Que contient la Stratégie nationale nutrition climat (Snanc), enfin publiée par le gouvernement ?
Après plusieurs années d’attentes, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a finalement été publiée par le gouvernement ce mercredi 11 février. Viande, publicités, produits ultra-transformés : quelles sont les stratégies retenues pour aboutir à une alimentation « saine et durable pour tous » à l’horizon 2030 ?
Après plusieurs années d’attentes, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a finalement été publiée par le gouvernement ce mercredi 11 février. Viande, publicités, produits ultra-transformés : quelles sont les stratégies retenues pour aboutir à une alimentation « saine et durable pour tous » à l’horizon 2030 ?
- Une « limitation » de la consommation de viandes, « en particulier importées »
- Quels objectifs pour la restauration collective et la commande publique ?
- Quelle stratégie pour les aliments ultra-transformés et sur la publicité ?
- Renforcer les projets alimentaires territoriaux et la lutte contre le gaspillage alimentaire
- La version finale de la Snanc critiquée par le Réseau action climat et par le chercheur français Serge Hercberg
Avec plus de 2 ans et demi de retard sur sa publication prévue par la loi Climat et Résilience, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a finalement été présentée par le gouvernement ce mercredi 11 février. Élaborée par les ministères chargés de l’agriculture, de la santé et de l’environnement, elle vise à aboutir à une alimentation « saine et durable pour tous » à l’horizon 2030.
Une « limitation » de la consommation de viandes, « en particulier importées »
Parmi les objectifs de la Snanc, certains sujets comme la consommation de viande ou encore la question des produits ultra-transformés étaient très discutés et à l’origine de reports de la stratégie. L’orientation finalement retenue est celle d’une « limitation » de la consommation de viandes et de charcuterie, « en particulier importées ». La Snanc vise plus globalement à évoluer progressivement vers des régimes alimentaires conformes aux repères du Programme national nutrition santé (PNNS) afin d’atteindre d’ici 2030 les objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). Ce qui passe par une « augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes », est-il précisé. Et d’une « consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers », en plus des repères donnés pour la viande.
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Quels objectifs pour la restauration collective et la commande publique ?
Le gouvernement indique aussi vouloir accompagner la restauration collective vers les objectifs d'EGalim d’approvisionnement de 50 % de produits « durables et de qualité », dont 20 % issus de l’agriculture biologique. La Snanc évoque un accompagnement financier des cantines rurales, et souhaite privilégier les circuits courts. Sur ce point, l’exécutif soutient vouloir écarter « fermement » l’achat de denrées alimentaires non européennes. Une mesure dans la continuité de la récente annonce du premier Ministre Sébastien Lecornu sur la commande publique et les « contrats d’avenir ».
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Quelle stratégie pour les aliments ultra-transformés et sur la publicité ?
La stratégie n’intègre finalement pas d’objectif concernant les aliments ultra-transformés (AUT). Il est toutefois précisé qu’il sera nécessaire de poursuivre les travaux et l’expertise déjà débutée par l’Anses sur le sujet, qui avait déjà publié un avis en novembre 2024. Et cela afin d’« arriver à une définition opérationnelle des AUT », précise la Snanc.
Sur la publicité, la stratégie prévoit de « réduire efficacement l’exposition des enfants et des adolescents aux publicités et parrainages pour des produits trop gras, sucrés, salés, sur les différents médias (traditionnels et numériques) ». Un règlement pour encadrer le marketing alimentaire dans les médias pourrait voir le jour, en cas « d’insuffisance des dispositions volontaires ».
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Renforcer les projets alimentaires territoriaux et la lutte contre le gaspillage alimentaire
Parmi un total de 14 « actions phares » qui ont été mises en œuvre dès 2025, le Snanc prévoit notamment de renforcer lesprojets alimentaires territoriaux et la lutte contre le gaspillage alimentaire, l’extension du Nutri-Score pour les « denrées non pré-emballées » et pour la restauration hors foyer, ou encore de développer et déployer un affichage environnemental volontaire encadré.Et le gouvernement veut établir des seuils maximaux en sel, sucres, gras, et minimaux en fibres pour les « aliments les plus contributeurs », ainsi qu’un un cadre réglementaire sur la qualité nutritionnelle des repas servis dans les établissements de la petite enfance et en Ehpad.
La version finale de la Snanc critiquée par le Réseau action climat et par le chercheur français Serge Hercberg
Malgré « plusieurs mesures intéressantes », la Snanc « reste […] une occasion manquée », regrette le Réseau action climat (RAC) dans un communiqué du même jour. Le réseau, qui regroupe une trentaine d’associations comme France Nature Environnement, Greenpeace ou WWF, critique en particulier de « multiples reculs » sur les sujets de la viande, de la publicité et du marketing à destination des enfants, et de l’alimentation ultra-transformée. Pour le RAC, les avis d’organes consultatifs comme le Haut Conseil de la santé publique et de la Conférence nationale de santé n’ont pas été suivis. Ces derniers recommandent de réduire la consommation de viande et de « restreindre strictement la publicité et le marketing ciblant les enfants pour les produits nocifs pour la santé », précise le RAC. Le réseau appelle donc le gouvernement à fixer des « objectifs précis » sur la consommation de viande, ainsi que « des mesures concrètes pour les atteindre ».
Sur le réseau social LinkedIn, le chercheur français Serge Hercberg créateur du Nutri-Score a salué la publication de la Snanc. Si la stratégie contient « des recommandations des propositions indéniablement d'intérêt », le chercheur expose différents regrets. D’abord sur l’absence d’une réglementation sur la publicité et le marketing des aliments de qualité nutritionnelle « défavorable », et dont « la consommation excessive délétère pour la santé ». Sur le Nutri-Score, Serge Hercberg déplore l’absence d’une réglementation pour le rendre obligatoire. Sur la consommation de viande, il juge « timide » l’utilisation du terme « limitation » plutôt que celui de « réduction », qui est « celui proposé par les scientifiques et acteurs de santé publique », soutient Serge Hercberg. Et le chercheur de regretter l’absence d’un « objectif immédiat de réduction » de la consommation des aliments ultra-transformés, qui est pour lui « un report d’une prise de décision qui pourtant est dès à présent justifiée en termes scientifique et de santé publique ».
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