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« Le bilan fourrager guide mes choix »

Alexandre Carrion, éleveur de charolaises dans l’Indre, réalise chaque année un bilan fourrager dès le début de l’été. Il organise ses stocks, construit ses rations et ajuste ses objectifs de finition pour sécuriser l’autonomie alimentaire de son élevage.

Installé depuis 2020 à Briantes dans l’Indre, Alexandre Carrion a construit son système en adaptant le troupeau aux surfaces disponibles. Sur son exploitation biologique de 145 ha, l’éleveur conduit 65 vaches charolaises en système naisseur engraisseur avec vente d’une douzaine de reproducteurs et engraissement des vaches de réforme. Le système fourrager d’Alexandre Carrion a été construit dans un environnement qu’il décrit comme contraignant. Les sols sont hétérogènes sur l’exploitation et ont majoritairement une faible réserve utile (limon-sableux).  « C’est un contexte assez séchant. On a du mal à sortir tôt les animaux parce que c’est humide puis ça sèche très vite ». Dans cette zone du sud de l’Indre, la pousse de l’herbe ralentit fortement après le 15 juin. Cette contrainte climatique structure directement les choix techniques. « Ici, il faut avoir anticipé avant mi-juin et sécuriser son stock, sinon après ça devient compliqué et trop aléatoire pour pouvoir faire en fonction ». Les vêlages sont concentrés à l’automne, entre septembre et novembre. Un choix réfléchi pour limiter les effets des fortes chaleurs sur la reproduction. « Les vêlages de printemps ne fonctionnent pas bien ici parce que les reproductions tombent pendant les gros coups de chaud ».

Priorité au couple mère veau en zone séchante

« Dès mon installation, l’objectif c’était d’atteindre l’autonomie alimentaire complète. J’ai construit le système en fonction des surfaces disponibles pour nourrir le troupeau sans avoir à acheter à l’extérieur des compléments ». Pour atteindre son objectif d’autonomie alimentaire l’éleveur réalise chaque année vers le 20 juin son bilan fourrager. Le système repose sur 120 ha d’herbe avec 91 ha de prairies permanentes, 25 ha de prairies multi-espèces et 4 ha de luzerne. Les 25 ha restants sont consacrés aux céréales autoconsommées avec blé, triticale, orge et méteil grain. « Une fois toutes les récoltes finies et les analyses de fourrages reçues, je fais le bilan. C’est à partir de là que je répartis les stocks et que je construis les rations hivernales. L’objectif fixé est de produire 2,5 t de MS par UGB ». Cette organisation permet aussi de faire coïncider les besoins alimentaires du troupeau et du couple mère veau avec les disponibilités fourragères du système. L’an dernier, lorsque la production fourragère s’est révélée insuffisante au regard des objectifs, l’éleveur a également adapté ses pratiques. L’objectif affiché reste fixé à 2,5 t de MS par UGB. Avec 2,3 t produites, plusieurs scénarios étaient possibles. « Je pouvais soit réduire le chargement, soit fertiliser. J’ai choisi la fertilisation et j’ai acheté des fientes de volailles que j’ai épandues début mars sur les prairies temporaires à raison de 2 t par hectare ».

 
<em class="placeholder">Prairie pâturée avec un lot de bovins dans une parcelle clôturée et entouré d&#039;arbres.</em>
Un lot de 17 couples mère-veau est conduit sur 9,5 ha répartis en paddocks d’environ 1,5 ha pour valoriser l’herbe jusqu’au 15 juin. © G. Chatel

Fertilisation plutôt que déchargement

« À partir de mon bilan je sais ce que j’ai, ce qu’il me manque et comment je vais rationner et prioriser mes choix ». Le bilan sert alors à répartir les stocks disponibles selon les catégories d’animaux et à prévoir les rations hivernales et définir jusqu’où l’élevage pourra pousser la finition. La priorité de l’éleveur c’est de sécuriser les rations du troupeau reproducteur. « Je priorise toujours le couple mère veau. Une fois que le stock des vaches et du renouvellement est sécurisé, je regarde ce qu’il reste pour la finition ». Cette hiérarchisation des besoins structure les décisions techniques d’Alexandre Carrion. Le système repose sur environ 270 t de MS stockées chaque année. La première coupe précoce réalisée sur 25 ha apporte environ 60 t de MS. Sur 39 ha de foin, environ 160 t de MS sont récoltées, principalement destinées aux couples mères veaux. Enfin, la deuxième coupe représente environ 50 t supplémentaires davantage orientées vers les animaux en finition. L’année dernière, avec des rendements faibles, il manquait des fourrages de qualité, ce qui a modifié les arbitrages. « J’avais moins de fourrages de qualité donc je suis passé à deux mois de finition au lieu de quatre à cinq mois ». Pour l’éleveur, la logique reste inchangée. « Si l’autonomie alimentaire n’est pas atteinte la variable d’ajustement, c’est l’engraissement  ». Cette approche est issue de l’expérience car « une année, j’ai privilégié l’engraissement et j’ai observé une baisse du GMQ des veaux et de mauvais résultats repro avec un allongement de 12 jours de l’IVV et plus de vaches vides. Depuis cet évènement, le cap est fixé ».

