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« Le marché de la viande bovine bio est dégradé »

Philippe Sellier, président de la commission bio d’Interbev et éleveur de vaches allaitantes en Normandie, fait le point sur le marché de la viande bovine biologique, en pleine perturbation, pour la première fois après vingt ans de croissance.

vaches limousines bio pâturage
© Réussir SA -archives

Comment a évolué la consommation de la viande bovine biologique ?

« Le marché de la viande bovine bio est dégradé »
Philippe Sellier – À partir de septembre 2021, on a constaté un plateau sur le niveau de la consommation de viande bovine biologique. Sur le premier semestre 2022, on a observé une chute de la consommation qui s’est confirmée par la suite. On devrait enregistrer une diminution de 20 % sur l’année 2022 par rapport à 2021. Ce constat interpelle d’autant plus que le marché bio n’a pas l’habitude de cela. Depuis une vingtaine d’années, on est en croissance régulière aussi bien du côté de la production que de la consommation, avec des croissances à deux chiffres quasiment sur les dix dernières années. Et cela bouscule les opérateurs de la filière.

Comment peut-on expliquer cette décroissance ?

P. S. – Nous avons du mal à l’expliquer mais plusieurs paramètres peuvent rentrer en compte. À commencer par l’ambiance médiatique actuelle sur l’inflation et la crise. Les consommateurs s’inquiètent pour leur pouvoir d’achat et préfèrent rogner sur leur budget alimentaire plutôt que sur celui des loisirs ou de la communication. Or, dans leur tête, les produits issus de l’agriculture biologique sont plus chers. Ils reportent donc leurs achats sur d’autres produits.

D’autre part, l’agriculture biologique subit de plein fouet la concurrence de la prolifération de marques privées, de labels, prônant un petit plus sur la protection environnementale mais qui sont loin de correspondre à la bio et à son cahier des charges. Depuis la Covid-19, les gens achètent également davantage local. Bio et local ne s’opposent pourtant pas !

Quel impact sur les abattages, de cette forte baisse de la demande et de la canicule de cet été ?

P. S. – On attend encore les chiffres de 2022. Toutefois, on sait que les volumes d’abattages sont en régression en lien avec la décapitalisation en cours du cheptel bovin français et avec une fraction des abattages partis en conventionnel. De nombreux éleveurs de bovins laitiers ont commercialisé leurs vaches dans la filière conventionnelle, l’écart de prix s’étant resserré.

Du côté de la sécheresse, les exploitants ont anticipé la réduction du cheptel pour assurer leur autonomie fourragère estivale.

Une bonne partie de la viande bio est vendue sous forme de hachés, n’est-ce pas un frein à la valorisation de la viande des carcasses ?

P. S. – Les consommateurs ne sont plus au rendez-vous, mis à part pour la viande hachée qui garde un flux régulier auprès d’une clientèle adepte du bio. C’est un problème en allaitant. Mais c’est la demande du consommateur. Elle évolue et la bio n’y échappe pas.

Une démarche est faite par des opérateurs pour essayer de développer la valorisation bouchère des carcasses. On a l’exemple d’Unébio qui a repris des boucheries pour essayer de développer ce créneau-là. Il y a des opérateurs qui peuvent essayer de donner une plus-value pour des animaux de qualité de bouchère. Après cela dépend beaucoup du lieu de la valorisation. Globalement, 56 % de la viande bio est commercialisée en GMS, lieu où la viande hachée est largement plébiscitée.

Est-ce que des choses sont mises en place pour faire face ?

P. S. – Interbev a lancé une opération de communication sur le mois d’octobre, pour mettre en avant les atouts de la viande bio. On a également accompagné la campagne, pilotée par l’Agence Bio et déployée avec le soutien du ministère de l’Agriculture, la campagne #BioRéflexe.

Au niveau politique, nous devons insister auprès des élus locaux pour que les lois Egalim 1 et 2 soient respectées. Elles imposent à la restauration collective de proposer 20 % de produits bio mais à peine 6 % en viande sont atteints.

On espère que la situation ne va pas perdurer. Toutefois, elle n’est pas spécifique à la viande bio mais touche tous les produits bio, les produits laitiers, les fruits et légumes…

Tous les produits bio sont touchés par la crise

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