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« Les taxes américaines provoqueraient probablement une chute abrupte des exportations de bœuf des États-Unis vers le Canada »

Tyler Fulton, président de l’association canadienne de l’élevage allaitant, analyse les risques que provoqueraient des taxes américaines sur le plus vaste circuit au monde d’import-export de bovins vifs et de viande bovine.

<em class="placeholder">Exploitation canadienne en élevage bovin allaitant (chez Richard et Ganet Rey, éleveurs dans le Manitoba). agriculture canadienne. production de bovins viande de race ...</em>
Les États-Unis captent les trois quarts du total des exportations de viande bovine et de bétail vif canadiens.
© Agra

La filière canadienne du bœuf est la plus exposée au monde aux taxes à l’import annoncées par l’administration Trump. Qu’en est-il ?

<em class="placeholder">Tyler Fulton, président de l’association canadienne de l’élevage allaitant</em>

Tyler Fulton : Il est vrai que les États-Unis captent les trois quarts du total de nos exportations de bœuf et de bétail vif. Or, près de la moitié de la production canadienne de viande bovine, tout comme celle de bétail vif, s’écoule à l’étranger.

Après les États-Unis, nos principaux débouchés à l’export sont le Japon, le Mexique, la Corée du Sud et le sud-est asiatique. La demande internationale pour le bœuf du Canada a fortement augmenté au cours des dix dernières années. Mais l’intégration régionale de la chaîne d’approvisionnement de bétail vif et de viande bovine nord-américaine est sans égale.

Elle contribue à notre sécurité alimentaire et aux systèmes agroalimentaires du Canada et des États-Unis. Une grande quantité de bovins nés dans le sud-est ou le nord-ouest des États-Unis sont engraissés dans des feed-lots au Canada, et de nombreux animaux nés au Canada sont finis dans le Grand Ouest des États-Unis. Les bovins finis au Canada, qu’ils y soient nés ou nés aux États-Unis, sont souvent exportés aux USA pour y être abattus. L’application de taxes se traduirait par une forte hausse du coût de transformation du bétail, qui se répercuterait sur celui de la viande bovine des deux côtés de la frontière. On souhaite que ces taxes passent à la trappe. Ceci pour que le libre-échange et l’intégration de cette chaîne d’approvisionnement régionale perdurent tels quels.

Si l’inverse se produit, quelle serait votre stratégie de gestion de crise ?

T.F. : Vu le climat d’incertitude que ces taxes font peser sur notre secteur, le maillon exportateur explore déjà de nouvelles opportunités de marché pour le bétail et le bœuf du Canada. Du côté de l’Europe, malheureusement, certaines mesures non tarifaires exigées par Bruxelles ont limité jusqu’ici les possibilités des industriels canadiens d’y exporter notre viande de façon lucrative.

Le marché européen ne compenserait donc pas, selon vous, une éventuelle diminution de la part de marché du bœuf canadien aux États-Unis ?

T.F. : Actuellement, une vaste partie de notre cheptel est élevée sans hormone de croissance, comme l’exige l’UE, mais les procédures de certification ont un coût que la majorité des éleveurs ne veulent pas assumer. De façon encore plus décisive, les autorités européennes ne reconnaissent pas la validité de certaines procédures de sûreté alimentaire en vigueur dans les abattoirs canadiens. Un industriel de premier plan a testé pendant un temps une ligne de production spécifique au sein de son usine pour pouvoir exporter en Europe. Mais l’expérience a tourné court : les prix payés par les importateurs européens ne semblent pas justifier ce coût de fonctionnement. Donc, même si un éleveur canadien produit et certifie du bœuf sans hormone comme l’exige l’UE, il aura bien du mal à trouver un industriel prêt à lui verser une prime pour son bétail certifié.

Le potentiel du marché européen ne constituerait pas, en effet, une opportunité telle pour l’industrie canadienne du bœuf qui puisse mitiger une mauvaise passe du négoce avec nos voisins les États-Unis. L’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada (CETA) réserve au Canada un contingent de bœuf exempt de droits de douane de seulement 35 000 tonnes de bœuf frais et de 15 000 tonnes de bœuf congelé, à quoi s’ajoutent 15 000 tonnes dans le cadre du contingent Hilton. À titre comparatif, le Canada exporte chaque année plus de 370 000 tonnes de bœuf vers les États-Unis !

Lire aussi : Mercosur : « L’accord de libre-échange pourrait s’appliquer de manière provisoire »

Quels effets pourraient avoir ces taxes sur l’ensemble du marché du bœuf nord-américain ?

T.F. : Le scénario le plus probable, en cas d’empêchement d’exporter du bœuf du Canada vers les États-Unis, est que les opérateurs du marché canadien se passent des approvisionnements importés, ceci pour absorber un énorme surplus de bétail. Car il faudrait bien, alors, trouver un nouveau débouché aux 500 000 à 600 000 têtes de bétail du Canada qui chaque année sont exportés vifs aux États-Unis ! Donc, le premier effet attendu serait une chute abrupte des exportations américaines de bœuf vers le Canada, dont le chiffre d’affaires annuel dépasse les 100 millions de dollars.

Le marché européen ne constitue pas une opportunité

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