En Saône-et-Loire, le petit séchoir qui booste la qualité du foin
Même si Jean-François Bouillot privilégie le pâturage, son séchoir à foin change la donne pour l’alimentation des 50 chèvres. Ce petit séchoir a permis de maîtriser la qualité du fourrage et booster la production fromagère.
Même si Jean-François Bouillot privilégie le pâturage, son séchoir à foin change la donne pour l’alimentation des 50 chèvres. Ce petit séchoir a permis de maîtriser la qualité du fourrage et booster la production fromagère.
Dans les paysages verdoyants de la région de Charolle, Jean-François Bouillot a fait le pari d’un séchoir adapté à la taille de son troupeau. Éleveur de 50 chèvres alpines sur 17,6 hectares de prairies naturelles, il transforme l’intégralité du lait en fromages charolais AOP, demi-charolais, cendré ou faisselle qui sont vendus principalement à la ferme mais aussi à des épiceries locales ou lors de marchés de producteurs.
L’investissement dans un petit séchoir à foin a transformé la qualité du fourrage distribué aux chèvres. « Avant, je n’avais pas mon propre matériel de fenaison. J’étais tributaire de l’extérieur pour mes chantiers qui arrivait tardivement, fin juin-début juillet quand la qualité de l’herbe était déjà dégradée. Le foin que je récupérais n’était pas assez appétant pour les chèvres », confie Jean-François Bouillot. C’est en 2021, après avoir récolté du foin particulièrement mauvais en lien avec des pluies et des coupes tardives, qu’il décide de franchir le pas : « J’ai pris quelques contacts, j’ai regardé ce qui était envisageable et j’ai décidé de me lancer. »
Autochargeuse d’occasion
Le séchoir à foin est installé dans une grange métallique existante. « Le hangar de six mètres cinquante au faîtage était suffisamment haut pour abriter une cellule dix mètres de longueur par cinq mètres de largeur sur cinq mètres de haut, soit 250 mètres cubes capables de stocker une vingtaine de tonnes de matière sèche de foin. » Son système fourrager reposant avant tout sur le pâturage, l’équipement de séchage est dimensionné de façon à produire du foin qui sera distribué en période hivernale et pendant les fortes chaleurs de l’été. Chavanel, une entreprise de Haute-Savoie, réalise l’étude de faisabilité et fournis la griffe télescopique et le ventilateur. Le reste des gros œuvres (charpente métallique, maçonnerie et ossature bois et caillebotis de la cellule) sont installés par des artisans locaux. Il achète une autochargeuse d’occasion à 700 euros et les premières récoltes commencent au printemps 2023.
Environ dix jours de ventilation
Les premières fauches sont réalisées début mai, « quand la cellule est vide et quand je suis disponible après la reprise de la traite et de la fromagerie », admet Jean-François. « On pourrait gagner quelques jours et faucher en avril », reconnaît Frédéric Pacaud de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. L’herbe reste deux à trois jours au sol puis est ramassée à l’autochargeuse vers 65 % d’humidité. Le foin est ventilé en continu pendant 48 heures. « Ensuite, la ventilation se poursuit par intermittence selon l’hygrométrie de l’air ambiant. En une dizaine de jours, le foin monte à 85 % de matière sèche », explique Jean-François qui pilote son séchage à l’aide d’un testeur d’humidité Base THF-0850 cofinancé par son assureur Groupama. Une deuxième coupe interviendra à l’automne sur les parcelles éloignées. Les parcelles les plus proches étant réservés au pâturage tournant. Dans cette zone où l’herbe est poussante, il vend sur pied le surplus estimé chaque année à une cinquantaine de tonnes de matière brute.
Deux griffes pour trois jours d’hiver
La reprise du foin séché se fait à l’aide de la griffe. « Le bras télescopique de huit mètres me permet de déposer le foin devant la porte de la chèvrerie. » Il est ensuite repoussé dans le bâtiment avec le godet du tracteur puis il sera dispersé progressivement jusqu’à l’auge à la fourche. Le contenu de deux grosses griffes permet d’alimenter le troupeau pendant trois à quatre jours en hiver. Par rapport à la distribution des balles rondes, le travail est un peu différent mais pas forcément plus simple.
Presque plus de refus
Avec le séchoir, le troupeau a gagné en lait (860 kg par chèvre en 2025), en taux (36,7 de TB et 33,4 de TP) et en fromage. Jean-François Bouillot a surtout amélioré la régularité de sa production. « Il y a une meilleure persistance laitière et les chèvres sont en meilleure santé », observe, ravi, l’éleveur de 54 ans. « Avec du foin de meilleure qualité, on est passé de 40 % de refus auparavant à 5 % maintenant. Ça change la vie ! »
L’éleveur souligne aussi l’impact sur son organisation : « Avant, je devais jongler avec les chantiers, les aléas météo, et la qualité du foin était aléatoire. Maintenant, je maîtrise mieux la qualité du foin qui affiche 12 à 13 % de MAT en moyenne. » Le séchoir lui a également permis de réduire ses achats de compléments alimentaires dans une ration composée, au pic, d’herbe pâturée et de 750 grammes d’un mélange de tourteau de colza, de maïs grain et de bouchons de sainfoin.
Une deuxième cellule pour plus de souplesse
Mais avec une seule cellule, il n’est pas possible de trier la qualité. Pour surmonter ce problème, l’éleveur vient de construire une deuxième cellule de stockage. « Il n’y a pas de ventilation, mais je peux maintenant reprendre à la griffe le foin de la première coupe et bien le séparer du foin d’automne. » Avec cette nouvelle cellule tampon de 140 mètres cubes, l’éleveur peut aussi espérer couper de l’herbe plus jeune et de meilleure valeur alimentaire. « J’ai installé la deuxième cellule mi-avril et j’ai tout de suite mis de côté le report de stock. J’ai ainsi pu faucher cette année dès le 23 avril. » Jean-François Bouillot montre ainsi que les séchoirs et l’herbe de qualité ne sont pas réservés qu’aux grosses structures.
Combien ça coûte ?
Un investissement limité, bien subventionné et vite amorti
L’investissement dans le séchage en grange est resté limité à 82 000 euros pour le pont roulant, la griffe, la ventilation, la charpente métallique, la maçonnerie et la cellule unique en bois. La subvention de 40 % du PCAE (plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles) a été portée à 60 % grâce à l’implication de Jean-François Bouillot dans le GIEE Lait’s Goat. Le chevrier a quand même dû emprunter 40 000 euros, « largement amortis par les gains en lait et en taux permis par le foin de qualité ».
Des panneaux pour limiter la facture d’électricité
La ferme Le Chemin de la chèvre a considérablement réduit sa facture d’électricité en installant des panneaux photovoltaïques sur la toiture du bâtiment abritant la chèvrerie et la fromagerie. Les 138 kilowattheures-crête installés en mai 2022 permettent de produire 16 000 kW chaque année dont environ 11 000 sont autoconsommés et 5 000 sont revendus à 0,06 euro. « Je suis passé d’une facture annuelle de 5 000 euros à 3 000 euros aujourd’hui, alors que les prix ont augmenté et que j’ai installé le séchoir », calcule Jean-François Bouillot. Le séchoir consommerait pour environ 500 euros d’électricité par an.