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Cas clinique en élevage : "Une flambée de BVD catastrophique"

Dans un élevage de salers initialement indemne et pratiquant le dépistage sur cartilage auriculaire à la naissance, une flambée de BVD a entraîné des pertes extrêmement lourdes. Malgré de bonnes pratiques, aucun cheptel n’est encore à l’abri d’une contamination.

Cet élevage de salers du Puy-de-Dôme avec plus de 200 vêlages a rencontré un épisode très important de BVD (diarrhée virale bovine) entre janvier 2023 et octobre 2024 : 32 veaux ont été euthanasiés suite aux résultats positifs du prélèvement auriculaire, 21 veaux sont mort-nés, et 20 veaux ont été perdus de suite de pathologies néonatales variées. Tout cet épisode catastrophique est estimé à environ 80 000 euros HT de pertes pour l’élevage, sans parler des conséquences psychologiques pour les éleveurs.

Nous étions intervenus quelques mois plus tôt, entre novembre et décembre 2022, sur des veaux en diarrhées néonatales. En général, malgré exception, nous avions toujours réussi à gérer ces épisodes courts de diarrhées en milieu d’hiver, principalement lors de pics de vêlage. L’élevage ne vaccinait pas pour les entérites néonatales. Nous avons une bonne hygiène et une bonne surveillance des veaux. Comme chaque année, nous avions fait rapidement des tests sur ces veaux afin d’orienter nos traitements : deux veaux sont ressortis en cryptosporidiose, et un autre veau avec à la fois de la cryptosporidiose, du coronavirus et du colibacille CS31a (avec toute la polémique qui existe sur la pathogénicité ou non du CS31a). Un antibiogramme a été demandé au laboratoire pour ce colibacille. De même, en décembre 2023, dès les premiers cas de diarrhée, nous avons réalisé des tests et seule la cryptosporidiose a été mise en évidence chez les veaux.

Mais malgré tous les traitements mis en place sur cette période – fluidothérapie rapide ou lente et traitement d’entérite néonatale classique – nous n’arrivions à rien. Nous avons utilisé en première intention en antibiothérapie de la colistine et de la gentamicine, puis en seconde intention de la paromomycine.

Une hypothèse de contamination par le voisinage

Et alors, en parallèle de tous ces cas de diarrhées néonatales, mais aussi de toute une panoplie de pathologies chez les veaux naissants, les prélèvements de cartilage auriculaire à la naissance pour dépistage de la BVD sont sortis positifs à la chaîne. Cette circulation massive de virus BVD dans l’élevage avait donc entraîné une baisse d’immunité importante, une comorbidité, et une mortalité extrême sur les veaux.

Nous avons donc essayé de comprendre conjointement avec les éleveurs et le GDS d’où avait pu sortir cette contamination. Aucun antécédent de BVD n’était connu depuis des années, tous les prélèvements auriculaires étaient négatifs avant cela depuis la mise en place des dépistages, et bien sûr, des tests étaient réalisés à l’introduction si le statut BVD d’animaux achetés n’était pas connu.

Nous avons alors suspecté une contamination provenant du voisinage, hypothèse qui semblait la plus logique. Une expertise demandée par l’élevage a pu dater le début de la contamination à trois génisses gestantes dans le courant de l’été 2022. De mai à novembre 2022, leur lot était sur une parcelle sans aucune introduction d’animaux pendant cette période. Celles-ci ont alors fait naître trois veaux IPI (infectés permanents et immunotolérants)., qui ont eu le temps de contaminer les vaches pleines en stabulation durant l’hiver 2023. D’autres veaux IPI sont ensuite nés entre août 2023 et septembre 2024.

Quid de la vaccination contre la BVD ?

Cet exemple met en avant que, malgré des dépistages réguliers sur boucles auriculaires dès la mise en place du système, des clôtures correctement effectuées, des dépistages aux visites d’achat, personne n’est à l’abri d’une contamination catastrophique de son cheptel. Donc, pouvons-nous réellement gérer le statut BVD des cheptels et de la France sans vaccination générale ? Elle semble être le meilleur et plus sûr moyen de limiter la circulation, et peut-être d’arriver à un statut indemne.

Dans ce cas, chaque veau reconnu positif à la BVD en prélèvement a donné lieu à une aide de 100 euros HT. Mais ne serait-il pas plus constructif d’investir ces subventions dans un protocole de vaccination du troupeau au niveau national, ou a minima dans les élevages sortant des veaux IPI et rentrant en plan BVD afin d’éviter ce genre de contamination et d’inciter à vacciner ? Ces vaccinations permettraient alors aussi de protéger les troupeaux voisins.

Les veaux IPI sont des « bombes à retardement »

Le virus de la BVD (diarrhée virale bovine) est un pestivirus qui peut entraîner une infection persistante pendant la gestation, passant le plus souvent inaperçue. Au niveau de la clinique, la BVD cause la fameuse maladie des muqueuses avec ulcères dans la bouche et diarrhée hémorragique. Mais elle peut aussi causer tout simplement une baisse d’immunité avec atteinte des voies respiratoires et intestinales chez les veaux, et des problèmes de reproduction.

Le virus de la diarrhée virale bovine a la capacité de traverser la barrière placentaire et de ce fait de pouvoir infecter le fœtus. Cette infection peut causer des avortements, des mortalités embryonnaires, des veaux mort-nés, mais peut aussi et surtout provoquer la naissance de veaux IPI (infectés permanents et immunotolérants). Ce sont ces veaux qui constituent des « bombes à retardement », car ils reconnaissent le virus comme leur appartenant et ne forment donc pas d’anticorps contre celui-ci. De ce fait, ce sont ces animaux s’ils sont de nouveau en contact avec le virus qui développeront la maladie des muqueuses par la suite, systématiquement mortelle.

Le principal problème de ces veaux IPI est qu’ils excrètent en permanence le virus et sont une source de contamination permanente et insidieuse jusqu’à l’explosion clinique. C’est pourquoi le dépistage a été mis en place dès la naissance via le cartilage, afin de pouvoir les identifier, les éliminer et assainir le troupeau.

Rédaction Réussir

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