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Stéphane Violleau, technicien fourrages
« La luzerne a des avantages »

La luzerne est une culture qui peut produire de bons rendements, mais dont l´implantation doit être réalisée avec attention. C´est ce qu´explique Stéphane Violleau, technicien « fourrages » à la chambre d´agriculture du Puy-de-Dôme.


RBV - En année sèche, y a-t-il des écarts de rendement entre luzerne et autres systèmes fourragers ?
Stéphane Violleau - En 2003, nous avions deux sites de mesure. A Sauvessanges, à 900 mètres d´altitude, un dactyle-luzerne a produit 8,1 tonnes de matière sèche à l´hectare en trois coupes, quand le dactyle ou la fétuque en pur en ont produit 7 et les ray-grass en pur ou en mélange avec du dactyle et du trèfle en ont produit entre 4 et 4,5. Soit des écarts de près de 50 %. A Thiers, à 300 mètres d´altitude, le dactyle-luzerne a produit 5,7 tonnes de matière sèche à l´hectare en deux coupes (la troisième n´a pas été mesurée), contre 4,5 pour le dactyle en pur et 3 à 3,5 tonnes de matière sèche à l´hectare pour les mélanges à base de ray-grass, soit là encore un écart de 30 à 40 %.
Quels sont les principaux freins évoqués par les éleveurs ne souhaitant pas semer de luzerne ?
S. V. - D´abord une implantation difficile dans des sols plutôt acides, puis un pâturage des repousses d´automne plus pointu à conduire, mais aussi la difficulté de récolte en sec en été (perte de feuilles). A signaler aussi un ensilage en première coupe plus difficile à réaliser, lié à la faible teneur en sucre qui oblige à utiliser des conservateurs. L´enrubannage constitue une bonne réponse. Le taux de matière sèche plus élevé à la récolte facilite les conditions de conservation et, en étant moins sec que le foin, permet de mieux préserver les feuilles même si le coût de la récolte est supérieur.
Quels sont les aspects qui incitent à opter pour cette culture ?
S. V. - D´abord la résistance au sec et à la chaleur. La luzerne reste une des seules espèces fourragères qui pousse encore quand il fait chaud et sec. Vient ensuite sa valeur azotée et sa richesse en fibres qui en fait un excellent fourrage dans les rations d´animaux à besoins élevés, types vaches laitières ou engraissement, tout particulièrement lorsqu´elle est associée au maïs ensilage. Enfin, n´oublions pas le côté légumineuse qui autorise des économies d´engrais azoté.
Quelles sont les erreurs de conduite majeures amenant les éleveurs à se détourner de ce fourrage ?
S. V. - Une implantation mal soignée, des parcelles mal choisies car trop humides, mais aussi un défaut de chaulage et/ou d´inoculation. Une luzerne mal implantée ne peut pas être rattrapée par le tallage comme on peut l´avoir avec des graminées. Les « erreurs » viennent aussi souvent d´une fertilisation déséquilibrée avec trop d´azote apporté pour assurer du stock dès le printemps, alors qu´en général la première coupe produit toujours moins que la seconde. On a remarqué que, dès qu´on dépasse 60 unités d´azote total par an sur un dactyle luzerne, il a tendance à prendre rapidement le dessus au détriment de la luzerne. Autre erreur, une exploitation en conditions trop humides (ensilages). La luzerne ne s´en remet pas !
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