Des stocks triés avant d’être distribués

Le plan d’alimentation repose ensuite sur une étape de tri des fourrages. Chaque lot de fourrage récolté est analysé puis orienté selon sa qualité et sa future utilisation. Trois catégories sont distinguées dans l’exploitation. « Les stocks sont répartis entre un enrubannage riche de légumineuses graminées à environ 16 % de MAT utilisé comme correcteur azoté, un enrubannage de prairie permanente à 11 % de MAT et du foin destiné principalement à l’apport de fibre dans les rations ». Cette organisation permet de calculer précisément mes besoins grâce à mon calcul des rations hivernales. Les animaux restent en bâtiment quasiment 6 mois en bâtiment entre octobre et mars. Les rations sont construites autour d’un équilibre volontairement simple. « On est sur un tiers d’enrubannage à 14-16 % de MAT, un tiers d’enrubannage à 11-12 % de MAT et un tiers de foin moyen ». L’enrubannage riche est principalement utilisé pour apporter de la protéine. Les enrubannages de prairie permanente servent davantage de base énergétique et le foin apporte la fibre nécessaire à l’équilibre des rations. « La complémentation reste limitée. Je rajoute seulement 1 à 1,5 kg de concentré énergétique. Une fois que j’ai fait le calcul des rations hivernales pour le cheptel souche, je sais ce qu’il me reste pour les finitions et là je prévois la durée d’engraissement et le niveau de complémentation. Le recours aux correcteurs azotés extérieurs reste exceptionnel. Je n’en achète que lors de gros aléas climatiques ou quand je manque de bon fourrage ».

Fiche élevage

145 ha de SAU

Dont 120 hectares d’herbe : 91 ha de prairies permanentes, 25 ha de prairies multi espèces et 4 ha de luzerne

Et 25 ha de céréales : 8 ha de blé 5 ha de méteil grain, 6 ha d’orge et 6 ha de triticale

65 mères charolaises

1,5 UTH : Alexandre et un salarié à mi-temps

 

Organiser le pâturage avant le ralentissement estival​

Le pâturage tournant constitue le troisième pilier du système après l’autonomie alimentaire et la qualité des fourrages. L’objectif reste de valoriser au maximum l’herbe disponible avant le ralentissement estival. Tout a été pensé pour une gestion facilitée, avec la mise en place de clôtures permanentes électriques « high tensile », ainsi que la mise en place de l’eau dans les parcelles. L’éleveur donne l’exemple d’un lot de 17 couples mère veau conduit sur 9,5 hectares répartis en paddocks d’environ 1,5 hectare. « On tourne jusqu’au 15 juin. Ensuite il y a le sevrage puis on apporte du fourrage grossier dans les paddocks de garage en attendant les repousses de fin d’été ou d’automne ».

« Une gestion très précise du système fourrager »

 
<em class="placeholder">Jean-Baptiste Quillet, conseiller élevage à la chambre d’agriculture de l’Indre</em>
Jean-Baptiste Quillet, conseiller élevage à la chambre d’agriculture de l’Indre © JB. Quillet

« Les systèmes en agriculture biologique ne laissent pas le droit à l’erreur. Il faut être très technique pour réussir à avoir un système productif dans notre contexte de sol et de climat. Il faut être précis dans la gestion de son système fourrage (gestion du pâturage, fauche précoce, fertilisation…) pour apporter une alimentation de qualité et en quantité suffisante pour le troupeau. La combinaison du travail sur la génétique du troupeau et de la qualité de l’alimentation permet de réaliser des bonnes performances animales avec peu de concentrés. Aujourd’hui, les poids âge type des mâles à 210 jours frôlent les 300 kg sur les 3 dernières campagnes, ce qui est équivalent au poids âge type de notre moyenne régionale. Pour cela, il faut évidemment des vaches avec du potentiel laitier et une alimentation suivie. Les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Il faut donc toujours se remettre en question pour s’ajuster au mieux et être performant ».

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