalisé dans le cadre du programme Fabacéé, et présenté le 23 février à l’occasion du SIA 2026. Rapportée en euros, cette consommation, qui équivaut à l’électricité annuelle d’environ 70 foyers français, représente une dépense moyenne de 38 000 euros et par an, soit 20 % du chiffre d’affaires moyen d’une exploitation.
Avec 779 482 kWh les exploitations de grandes cultures sont de loin les plus énergivores. Elles consomment deux fois plus que les élevages bovins laitiers (349 948 kWh) et près de sept fois plus que les exploitations viticoles (92 518 kWh). Les budgets énergétiques suivent la même tendance, avec une dépense annuelle estimée à 65 130 € pour les grandes cultures, 38 500 € pour les élevages bovins laitiers et 20 715 € pour la viticulture.
70 % de l’énergie directe issue du GNR
Au total, cette consommation représente près de 20 milliards d’euros, soit environ 35 % des charges et 20 % du chiffre d’affaires des exploitations, indique Jean-Luc Bochu, responsable de l’activité Agriculture-Énergie-Climat à Solagro. Les énergies directes constituent 51 % de la consommation totale, soit 45 TWh, l’équivalent d’environ 3 % de la consommation nationale d’énergie. Le gazole non routier (GNR) domine très largement avec 70 % des usages directs. « Il alimente les travaux de préparation du sol, les semis, les épandages, les traitements, la récolte et une partie du transport. » L’électricité représente 15 % des consommations directes, devant le gaz naturel et le GPL (3 %) et les énergies renouvelables thermiques (10 %).
En 2024, la facture des énergies directes atteint 5,5 milliards d’euros (58 milliards à l’échelle nationale). En moyenne, cela correspond à 16 500 euros par exploitation. Dans le détail, 60 % de cette dépense concernent le GNR, 26 % l’électricité, 7 % le gaz et 8 % d’autres postes. Cette structure illustre la forte sensibilité des exploitations aux variations du prix des carburants, particulièrement en systèmes de grandes cultures fortement mécanisés, précise Jean-Luc Bochu.
49 % d’énergie indirecte : le poids des intrants
L’autre versant de la facture énergétique est moins visible. Les énergies indirectes, mobilisées notamment pour la fabrication des intrants, représentent 49 % de la consommation totale des exploitations. Les engrais et amendements concentrent à eux seuls 30 TWh, soit 36 % de l’énergie primaire agricole. Leur coût est estimé à 5 milliards d’euros en 2024. Si les cours ont reculé après les pics de 2022, ils restent environ 30 % supérieurs à leur niveau de 2020. À l’échelle de la ferme France, les aliments du bétail constituent l’autre grand poste énergétique indirect, avec 9,5 milliards d’euros en 2024 (hors branche agricole) et près de 10 % de l’énergie primaire des exploitations.
Cette part prépondérante des intrants souligne la dépendance structurelle de l’agriculture aux marchés internationaux de l’énergie et des matières premières, en particulier pour l’azote de synthèse, dont la fabrication est fortement consommatrice de gaz. « Les dernières années ont été marquées par des hausses brutales des indices de prix : 224 pour le GNR, 144 pour l’électricité, jusqu’à 287 pour certains engrais. Ces niveaux ont pesé directement sur les trésoreries », analyse Jean-Luc Bochu.
50 % de la consommation des grandes cultures liée aux engrais
En grandes cultures, la hiérarchie des postes se resserre encore. 50 % de la consommation énergétique provient des engrais, indique Hadrien Heitz, chef de projet Fabacéé chez FEVE. Le coût de cette énergie indirecte atteint en moyenne 15 000 euros par ferme. Le GNR et les autres carburants représentent 23 % de la consommation énergétique, mobilisés à chaque étape du cycle cultural, travail du sol, semis, épandage, moisson, transport, pour un coût proche de 14 000 euros par exploitation. Les autres intrants (emballages, plastiques, produits phytosanitaires) ne pèsent qu’environ 4 % de la consommation totale.
La variabilité entre exploitations reste toutefois importante. « Elle dépend notamment de la composition de l’assolement, des niveaux de rendement, de la présence de légumineuses dans la rotation, de l’implantation de couverts d’interculture, des choix de travail du sol (labour, TCS, semis direct), mais aussi des caractéristiques pédoclimatiques de l’exploitation », explique Hadrien Heitz.
15 % d’économies d’énergie visées d’ici 2027
Face à ce constat, le programme Fabacéé affiche un objectif de réduction de 15 % de la consommation énergétique des groupes accompagnés d’ici 2027, soit 1,29 TWh d’économies à l’échelle globale et environ 115 000 kWh par exploitation.
Paola Sebert, de la chambre d’agriculture de Haute-Garonne, accompagne un groupe de dix céréaliers sur les coteaux argilo-calcaires du Lauragais. « Près de la moitié des économies potentielles concernent les carburants. » Bancs d’essais moteur et réglages, écoconduite, réduction de l’intensité du travail du sol, recours à l’autoguidage GPS : le potentiel d’économie est estimé à 33 % sur ce poste, soit environ 16 €/ha.
La fertilisation constitue le second levier majeur. L’amélioration du pilotage (outils d’aide à la décision, modulation intra-parcellaire, bilan azoté), le choix de formes d’engrais limitant les pertes par volatilisation, ainsi que l’intégration de légumineuses et de couverts dans les rotations permettent d’envisager un gain de l’ordre de 11 %, soit environ 30 €/ha. La maîtrise de la consommation d’électricité représente un autre axe, en particulier pour les exploitations irriguées, via la modernisation des pompes et l’optimisation des équipements. Au total, l’ensemble de ces leviers représente un potentiel d’économie de 51 €/ha.
Paola Sebert précise que les exploitants suivis depuis un an ont choisi d’orienter leur stratégie vers la santé des sols. « Le programme va comprendre une campagne d’analyse des sols, un accompagnement par des pédologues et agronomes pour mettre les bons couverts, réfléchir à la réduction du travail du sol, optimiser les apports d’azote. C’est un plan sur le temps long, mais indispensable pour restaurer la santé des sols. » Au-delà des économies immédiates, la maîtrise des consommations devient un levier de résilience face à la volatilité des marchés et un facteur structurant des choix techniques en grandes cultures.
Miser sur le collectif pour des économies d’énergie
Fabacéé (Financer et Accompagner les Besoins des Agriculteurs pour Cré́er des Économies d’Énergie) est le premier programme retenu dans le cadre des Certificats d’Economie d’Energie (CEE) sur la thématique agriculture. Financé par quatre énergéticiens et porté par FEVE (Fermes En ViE) avec SOLAGRO et l’AREC Occitanie (Agence régionale énergie climat), le dispositif repose sur un accompagnement financé avec un animateur dédié, des formations et outils, et une aide à l’investissement. Fabacéé s’appuie sur un réseau de 140 animateurs, 3 000 agriculteurs et 250 groupes. L’ambition est de miser sur la dynamique collective, en privilégiant la formation, l’accompagnement en situations concrètes et l’entraide entre pairs.
Le baromètre dévoilé au SIA 2026 repose sur un échantillon de 1 000 exploitations (toutes productions confondues), parmi les 3 000 engagées dans le programme, révèle Romain Behagel, directeur du programme Fabacéé chez FEVE.