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La filière caprine mobilisée face au changement climatique

L’interprofession caprine a tenu son assemblée générale le 29 juin dans la région Centre-Val de Loire. Le contexte économique difficile et le changement climatique ont été au cœur des échanges.

« Nous vivons une conjoncture particulière, avec une explosion des coûts de production tant amont qu’aval », a rappelé Jacky Salingardes, président de l’Anicap, en introduction de l’assemblée générale 2021 de l’interprofession caprine. « Lors de la clôture des négociations commerciales en février, nous avions signalé aux pouvoirs publics que les hausses obtenues ne suffiraient pas. De façon inédite, ils ont autorisé et même donné l’impulsion de nouvelles négociations tarifaires. »

La réaction forte des entreprises et des pouvoirs publics a permis d’aboutir à des renégociations tarifaires en quelques mois, amenant des hausses du prix du lait sur le second semestre (voir p. 8).

« Chacun a bien compris l’enjeu de la ressource laitière française. Ce résultat positif est le fruit d’un travail collectif et cela traduit la compréhension entre les maillons », a souligné le président de l’Anicap. Reste à observer dans les prochains mois si la production laitière française va se maintenir, avec des éleveurs plus ou moins impactés par les hausses de charges. Éleveurs et transformateurs présents ont exprimé leurs inquiétudes pour les futures installations.

Atténuer et s’adapter au changement climatique

Le bilan des activités de l’interprofession caprine a bien sûr été présenté, avec de nombreuses actions structurantes pour la filière : promotion en faveur des fromages de chèvre, action autour du renouvellement des générations, déploiement de la nouvelle version du code mutuel caprin, entre autres sujets. « Ces démarches sont déclinées sur le terrain par les comités régionaux et Criels. Une réflexion a été initiée pour renforcer leurs actions en région tout en raffermissant leurs liens avec l’interprofession nationale », a précisé Jacky Salingardes.

Le changement climatique et ses impacts sur la filière caprine ont ensuite été au cœur des échanges avec les interventions de Frédéric Levrault, expert agriculture et changement climatique à la chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, Mélissa Brocart, chargée de mission à l’Anicap, et Jérémie Jost, chef de projet systèmes caprins herbagers et autonomie alimentaire à Idele et co-animateur de l’UMT système caprins durables de demain.

« Nous, filière caprine, nous sommes engagés lors du Varenne de l’eau à mettre en place une feuille de route d’atténuation et d’adaptation au changement climatique », a rappelé Marilyne le Pape, directrice de l’Anicap, en introduction. Cette feuille de route repose sur le projet Cap’Climat.

« Si certaines conséquences du changement climatiques sont inévitables, nous pouvons travailler pour écrire l’évolution climatique sur futur. Pour cela, notre stratégie collective s’appuie sur des leviers d’atténuation et d’adaptation », a présenté Mélissa Brocart.

100 % des élevages engagés en 2030

Pour l’atténuation, la filière caprine va s’appuyer sur le diagnostic Cap2ER, avec l’objectif que 50 % des élevages caprins français aient réalisé un diagnostic de niveau un ou deux (ou équivalent) d’ici 2025, et 100 % d’ici 2030. Ce déploiement va être assuré à la fois via le code mutuel caprin, mais aussi les plans de filière régionaux dont plusieurs ont des objectifs en termes de diagnostics. La région centre-Val de Loire vise par exemple à engager 150 élevages sur cinq ans. Le projet comprend un diagnostic initial, un appui technique pour identifier et mettre en œuvre les leviers de réduction de l’empreinte carbone des exploitations, et un diagnostic final.

Côté adaptation, de nombreux projets de recherche sont en cours et vont permettre de disposer de connaissances, que ce soit pour la production fourragère, les bâtiments, la santé des animaux, la transformation fermière…

Adaptations locales

L’enjeu est de partager les résultats de ces projets et d’avoir des solutions adaptées localement.

« Adaptation et atténuation sont à travailler de façon concomitante, a renchéri Jérémie Jost. Mais comment rendre opérationnels les projets de recherche chez les éleveurs, dans des contextes pédoclimatiques et des systèmes d’élevage très différents ? »

La solution proposée à travers le projet Cap’Climat est de mobiliser des groupes d’éleveurs locaux pour, adapter, affiner et valider localement les solutions proposées par la recherche. Dans un premier temps, sept groupes d’éleveurs viendraient s’ajouter à ceux du réseau RedCap existant en Nouvelle-Aquitaine et Pays de La Loire. Plusieurs thèmes seront abordés sur un cycle de trois ans, avec notamment la conduite des systèmes fourragers, des systèmes de culture, du troupeau, de la reproduction, des bâtiments, la gestion de l’eau, la transformation fermière. Un volet formation est également prévu afin que les futurs installés aient toutes les clés en main face au changement climatique.

Pour consulter le rapport d’activités de l’Anicap, rendez-vous sur anicap.org

Frédéric Levrault, expert agriculture et changement climatique à la chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine

Quel impact du changement climatique dans nos régions ?

« En France, le réchauffement actuel mesuré est d’environ 4 °C par siècle. Cela se traduit notamment par une multiplication des jours chauds, c’est-à-dire des jours où la température atteint ou dépasse 25 °C. On atteint parfois un doublement de ces jours chauds, avec un effet plus marqué à l’intérieur des terres et des variations importantes d’une année sur l’autre. Sur les précipitations, les tendances sont moins claires, cela dépend du lieu. Ce qui se dessine, c’est un accroissement des cumuls annuels sur le nord, et une baisse principalement sur le pourtour méditerranéen.

Un effet majeur et concret du changement climatique observé depuis plusieurs décennies, ce sont les démarrages de végétation qui se précocifient. On observe également des cycles culturaux raccourcis, et des sécheresses de sols accentués, avec pour conséquence des rendements affectés.

Résilience face aux aléas climatiques

Le changement climatique va également impacter la santé des animaux, la pression parasitaire, la composition des prairies…

Pour percevoir les dynamiques, il faut se concentrer sur le temps long, et donc se doter d’historiques conséquents. Autre élément important, ce changement climatique qui s’est déjà manifesté et va continuer à le faire, tape par à-coups. Et donc on le perçoit plus au quotidien par les effets climatiques extrêmes que par les glissements progressifs. Nous devons aussi construire la résilience des filières par rapport à ces événements.

Nous sommes aujourd’hui en capacité de donner de la lisibilité, même si des inconnues demeurent. Nous pouvons donc pour chaque élevage construire une analyse de sa situation et des éléments d’adaptation. On peut vraiment mettre en place un système d’accompagnement sur le temps long.

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