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L’élevage en première ligne contre les incendies

Les grands incendies qui ont parcouru plus de 22 000 hectares dans l’Aude à l’été 2025 ont mis en évidence l’intérêt des moyens de la défense contre les incendies : la vigne ou les coupe-feu, autrement appelés coupures de combustibles entretenus par les élevages bovins et ovins.

Depuis le grand incendie de 1976 – 7 000 hectares partis en fumée – les massifs des Pyrénées-Orientales sont sillonnés de ces coupe-feu entretenus par l’élevage, troupeaux de bovins ou d’ovins. Mais si ces équipements existent, leur maintien reste complexe… Les financements font le yo-yo d’une année sur l’autre et manquent pour aider les éleveurs à rester en place et à entretenir les zones de coupe-feu mécaniquement ou avec leurs animaux.

Deux types de terrains sont concernés. Les zones tactiques, qui permettent aux pompiers de se positionner, de stopper ou de ralentir la progression du feu, ne doivent pas comporter plus de 30 % de broussailles, avec un travail mécanique, puis animal tous les deux ans. Les zones de renforts sont gérées par des brûlages dirigés tous les cinq à sept ans et sont entretenues par le pacage des animaux. Jusqu’ici, au prix de contorsions administratives, des mesures agroenvironnementales (MAE) couvraient une partie des frais engagés. « Les aides ne couvrent pas le travail fait, mais elles permettent de le faire et cela sert à ce que les animaux puissent pâturer », résume Jean-Claude Coulet, éleveur à Baillestavy et responsable de la cellule brûlages dirigés de la société d’élevage des Pyrénées-Orientales. « L’État a toujours voulu que ce soit l’Europe qui prenne en charge le coût de ces entretiens, mais l’Europe n’a jamais fait de dispositif spécifique DFCI (défense des forêts contre l’incendie). Il a donc à chaque fois fallu ruser pour trouver le moyen de rentrer dans les cadres prévus par les mesures agroenvironnementales. » Avec au bout du compte, des absurdités comme celles qui interdisent d’épandre des fumiers sur les zones entretenues, parce que l’octroi de ces aides interdit l’épandage de matières organiques destinées à enrichir les terres et les pâtures…

Les broussailles gagnent du terrain

La réduction générale des budgets n’aide pas. « Nous sommes obligés de faire le tri dans les demandes en fonction de la carte établie par les services de l’État », explique l’éleveur qui regrette que toutes les demandes ne puissent être honorées. Pour les brûlages dirigés, souvent improprement appelés écobuages, ce sont les contraintes réglementaires et environnementales qui dissuadent aujourd’hui les éleveurs d’y recourir. « La tendance est au recul des surfaces », explique encore Carole Duperron, gestionnaire de la cellule brûlages dirigée dans les Pyrénées-Orientales : « C’est principalement à cause des cahiers des charges qui nous sont imposés qui exigent de brûler des parcelles de plus en plus petites en tournant autour de certains arbres par exemple. Or, le prix est le même pour 5 000 ou 1 000 hectares… Et cela pose une question à laquelle les services de l’État ne répondent pas : vaut-il mieux laisser la broussaille gagner pour protéger l’environnement ou « sacrifier » quelques hectares par an pour éviter des catastrophes qui touchent aussi la biodiversité ? »

Dans les massifs, les surfaces pastorales réduisent et les broussailles, combustible parfait pour les flammes, gagnent du terrain. Pour Jean-Claude Coulet, le problème est systémique. « Lorsque Bruno Retailleau est venu à Castelnou, au printemps 2025, pour une grande démonstration de lutte contre les incendies, personne n’avait pensé à inviter la chambre d’agriculture, souligne-t-il. Ils oublient que la lutte contre les incendies, c’est un ensemble, alors certes l’élevage ou la vigne ne peut arrêter un feu, mais on a vu dans l’Aude que, malgré une mobilisation exceptionnelle, les pompiers ne peuvent pas non plus y arriver seuls. »

Une soixantaine de groupements pastoraux participent

Une soixantaine d’exploitations et de groupements pastoraux sont encore engagés dans cette démarche dans les Pyrénées-Orientales où aucun feu d’ampleur n’a dépassé les 1 500 hectares depuis 1976… « Une journée de brûlage, c’est trois jours et demi de préparation aujourd’hui pour aboutir parfois à des impasses où se font face les impératifs de défense contre les incendies et ceux de l’environnement pour lesquels les différents services de l’État s’opposent », explique Carole Duperron, gestionnaire de la cellule brûlages dirigée dans les Pyrénées-Orientales. Les « bonnes » années, ce sont 1 300 hectares qui sont entretenus par ces brûlages réalisés par les pompiers, avec une moyenne à 700 hectares par an sur quarante ans.

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