En Vendée, « les chèvres sont en meilleure santé avec le séchage en grange »
Le Gaec Guignard Lamy, en Vendée, a fait construire un séchoir en grange pour arrêter les aliments fermentés. Après trois ans d’utilisation, ils constatent que les chèvres sont en meilleur état et plus homogènes.
Le Gaec Guignard Lamy, en Vendée, a fait construire un séchoir en grange pour arrêter les aliments fermentés. Après trois ans d’utilisation, ils constatent que les chèvres sont en meilleur état et plus homogènes.
En 2023, le Gaec Guignard Lamy, qui élève 300 chèvres saanens à Saint-Pierre-du-Chemin, en Vendée, a fait construire un séchoir en grange près du bâtiment des chèvres laitières. « Je me suis installé en 2014 avec mon père par reprise d’un site caprin, explique Cyril Guignard, aujourd’hui associé avec sa compagne Elsa Lamy, installée en 2016. Jusqu’en 2022, l’alimentation était basée sur du maïs ensilage et de l’enrubannage. Mais les chèvres avaient souvent du mal à revenir en état après la mise bas. Les lactations longues engraissaient. Et il y avait des problèmes de listériose liés au maïs. Je m’étais toujours dit que je voulais arrêter les aliments fermentés et construire un séchoir en grange. » En 2018, les deux associés ont donc commencé à réfléchir à un séchoir en grange avec l’association Segrafo. Objectifs : améliorer l’alimentation des chèvres avec un aliment plus naturel, passer de 850 litres par chèvre à 900-1 000 litres, gagner en autonomie par un foin de qualité et un meilleur rendement des prairies et améliorer le confort de travail.
Du foin de qualité
Le séchoir est entré en fonctionnement en février 2023. D’une surface de 500 mètres carrés, pour une capacité de stockage de 210 tonnes de matière sèche, il comporte trois cellules de 104 mètres carrés pour le séchage du foin en vrac et une aire de séchage à plat multiproduits de 52 mètres carrés. « Un objectif dans l’avenir sera de sécher du maïs grain, que nous vendons actuellement, pour arrêter l’achat de chèvre laitière », précise Cyril. Chaque cellule de séchage en vrac, où le foin peut être stocké sur six mètres de hauteur, avec une densité de 100 kilo au mètre cube, peut accueillir environ 70 tonnes de foin. Chaque case est équipée d’une sonde de température et d’une sonde d’hygrométrie. Le sol des cellules a été réalisé en enrobé, plus chaud que le béton. La récupération de chaleur se fait par 500 mètres carrés de capteur solaire sous couverture bac acier. « Nous avons pensé à y installer des panneaux photovoltaïques, mais le photovoltaïque est devenu moins intéressant aujourd’hui. » Un ventilateur de 18,5 kWh de puissance assure l’aspiration de l’air et insuffle l’air dans les cases de séchage. « Le site, assez venté, limite le rendement du capteur solaire, note Antoine Vaubrun, de l’association Segrafo. Le gain de température est de 5 °C en moyenne, alors qu’il est souvent de 10-15 °C. Ce gain est toutefois suffisant pour sécher les fourrages. » « Depuis 2023, nous avons eu deux années humides avec beaucoup de fourrages et une année 2025 avec plus de soleil et moins de fourrages, indiquent les éleveurs. Les trois années, le foin a été de bonne qualité. » Pour limiter l’investissement, le Gaec a en revanche fait le choix de ne pas installer de chauffage d’appoint dans un premier temps. « Mais le bâtiment a été prévu pour que l’on puisse y installer un générateur d’air chaud à bois déchiqueté ou un déshumidificateur quand nous lancerons le séchage à plat de maïs » précise Cyril. La griffe, qui dispose d’un bras de 10 mètres de long mais ne pèse pas, a également été achetée d’occasion.
