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Travailler sur l’autonomie alimentaire du troupeau caprin à la ferme Saint Alban

Le long de la vallée de la Drôme au pied du synclinal de Saoû, Éric Barnier élève 280 chèvres Saanen sur les 53 hectares de la ferme familiale. Le lait cru, livré à la coopérative Eurial-Agrial Laiterie de Crest (Drôme) sert à la fabrication de l’AOP Picodon.

Éric Barnier a repris l’exploitation en 1991 en créant l’atelier caprin avec 70 chèvres. Ils sont aujourd’hui quatre à travailler sur la ferme : Éric Barnier et son fils associé à temps partiel, une salariée à temps plein et un salarié saisonnier pour les travaux des foins.

« Sur l’exploitation, la superficie utilisée en pâturage ou en production de fourrage ou de céréales pour l’alimentation du troupeau doit être au minimum égale à un hectare pour 10 chèvres », stipule le cahier des charges de l’AOP Picodon, soit 28 ha pour la ferme Saint-Alban. Éric Barnier travaille largement dans ce sens, « je recherche avant tout l’autonomie alimentaire » explique-t-il, et l’exploitation progresse chaque année. En 2019, l’autonomie fourragère était de 63 %, celle en concentré de 52 %, pour une autonomie globale de 59 % (en volume et énergie apportée). En 2021, sur les 53 ha de SAU, 30 ha sont consacrés aux fourrages et 19,9 ha aux grandes cultures.

La sécheresse remet la stratégie en question

« Les parcelles ne sont pas irriguées, et depuis trois à quatre ans et des étés secs, il devient difficile de faire du tournesol et maïs en sec, explique Éric Barnier. Cette année j’ai donc essayé un semis d’avoine, orge et féverole pour faire du méteil grain, ces espèces se semant en même temps. La récolte a été bonne : 68 qx/ha ». Réduire la part des grandes cultures pour augmenter l’autonomie alimentaire du troupeau est donc un axe de progression. Les achats de fourrages correspondent principalement à des achats sur pied de luzernes (37 % des fourrages distribués en 2019), moins onéreux que les achats de foin : 65 €/T pour l’achat de la luzerne sur pied et 65 €/T pour la récolte faite par l’éleveur.

« La quantité de lait produite dépend avant tout de la qualité du fourrage »

La ration fourragère se compose en 2019 de 92 % de légumineuses, 4 % de foin de prairies naturelles et 4 % de foin de méteil. En juillet et août au moment du tarissement, les chèvres reçoivent 50 % de méteil foin (vesce, avoine, pois, féverole et triticale), qui apporte des fibres à la ration à une période où les températures sont élevées, et 50 % d’un mélange de foin de trèfle violet et de ray-grass. Avant la mise bas, la ration fourragère évolue : 50 % foin de méteil, 25 % de foin de trèfle violet et ray-grass et 25 % de foin de luzerne. Enfin, en lactation la ration contient 50 % de foin de luzerne, 25 % de foin de sainfoin et 25 % de foin de trèfle violet et ray-grass. « Je prévois environ une tonne de fourrage par chèvre et par an, précise Éric Barnier, ce qui correspond finalement à une distribution de foin à volonté. » Le fourrage est distribué deux fois par jour avant la traite.

La ration est complétée par 300 g de méteil grain (féverole, orge et avoine), 200 g de maïs et 100 g de tournesol distribué par un distributeur automatique de concentré à 10 h et 20 h. Enfin, 300 g de concentré du commerce riche en azote et des CMV sont distribués au moment de la traite. En 2019, « les concentrés étaient à 515 g/l de lait (pour une production de 770 l de lait/chèvre), traduisant une bonne valorisation de la ration » explique Anne Eyme-Gundlach, conseillère spécialisée caprine à la chambre d’agriculture de la Drôme.

Une conduite désaisonnée en cinq lots

L’élevage s’organise en cinq lots de 56 chèvres : quatre lots mettent bas en septembre tandis que le cinquième lot est en lactation longue. Ce dernier lot comprend des chèvres qui ont déjà fait plusieurs lactations et sont choisies en fonction de leur production laitière, du taux cellulaire et de l’état corporel.

La reproduction est désaisonnée par traitement lumineux. Un implant de mélatonine est posé sur un tiers des chevrettes et trois implants de mélatonine sont posés à tous les boucs. Le traitement lumineux commence en décembre. Le bâtiment est éclairé en jours longs pendant 90 jours, jusqu’à fin février. L’éclairage passe ensuite en jours courts pour des chaleurs qui se déclenchent en avril, « il y a une très bonne synchronisation des chaleurs, qui se déclenchent 42 jours après le début des jours courts », observe Éric Barnier. 30 % des chèvres sont en insémination artificielle. Le taux de mise bas se situe autour de 75 %. Éric Barnier travaille sur la génétique de son troupeau avec des critères sur la quantité de lait, les taux et l’amélioration morphologique.

Le prix de base du lait est plus élevé en hiver, et la laiterie ajoute une prime au lait cru et une plus-value à la production en AOP Picodon. Ainsi, en 2019 en moyenne sur l’année, à la ferme Saint-Alban le lait a été rémunéré à hauteur de 835 €/1000 l.

Lait, taux et morphologie

Les chèvres font 850 à 900 l de lait sur une campagne. L’objectif de production est de 250 000 l de lait par an, avec le pic de lactation en décembre-janvier et la production d’un peu plus de 50 000 l de lait sur ces deux mois. « La quantité de lait produite dépend avant tout de la qualité du fourrage », précise Éric Barnier, la production pouvant diminuer de près de 100 l/chèvre lors d’une campagne avec un fourrage de moins bonne qualité.

L’allotement se fait selon l’âge des chèvres, leurs niveaux de production et leurs taux cellulaires, suivis par le contrôle laitier Adice. Les chèvres au plus haut taux cellulaires sont traites en dernier pour éviter la contamination de leurs congénères par la machine à traire. La composition des lots évolue donc sur l’année. Les chèvres en lactation longues sont réparties dans les différents lots puis réallotées au moment du tarissement. Leur ration de concentrés est différente pour éviter un sur-engraissement.

Chiffres clefs

2,4 UMO : 2 associés et 2 salariés

280 chèvres Saanen

53 ha de SAU dont 30 ha de fourrage (1,6 ha prairies permanentes, 9 ha prairies temporaires, 7,4 ha de luzerne, 9,4 ha de sainfoin, 2,6 ha de méteil foin) et 19,9 ha de grandes cultures (3,9 ha de tournesol, 4,5 ha de maïs, 6,5 ha de blé et orge, 5 ha de méteil grain)

30 % de la surface sont en multiespèces soit trois espèces au moins (cahier des charges AOP Picodon)

Les coûts de production de l’atelier caprin

« Avec 125 chèvres/UMO (unité de main-d’œuvre), la ferme Saint-Alban se trouve en dessous de la référence régionale (Drôme/Ardèche/Rhône) qui se situe autour de 150 chèvres/UMO », explique Anne Eyme-Gundlach, conseillère spécialisée caprine à la chambre d’agriculture de la Drôme.

Le travail est le poste le plus élevé des coûts de production (39 %). La bonne autonomie alimentaire et le recourt à l’achat de fourrage sur pied permettent de limiter les coûts d’alimentation du troupeau (40 €/1000 l en 2019), la stratégie d’autonomie alimentaire est donc tout à fait payante.

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