Ne pas négliger la fertilisation des prairies
Réduire la fertilisation des prairies risque de coûter cher à moyen terme. Les essais d’Arvalis montrent qu’une fertilisation raisonnée en azote, phosphore et potasse reste essentielle pour maintenir la production fourragère.
Réduire la fertilisation des prairies risque de coûter cher à moyen terme. Les essais d’Arvalis montrent qu’une fertilisation raisonnée en azote, phosphore et potasse reste essentielle pour maintenir la production fourragère.
Dans un contexte de forte volatilité des prix des engrais, la tentation est grande de réduire, voire de supprimer la fertilisation des prairies. Pourtant, les travaux d’Arvalis, présentés lors de la journée portes ouvertes à la ferme expérimentale de Bordes dans l’Indre, montre que faire l’impasse sur la fertilisation des prairies risque à terme de fragiliser la productivité fourragère.
L’azote reste rentable, même cher
Des simulations montrent que, même lorsque le prix de l’azote atteint des niveaux élevés (jusqu’à 2,30 €/kg N dans certaines simulations), la fertilisation azotée raisonnée reste globalement pertinente économiquement. L’impasse totale d’azote pénalise même fortement la production, y compris dans des systèmes intégrant des légumineuses.
Sur prairie permanente de fauche comme sur prairie temporaire de graminées, un apport de 40 à 60 kg N/ha permet de maintenir un niveau de rendement suffisant pour éviter le recours à l’achat d’herbe sur pied. À l’inverse, l’absence d’apport entraîne des pertes de rendement pouvant atteindre 2 à 3 t MS/ha, avec un impact économique négatif dans la majorité des situations étudiées compte tenu d’un nécessaire recours à l’achat extérieur.
Pas d’impasse sur le phosphore et la potasse
Carole Gigot, ingénieure fourrage à Arvalis, insiste aussi pour ne pas sous-estimer l’apport en phosphore et potasse. « Les déficits en P et K limitent fortement la productivité de la prairie et les prairies riches en légumineuses y sont particulièrement sensibles. » La ferme des Borde illustre ce point à partir de certaines de leurs terres conduites en agriculture biologique depuis une vingtaine d’années. « La fertilisation a longtemps reposé uniquement sur les restitutions organiques, via le pâturage ou l’épandage du fumier produit par le cheptel, mais les analyses successives ont révélé des niveaux de phosphore devenus limitants, ce qui a entraîné un recul des légumineuses et donc de la capacité naturelle à fixer l’azote. »
Le chaulage pour améliorer la disponibilité
Enfin, le chaulage reste un levier structurant et durable pour assurer l’efficacité globale de la fertilisation. En effet, un statut acido-basique équilibré améliore la disponibilité du phosphore, l’activité biologique et la fertilité du sol.
Repenser les dates d’apport d’azote
Les repères historiques de fertilisation pourraient être remis en question. Jusqu’ici, le premier apport était souvent calé sur 200 °C jours cumulés depuis le 1er janvier. Mais avec des prairies plus diversifiées, la présence accrue de légumineuses et un climat plus irrégulier, la donne a changé et les résultats provisoires d’essais récents suggèrent qu’un décalage vers environ 350 °C jours cumulés pourrait améliorer la réponse des prairies à l’azote.