Dans la garrigue provençale, les chèvres du Rove de Jean-Pierre Hueso entretiennent un territoire fragile
Les chèvres du Rove de Jean-Pierre Hueso produisent fromages et cabris tout en entretenant la biodiversité de la garrigue méditerranéenne.
Les chèvres du Rove de Jean-Pierre Hueso produisent fromages et cabris tout en entretenant la biodiversité de la garrigue méditerranéenne.
À 55 ans, Jean-Pierre Hueso élève environ 120 chèvres du Rove dans les collines provençales de Salon-de‑Provence avec la conviction que le pastoralisme reste le meilleur outil pour préserver les milieux ouverts méditerranéens. « Si on m’avait dit qu’il fallait élever des escargots pour entretenir ce territoire, j’aurais fait des fromages d’escargots », plaisante l’éleveur de 55 ans. Pourtant, rien ne destinait ce rénovateur de bâtiments industriels à devenir éleveur-fromager. Le déclic survient en 2016 lorsqu’il découvre un document Natura 2000 affirmant que « l’activité humaine la plus importante pour ce territoire, c’est le pastoralisme ».
Très vite, il choisit la chèvre du Rove et la brousse du Rove, encore portée par « une bande de petits Gaulois » qui se battent pour faire reconnaître leur AOP. Après une formation et un stage en 2017, il démarre avec trente chevrettes installées dans un simple tunnel plastique.
Cabris sous la mère
Aujourd’hui, les bâtiments et le troupeau ont grandi pour atteindre environ 120 chèvres, une taille correspondant à l’alimentation permise par la centaine d’hectares qu’il parcourt autour de chez lui. Chaque jour, les chèvres passent près de cinq heures dans la garrigue pour brouter chêne kermès, chêne vert, pistachier térébinthe, glands ou jeunes pousses. « Notre alimentation est supposée être gratuite. Dès qu’on commence à acheter trop de fourrage, le système perd son efficacité », résume l’éleveur.
« Une Rove peut donner entre 300 grammes et un kilo de lait par jour mais le lait riche est particulièrement adapté à la transformation fromagère. » Environ trois tonnes de lait sont transformées chaque année en brousses du Rove, l’unique fromage AOP des Bouches-du-Rhône, vendu localement à 1,50 euro les 50 grammes environ. Cinq tonnes de lait servent à fabriquer de petits fromages lactiques, commercialisés sous le nom de « Garric ». Les cabris sont une autre source de valorisation puisqu’ils restent plusieurs semaines avec leur mère dans la garrigue puis ils sont abattus et commercialisés en direct en colis au prix de 21 euros le kilo.
Un rôle de gestionnaire d’espace naturel
Jean-Pierre Hueso insiste sur la dimension environnementale de son métier. Pour lui, ses chèvres du Rove jouent un rôle essentiel dans la prévention des incendies et la préservation de la biodiversité méditerranéenne. « Je ne suis pas seulement éleveur. Je suis gestionnaire d’espace naturel et mon outil, c’est le troupeau de chèvres. » Les animaux entretiennent ainsi les milieux ouverts indispensables à plusieurs espèces emblématiques comme l’aigle de Bonelli, la perdrix rouge ou certains papillons rares.
L’éleveur regrette toutefois les contradictions qu’il observe entre les discours environnementaux et l’urbanisation croissante des collines provençales. Entre obligations de débroussaillement, pression foncière et réglementation forestière, il estime que le pastoralisme peine encore à être pleinement reconnu comme un outil de gestion du territoire.
Un poster pour illustrer les cornes et les robes des Rove
L’Association de défense des caprins du Rove a créé une affiche qui liste et décrit le nom des robes et des cornes. Par exemple, la robe « sardine » est ainsi un mélange de gris et de rouge alors que la « Coulolive » est rouge devant et noire derrière. Pour les cornes, on distingue le port « Gorbelle », avec les cornes partant en arrière, des cornes « Larguette » qui démarrent en V à la base du crâne. « Nous avons repris les illustrations du livre Le Rove, ses chèvres et ses collines d’André Gouiran », explique Éric Prioré, éleveur dans les Bouches-du-Rhône et président de l’association.