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Les races à petits effectifs se renforcent

Alors qu’elles ont toutes ou presque été un jour prêtes à disparaître, les racines caprines locales bénéficient aujourd’hui d’une dynamique de sauvegarde et de promotion, boostée par des collectifs d’éleveurs passionnés et avides de professionnalisation.

Choisies pour leur robustesse, leur rusticité, leur lien au terroir ou simplement pour leur beauté, les chèvres de races locales mobilisent de plus en plus d’éleveurs. De la reconnaissance d’une race au maintien de la population et à sa promotion auprès du grand public et des professionnels, les associations ont du pain sur la planche. Tous les ans, les représentants des neuf races caprines à petits effectifs se retrouvent pendant deux jours pour échanger sur les évolutions et les travaux en cours et à venir autour de la génétique, de la professionnalisation ou encore de la communication. Coordonnées par Capgènes et l’Institut de l’élevage, ces rencontres sont avant tout une occasion de renforcer le lien qui unit tous ces éleveurs : la sauvegarde des races caprines françaises. En 2020, les associations se sont retrouvées aux abords du lac d’Annecy, en Haute-Savoie, pour découvrir les spécificités de la chèvre des Savoie, dont la reconnaissance en tant que race devrait être publiée officiellement dans les prochains jours.

Les races locales ont beaucoup d’atouts

Les motivations de chacun pour s’être tourné vers une race à petits effectifs sont diverses. Pour Philippe Massé, éleveur de chèvres poitevines dans les Deux-Sèvres « c’est d’abord la beauté et l’originalité qui m’ont parlé. Étant producteur fromager en vente directe, j’ai le retour de mes clients qui trouvent mes fromages très doux et onctueux. » S’il n’est pas le premier éleveur de Poitevines à noter une différence organoleptique de leurs fromages, les tests réalisés jusqu’ici n’ont pas permis de pointer une composition réellement du lait caractéristique de la race. Pour Luc Falcot, le choix de la chèvre du Rove était une évidence : « c’est la seule race autorisée en AOP brousse du Rove. Et pour valoriser la végétation autour de ma ferme (dans les Bouches-du-Rhône) c’est la meilleure ! ». Les races locales sont également de plus en demandées pour l’entretien des espaces naturels, à l’instar de la chèvre corse dans le maquis. « La présence de la chèvre limite drastiquement l’enfermement des milieux et par son action de débroussaillage, freine l’apparition d’incendies », explique Dolly-Laure Guidoni, animatrice de l’association de la chèvre corse.

"Jouer dans la cour des grands"

L’adaptabilité des chèvres de races locales à leur environnement n’est plus à démontrer et comme le pointe Amandine Lesperlette, éleveuse de chèvres de Lorraine en Meurthe-et-Moselle, « les chèvres produisent moins de lait, mais elles n’ont pas besoin d’être beaucoup complétées, elles sont plus robustes et de ce fait le vétérinaire ne vient quasiment jamais… ». La rentabilité de ces élevages de races locales est une réalité, de plus en plus soutenue par la publication de résultats technico-économiques par les associations de promotion des races qui souhaitent voir se professionnaliser la production. Nicole Bloc, de la chèvre des Savoie, explique : « élever une race officiellement reconnue, c’est jouer dans la cour des grands, avec ces avantages mais aussi tout le travail qui suit pour continuer à mériter cette reconnaissance. Les associations doivent s’organiser, pouvoir répondre à une demande d’animaux et de données croissante et continuer le travail de sélection en gardant la variabilité génétique et l’ancrage territorial ».

Le collectif au service du patrimoine génétique

La sauvegarde et la reconnaissance des races caprines locales ou à petits effectifs sont avant tout la valorisation du travail d’un groupe d’éleveurs passionnés par le patrimoine de leur terroir. « La reconnaissance d’une race, c’est avant tout une aventure humaine et nous sommes très attachés à la dynamique du collectif qui monte le dossier », appuie Pierre Martin, de Capgènes. Il y a d’une part les éleveurs qui se mobilisent pour la race, mais également les synergies qui se développent au niveau du territoire. « En près de 20 ans, on est passé d’une poignée d’éleveurs à plus d’une trentaine qui élèvent la chèvre des Savoie, explique Nicole Bloc, animatrice de l’association savoyarde. Nous avons noué des partenariats locaux avec le centre d’élevage de Poisy pour l’appui technique, avec la coopérative des éleveurs de Savoie pour le contrôle laitier, avec le conseil départemental Savoie Mont-Blanc pour le financement… » Au niveau national, les éleveurs apprécient ces rencontres annuelles qui leur permettent de se tenir informés des activités des uns et des autres, des avancées, des obstacles et des solutions. Néanmoins, pour beaucoup d’associations, si leur situation est aujourd’hui une réussite, elles restent fragiles du fait que leur bon fonctionnement se base sur un faible nombre de personnes. Indirectement, la reconnaissance d’une race peut amener de nouvelles têtes et des éleveurs intéressés par le patrimoine territorial mais qui souhaitent avoir accès aux institutions de la filière tels que Capgènes.

Pierre Martin, directeur de Capgènes

« Un long processus de création et reconnaissance des races »

« Contrairement à d’autres espèces animales de rente, les races de chèvre ne se créent pas ex nihilo. L’ancrage historique d’une race est très important pour nous. Les races locales ont évidemment un lien fort au territoire et font partie intégrante de la culture agricole locale. De ce fait, la définition d’une race se base sur un faisceau d’indices. Si l’on observe plusieurs animaux qui se ressemblent plus entre eux qu’avec d’autres animaux d’une même espèce pris au hasard, on dira qu’on a affaire à une population animale sélectionnée. Ce groupe d’animaux est bien souvent présent sur un territoire défini ou remarquable, tel qu’un massif montagneux, des landes, la garrigue, etc. Il faut arriver à prouver que ces animaux étudiés ont une même origine. La constitution d’un dossier de reconnaissance de race est une véritable enquête à plusieurs niveaux. On va se pencher sur l’histoire du territoire, éplucher les ouvrages qui pourraient mentionner ces animaux, retrouver des cartes postales qui les mettent en avant, voire rencontrer des personnes qui ont connu cette race.

La génomique pour valider une race

Aujourd’hui, on va étudier la potentielle unicité de cette race grâce à l’outil génomique. Il s’agit de comparer la génétique de la population étudiée aux races déjà connues. C’est d’ailleurs grâce à la génomique que la situation de la chèvre des Savoie s’est débloquée. Avant cela, elle était considérée trop proche de l’alpine. Une fois le dossier constitué, celui-ci est soumis à un comité d’experts que sont les généticiens de l’Inrae, les ingénieurs de l’Institut de l’élevage, les présidents et les animateurs des autres associations de race à faible effectif et les représentants de Capgènes. Si le dossier est viable, le comité se rend sur le terrain pour évaluer le potentiel de la race et juger du dynamisme du collectif d’éleveurs. Le comité donne des préconisations aux demandeurs et si le dossier semble cohérent, il obtiendra un avis favorable pour son dépôt au règlement zootechnique européen. Reste au ministère de l’Agriculture à officialiser le programme de sélection et donc de reconnaître pour de bon la race en tant que telle. »

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