Préparation pour quatre à cinq jours
Quinze hectares de prairies multi-espèces (ray-grass anglais, fétuque, trèfle hybride, trèfle violet) et 8 hectares de luzerne sont désormais séchés dans le séchoir en grange. « Nous commençons à récolter l’herbe le plus tôt possible, vers mi-avril, et la récoltons en cinq à six coupes, pour obtenir un foin de qualité et appétant, indique Cyril. L’herbe est préfanée à 60-65 % MS en deux à trois jours. Depuis 2025, nous l’andainons la veille, retournons l’andain le lendemain et le foin finit de sécher en andain. Nous la rentrons avec une autochargeuse de 36 mètres cubes équipée de couteaux qui coupent le foin en brins de 12 centimètres. » Le foin est stocké dans les cellules sur deux mètres de hauteur pour la première couche, sur un treillis métallique, puis par couches de 1 à 1,50 mètre. Il est ventilé en continu pendant deux jours, puis en fractionné. « Nous ventilons tout le printemps, arrêtons en juillet, puis reprenons la ventilation fin août jusqu’en septembre-octobre. » Le foin est repris dans les cases de séchage à la griffe. « Je prépare du foin pour quatre à cinq jours sur la plate-forme de chargement, en alternant une griffe de foin multi-espèces et une griffe de foin de luzerne, explique Cyril. Je mélange ensuite le tas avec la fourche du télescopique. Puis je reprends chaque jour au godet du foin que nous distribuons ensuite à la fourche. Et nous allons investir dans un godet dessilleur spécial herbe. »
Amélioration de la santé et de la reproduction
La ration est aujourd’hui constituée de 1 kilo de foin de graminées, 1 kilo de foin de luzerne et 1,3 kilo de concentrés de chèvre laitière, correcteur azoté et féverole et triticale produits sur l’exploitation. Après trois années d’utilisation, Elsa Lamy et Cyril Guignard sont très satisfaits du séchoir. « Nous obtenons un foin multi-espèces à 18-22 % MAT et du foin de luzerne à 24 % MAT, indiquent-ils. Nous nous posons la question d’arrêter la luzerne, plus compliquée à récolter. » Le foin est très bien consommé. « Il n’y a aucun refus, assure Elsa. Pour l’instant, nous ne produisons pas plus de lait, mais les chèvres sont en meilleure santé. Il n’y a plus de problème de listériose. Les cellules ont diminué. Et la croissance des chevrettes s’est améliorée et permet des lots plus homogènes. En 2025, nous avons eu 95 % de réussite en saillie naturelle sur tout le troupeau, y compris les chevrettes, un taux que nous n’avions jamais atteint. » Le séchoir a aussi pu permettre d’augmenter la part d’herbe dans l’assolement, avec 10 hectares de prairies en plus. Et l’objectif pour les éleveurs est de réduire les coûts de concentrés. « Pour l’instant, nos coûts de concentré sont équivalents, précisent-ils. Mais nous avons réduit les concentrés des chevrettes de 200 grammes par jour et par chevrette de leurs cinq mois à leurs douze mois. » Enfin, les éleveurs estiment que leurs conditions de travail se sont améliorées. « C’est plus plaisant de travailler avec du sec, apprécie Cyril. La distribution est simplifiée. Et il n’y a plus les chantiers d’ensilage, plus de silos à débâcher… »
Coté éco
278 000 € avec de l’auto-construction
Le séchoir, construit par Boissinot élevage, a coûté 278 500 €, sur lesquels le Gaec a obtenu 24 000 € de PCAE. Les éleveurs ont fait eux-mêmes le terrassement, la maçonnerie, le bardage et la pose des treillis métalliques. L’investissement a été financé par un emprunt sur quinze ans. Les coûts d’électricité se sont élevés à 27 €/t en 2023, 21 €/t en 2024 et 10 €/t en 2025. Au final, le coût du séchage est en moyenne de 91 €/TMS pour le remboursement du séchoir et 19 €/TMS d’électricité, soit au total 110 €/TMS, soit 219 € par chèvre.