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« Nous voulons produire des animaux lourds efficacement et en simplifiant le travail »

Le Gaec du Grand Bray, dans le Maine-et-Loire, a choisi d’engraisser tous ses mâles et femelles de race charolaise, en maîtrisant les charges et avec une bonne organisation du travail. La rigueur au niveau de la reproduction et l’engraissement efficace des animaux assurent une très bonne rentabilité.

« Nos objectifs pour l’atelier viande sont d’avoir une bonne organisation du travail, de limiter les animaux improductifs et de produire des animaux lourds efficacement », expose Christophe Fourrier, associé avec Denis Cottier et Jean-Marc Cottier au Gaec du Grand Bray. Située à Thorigné-d’Anjou, dans le Maine-et-Loire, l’exploitation compte 110 vaches charolaises en système naisseur-engraisseur, un atelier de vaches laitières et trois poulaillers label. Installé en 2008, Christophe a peu à peu développé le troupeau allaitant et l’engraissement des animaux. Les vêlages sont répartis sur deux périodes, au printemps et à l’automne. « Nous sommes très rigoureux sur la conduite de la reproduction, assure l’éleveur. À une semaine près, les vêlages ont toujours lieu aux mêmes périodes, les échographies, les pesées… aux mêmes dates. Ce calendrier bien rodé simplifie le travail, nous n’avons pas à nous poser de questions. Et cela limite les UGB improductifs. »

La reproduction est assurée par quatre taureaux en monte naturelle et de l’insémination pour les génisses d’automne. Tous les taureaux sont issus d’élevages inscrits et sont pour la plupart génotypés. Le Gaec est adhérent au contrôle de performances avec Seenovia depuis 2008. « Nos axes en génétique sont d’améliorer les qualités maternelles et la facilité de naissance et de produire des vaches et des taurillons lourds », précise Christophe. Une grande attention est portée aux index IFNAIS, ISEVR et IVMAT, en forte augmentation au niveau du cheptel. « Les points forts du troupeau sont la facilité de naissance, le potentiel de croissance et la mixité », estime Lucille Galerne, référente sélection et conduite du troupeau à Seenovia.

Bonnes performances de reproduction

La productivité des vaches atteint ainsi 111,8 %, contre 99,7 % pour la moyenne de la race des élevages Seenovia, avec moins de 1 % de césarienne et un IVV de 367 jours sur les 115 vêlages. « Nous voulons encore améliorer les qualités maternelles, pour faire de la croissance sur les broutards grâce au lait de la mère et avec moins de concentrés », indique Christophe. La conduite alimentaire est adaptée à la période de vêlage, l’objectif étant de maximiser la valorisation de l’herbe et les performances des veaux.

Concernant les vêlages d’automne, la ration se compose d’ensilage d’herbe, d’enrubannage et de foin, avec 30 % d’ensilage de maïs pour les vaches à la reproduction et des lactations à l’herbe, la mise au pâturage intervenant au 15 mars. Les veaux reçoivent de l’aliment du commerce à deux mois. S’agissant des vêlages de printemps, la ration repose sur du foin pour les vaches gestantes, de l’herbe pâturée pour les vaches à la reproduction et de l’herbe pâturée et de l’ensilage d’herbe ou de l’enrubannage pour les vaches en lactation. Là encore, les veaux reçoivent de l’aliment du commerce à disposition au nourrisseur à partir de deux mois. Les veaux mâles de printemps, qui en consomment plus de 2,5 kg par jour, sont plus lourds que les veaux mâles d’automne, les croissances étant en revanche similaires pour les femelles. « Nous allons à l’avenir trier les mâles et les femelles pour adapter au mieux les apports », précise Christophe.

Les vaches engraissées avec les veaux dès 2-3 mois

Les jeunes mâles, les vaches à la réforme et une quinzaine de génisses sont engraissés et partent en boucherie. Les mâles d’automne sont sevrés à la mise à l’herbe, ceux de printemps à la pesée de septembre. L’engraissement se fait ensuite avec une ration à base d’ensilage de maïs, ensilage d’herbe, orge autoconsommée et correcteur azoté. « Le maïs ensilage est la base, précise Christophe. Nous en cultivons 35-40 ha, dont 10 ha sont irrigués. Nous récoltons 12-13 t/ha en sec, 15-16 t/ha en irrigué. En 2023, les rendements ont été élevés. Nous avons fait le plein en ensilage plantes entières et récolté le reste en maïs épi. » En fin d’été et fin d’hiver, les animaux reçoivent aussi de l’ensilage de ray-grass italien-trèfle violet et de prairie sous couvert de méteil (triticale, pois fourrager, vesce). « Ces fourrages de qualité équilibrés à 13,3 % de MAT permettent d’abaisser le coût d’engraissement à performances égales », constate Simon Caillaud, conseiller Seenovia.

Le GMQ entre 210 jours et l’abattage atteint 1 600 g/j (1 480 g/j pour la moyenne de la race), permettant la vente de taurillons de 450 kg de carcasse (kgc) et même 473 kgc en 2023. Les vaches reçoivent la même ration que les taurillons, augmentée de 30 %. « Ainsi, nous n’utilisons qu’un bol mélangeur, ce qui simplifie le travail », apprécie Christophe. Elles sont engraissées avec leurs veaux à partir de deux ou trois mois, ce qui réduit les périodes improductives. Et là aussi, les performances d’engraissement sont très bonnes, avec des poids carcasse de 484 kg en moyenne sur les cinq dernières années (445 kgc pour la moyenne de la race). « Et cela avec un délai dernier vêlage-abattage réduit d’un mois par rapport à la référence, grâce à l’engraissement des vaches avec leurs veaux », souligne Simon Caillaud.

