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Cap’Well : un outil commun pour évaluer le bien-être des chèvres et des chevrettes

Avec le lancement de l’outil Cap’Well cet automne, la filière caprine se dote d’un diagnostic partagé et objectivable du bien-être animal. Fruit d’un long travail collectif, il s’appuie sur des fondements scientifiques robustes et s’adosse au Code Mutuel.

<em class="placeholder">Chèvres saanen en bâtiment</em>
En observant les animaux, en évaluant leur environnement et en discutant des pratiques, les éleveurs et leurs techniciens prennent conscience de l’impact de leur pratique sur le bien-être de leurs chèvres.
© D. Hardy
<em class="placeholder">Logo Cap’Well</em>

L’idée de Cap’Well a germé en 2016, sous l’effet conjugué des attentes citoyennes, des interpellations d’ONG comme Welfarm et des demandes récurrentes de la grande distribution. « À l’époque, il n’existait aucun outil commun dans la filière pour objectiver le bien-être animal, rappelle Mickaël Lamy, éleveur dans le Maine-et-Loire et actuel président de l’Anicap. Il fallait une réponse collective. »

La filière caprine a voulu répondre avec un diagnostic unique, partagé par tous les éleveurs, laitier ou fermier, et par toutes les laiteries, coopératives ou privées. « Il n’y a pas un bien-être animal fermier et un bien-être laitier, insiste Sylvain Boiron, éleveur dans l’Indre et secrétaire général de la Fnec. Il n’y a pas un bien-être Rians, un bien-être Soignon et un bien-être Lactalis, il y a le bien-être des chèvres. C’est un outil pour toute la filière, et il ne doit surtout pas servir à créer de la segmentation. Le but est d’accompagner tous les élevages vers le progrès. »

Un outil développé collectivement

Cap’Well est le fruit d’un travail partenarial mené à travers les projets Goatwell à partir de 2018 puis CMoubiene à partir de 2021. « Ces projets ont impliqué de nombreux partenaires parmi lesquels l’Institut de l’élevage, l’Anses, l’Inrae, l’Anicap, GDS France ou les chambres d’agriculture, liste Mélissa Brocart qui pilote le projet à l’Anicap. Des éleveurs, des vétérinaires, des chercheurs, des ingénieurs et des conseillers ont été associés à la construction de l’outil ». La validation, tant par les scientifiques que par les éleveurs, explique aussi le temps nécessaire à la mise en place de la démarche.

Le diagnostic Cap’Well repose sur une vingtaine d’indicateurs (voir encadré), ciblant les chèvres et les chevrettes à partir de six mois. Il n’attribue pas de note globale à l’élevage, mais classe chaque critère selon quatre niveaux : non classé, intermédiaire, bon et excellent. « C’est un outil de progrès, pas de sanction », rappelle Mélissa Brocart. « Quand on a le niveau bon, ça veut dire qu’on est bon, martèle Sylvain Boiron. On peut toujours viser au-dessus, mais on fait déjà très bien. »

Une démarche qui valorise les bonnes pratiques

Car Cap’Well est aussi un outil de reconnaissance du travail des éleveurs. Les données restent la propriété de l’éleveur mais des synthèses anonymisées pourront être utilisées à l’échelle d’une laiterie, d’une région ou au niveau national. « C’est un levier d’animation collective, note Mickaël Lamy, utile aussi dans les démarches territoriales ou, demain, pour demander des subventions ».

La démarche Cap’Well permet ainsi de sensibiliser les éleveurs caprins au bien-être animal en transformant une notion parfois abstraite en observations concrètes, partagées et discutées sur le terrain. Le diagnostic devient ainsi un moment d’échange privilégié où l’on identifie ensemble les points forts et les axes de progrès.

Une extension du Code mutuel

<em class="placeholder">Un technicien et un éleveur visite une chèvrerie </em>

Concrètement, le diagnostic Cap’Well repose sur la visite d’un technicien formé qui va interroger l’éleveur et visiter la chèvrerie pour se rendre compte de lui-même de l’état des chèvres. Il est aidé en cela par une application sur smartphone ou tablette. « Visiter l’élevage, observer les animaux et remplir le questionnaire prend environ deux heures », précise Mélissa Brocart. En 2024, l’application Cap’Well a été testée par six techniciens dans une cinquantaine d’élevages et a suscité des retours plutôt positifs. Ces retours d’expériences ont permis d’améliorer le guide du technicien ainsi que l’application.

Cap’Well s’adosse au Code mutuel de bonnes pratiques en élevage caprin, la démarche de progrès de la filière caprine française. Le Code Mutuel contient déjà des points sur le bien_être des animaux mais Cap’Well permet d’aller plus loin sur le sujet. Si les applications Cap’Well et Appli’CM (Code mutuel) sont distinctes, elles sont liées à une même base de données et un même site web. Certaines informations générales sont ainsi automatiquement préremplies afin de gagner du temps. Pour réaliser un diagnostic Cap’Well sur sa ferme, il faut donc être l’un des 1 800 adhérents du Code mutuel. Le diagnostic Cap’Well est valable trois ans à compter de la date de visite mais, si un indicateur est enregistré comme « non classé », la visite est à renouveler dans les six mois.

Un déploiement progressif accompagné par les Anicap régionales

L’application Cap’Well est accessible uniquement aux conseillers formés. Les formations des conseillers seront dispensées en région par l’Institut de l’élevage, avec l’appui des Anicap régionales, maîtres d’œuvre du dispositif. Les techniciens des laiteries mais aussi les conseillers fromagers, les animateurs d’appellations, les techniciens de chambre ou les animateurs de syndicat caprin sont appelés à suivre ces formations d’une journée puis à réaliser des diagnostics. « C’est important de former des conseillers proches du terrain, notamment pour les producteurs fermiers qui sont parfois éloignés des réseaux classiques », explique Sylvain Boiron.

Les premières formations débuteront à l’automne 2025. L’objectif est clair : déployer l’outil à large échelle mais sans chercher à imposer une obligation. « On veut éviter que les éleveurs perçoivent Cap’Well comme une contrainte de plus, reconnaît Sylvain Boiron. Mais c’est justement parce que c’est volontaire et construit avec les éleveurs, que ça peut marcher. » La démarche reconnaît les bonnes pratiques déjà en place tout en apportant des pistes concrètes pour progresser. Il contribue ainsi à faire du bien-être animal une composante intégrée de la conduite d’élevage, portée collectivement par la filière.

Les indicateurs de bien-être des chèvres

<em class="placeholder">grille d’indicateurs de bien-être des chèvres</em>

La grille d’indicateurs de bien-être des chèvres est structurée en quatre principes : bonne alimentation, bonne santé, bon logement et comportement approprié. Les critères de bien-être des chèvres sont reliés à 20 indicateurs (18 pour les chevrettes de plus de six mois). Par exemple, une densité de 1,50 m2 par chèvre correspond à « bon » et plus de 1,65 m2 à « excellent ».

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