Charges maîtrisées et productivité élevée

Au final, le système permet de très bonnes performances économiques. Le coût de production est limité, de 291 €/100 kg de viande vive (vv). La bonne productivité limite le coût de main-d’œuvre aux 100 kg vv. Les charges de mécanisation sont maîtrisées. « Nous n’avons qu’une mélangeuse performante qui sert aux deux ateliers, lait et viande, précisent les éleveurs. Et nous ne possédons par ailleurs que le matériel de travail du sol, qui est en copropriété avec un voisin. Cela permet d’avoir toujours du matériel récent, changé tous les sept ou huit ans, qui est amorti sur une plus grande surface. Le reste des travaux est fait en Cuma. » Les frais d’élevage sont également assez faibles. Et l’alimentation achetée se limite à l’aliment des veaux (20-25 t/an) et au concentré pour l’engraissement. Et surtout, le produit viande est très supérieur à la moyenne, de 295 €/100 kg vv, contre 272 €/100 kg vv pour la référence, permettant la production de 91 t/an de viande vive, soit 64 t par UMO, contre 48 t pour la référence.

« Les enjeux aujourd’hui sont de ne pas baisser en performances en termes de reproduction et de productivité, précise Christophe. Nous voulons aussi maîtriser le temps de travail et la pénibilité, pouvoir prendre davantage de week-ends… Et nous réfléchissons au remplacement de Denis et Jean-Marc, qui devraient partir en retraite d’ici cinq à sept ans. Nous avons pris un apprenti et avons déjà un contact pour un éventuel futur associé. »

 

 
Les ventes d’animaux en 2022-2023
Les ventes d’animaux en 2022-2023 © Source : Seenovia

 

 
Les résultats économiques de 2022-2023
Les résultats économiques de 2022-2023 © Source : Seenovia

Chiffres clés

250 ha, dont 91 ha de prairie temporaire (dactyle, fétuque, RGA, RGI, trèfles), 10 ha RGI-trèfle violet, 15 ha de prairie permanente, 36 ha de (marais) Basses Vallées Angevines, 38 ha de maïs ensilage, le reste en blé, orge et prairie sous couvert de méteil

110 vaches charolaises en système naisseur-engraisseur

600 000 l de lait

3 poulaillers label

3,2 UTH, dont 1,42 UTH pour l’atelier viande

Simon Caillaud, conseiller Seenovia

« Un atelier très rémunérateur »

 

 
Simon Caillaud, conseiller Seenovia
Simon Caillaud, conseiller Seenovia © V. Bargain

« L’atelier viande du Gaec du Grand Bray est très productif. Le bon niveau génétique et la rigueur dans la conduite de la reproduction assurent une bonne productivité du troupeau, avec un veau sevré par vêlage. Le système est par ailleurs très pâturant, en pâturage tournant. Et la ration hivernale et la ration d’engraissement équilibrées avec de l’herbe permettent de limiter la consommation de maïs et de concentré. L’atelier ne consomme que 482 kg de concentrés par UGB, contre 625 pour la référence, et uniquement des céréales autoconsommées et un seul correcteur azoté. Le fait que tous les animaux soient engraissés, bien finis et lourds, et que les vaches soient engraissées dès deux à trois mois avec les veaux, ce qui permet de les vendre un peu plus de sept mois après le dernier vêlage, permet également un produit élevé. Les charges de mécanisation, aujourd’hui premier poste de charge des élevages allaitants en Pays de la Loire, sont par ailleurs bien maîtrisées. Au final, l’atelier permet une très bonne rémunération, de 6 Smic avec 110 vaches, soit plus de 4 Smic/UMO alors que la référence n’est que de 2 Smic/UMO. »

Quels types d’animaux produire ?

Le Gaec du Grand Bray a ouvert ses portes le 30 novembre dans le cadre des rendez-vous Viande de Seenovia. À cette occasion, l’entreprise de conseil en élevage a organisé une table ronde sur le thème « Quelles vaches pour demain ? ».

« Les enjeux sont multiples, a souligné Christophe Grosbois, chargé de mission viande bovine à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. L’adaptation au changement climatique est un défi majeur. Mais il faut aussi améliorer la rentabilité des élevages, réduire la charge de travail, répondre aux évolutions de la consommation, réduire l’impact carbone de la viande… » Une priorité consiste à faire face à la baisse de consommation de viande et à l’orientation vers le haché, qui représente aujourd’hui 65 % de la consommation en France.

« Avec l’inflation, le prix est devenu le premier frein à l’achat, constate Dorothée Taillandier, responsable achats vif Pays de la Loire du groupe Bigard. Il faut réduire les charges, travailler l’efficacité alimentaire et proposer des entrecôtes plus petites, qui répondent aux attentes de tendreté et de goût des consommateurs français, mais à un prix de portion moindre. » L’approvisionnement des GMS passera donc par des animaux rajeunis, mais bien finis. « Nous avons besoin de tout, précise l’acheteuse : des jeunes bovins de 420-500 kg pour l’export, des vaches de 370-420 kg pour la boucherie traditionnelle, qui représente 10 % du marché, et des animaux de 320 kg pour la grande distribution. Mais nous voulons contractualiser pour répondre précisément à la demande. » « Les OS mettent en place des outils de sélection pour répondre à ces attentes, assure Laurena Jeannot, du herd-book charolais. Nous travaillons sur la précocité, l’efficacité alimentaire, le potentiel de croissance, le persillé, la facilité de vêlage… »

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