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Équarrissage : de la collecte en ferme à la valorisation

Chaque année en France, plus de trois millions de tonnes de sous-produits animaux issus des abattoirs, élevages et collectivités sont collectées et transformées. À Vénérolles, l’usine d’Akiolis illustre le fonctionnement de cette filière.

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Vue extérieur de l'usine Akiolis de Vénérolles et des stations de lavage des camions, séparées par le type de matières qu'ils transportent
© G. Chatel

En France, chaque bovin mort en élevage entre dans un circuit encadré : l’équarrissage. Du point d’enlèvement à la transformation en farines et en graisses animales, chaque étape est encadrée par la loi. « L’équarrissage est une valorisation industrielle de coproduits ne rejoignant pas la filière de valorisation initialement prévue, ce faisant il sert l’environnement et la santé publique », souligne Christophe Vichard, directeur de l’usine de Vénérolles dans l'Aisne.

Tout commence au moment de la mort de l’animal. L’éleveur a l’obligation de déclarer la mort du bovin afin d’organiser son enlèvement. À ce stade, l’animal est classé selon son âge et son statut sanitaire. Les bovins de plus de 48 mois sont systématiquement orientés en catégorie C1. Ceux de moins de 12 mois relèvent de la catégorie C2. Entre 12 et 48 mois, ils peuvent être classés en C2 si les matériels à risque spécifiés (tête et colonne vertébrale) sont retirés, à défaut, ils basculent en C1. « Seule l’usine de Vénérolles est dotée d’un atelier d’éviscération permettant de séparer les matières à risques ESB pour faire passer des bovins de 12 à 48 mois en lignes C2. Cela permet de maximiser les rendements C2. C’est une innovation unique en France », insiste Christophe Vichard. « Pour les animaux de plus de 48 mois, un prélèvement de l’obex est obligatoirement réalisé par un vétérinaire mandaté par la DDPP ». Cette analyse s’inscrit dans le dispositif national de surveillance de l’ESB. « Chaque bovin concerné est testé : c’est une garantie collective ».

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Atelier d’éviscération permettant de séparer les matières à risques ESB (têtes et colonnes vertébrales) pour les bovins de 12 à 48 mois. © S.Gilet

La collecte, une étape clé du suivi sanitaire

La collecte est assurée par des opérateurs spécialisés comme Atemax, dont les véhicules sont spécifiquement aménagés pour le transport d’animaux morts. Les camions sont étanches, facilement lavables et conçus pour éviter toute fuite ou contamination croisée. Les chauffeurs sont formés, équipés et tenus de respecter des protocoles stricts de désinfection, après chaque dépôt de matières. « Un camion qui sort d’un site doit être propre et désinfecté avant de reprendre la route, souligne le directeur du site. Ainsi, après chaque tournée, les véhicules passent par une station de lavage et de désinfection, selon le principe du cul-de-sac sanitaire, afin d’empêcher tout retour de contamination vers d’autres exploitations. »

À l’arrivée en usine, la transformation débute. « Les installations disposent de lignes distinctes pour les catégories C1 et C2, fonctionnant en continu plusieurs jours par semaine, avec des phases régulières de nettoyage intégral. » Les carcasses sont broyées dès leur arrivée pour homogénéiser la matière, puis soumises à un traitement thermique à haute température et sous pression. « Cette phase de stérilisation vise à détruire bactéries, virus et parasites. » Si les prions présentent une résistance particulière, le cumul des mesures (catégorisation stricte, retrait des tissus à risque, orientation spécifique des farines C1 vers la valorisation énergétique) constitue une protection globale du système. « La température et la pression sont des barrières techniques essentielles, mais elles s’inscrivent dans un ensemble cohérent de sécurités successives », explique Christophe Vichard.

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Graphique - Schéma de la valorisation en trois temps d’un bovin mort en élevage © Source : d'après Akiolis

Après cuisson et séchage, la matière est séparée en deux fractions, grâce à un passage sous presse. « La phase solide devient de la farine animale C1 ou C2, tandis que la phase liquide correspond aux graisses. Les farines sont broyées et tamisées afin d’obtenir une granulométrie homogène, puis stockées. Les graisses sont filtrées et conservées en cuves. Les débouchés sont strictement encadrés par la réglementation européenne. » Les farines C1 sont destinées à la valorisation énergétique, notamment comme combustible de substitution en cimenterie ou plus récemment dans des projets de cogénération énergétique. Les farines C2 peuvent être valorisées en agriculture sous forme d’engrais organiques. Les graisses issues des C1 et C2 sont utilisées pour produire des biocarburants. « En aucun cas, les protéines issues de C1 et C2 ne peuvent réintégrer la chaîne alimentaire animale. »

Des sites aux normes constamment en évolution

L’exigence sanitaire s’étend également à la gestion des effluents et des nuisances. « Les vapeurs générées par la cuisson sont traitées par oxydation thermique afin d’éliminer les composés odorants et les polluants atmosphériques. Les eaux industrielles passent par une station d’épuration interne avant tout rejet. » Les sols, les équipements et les circuits sont conçus pour être entièrement lavables.

Le traitement des bovins morts en élevage repose sur un système de financement collectif piloté par ATM Ruminants. « En moyenne, le coût de l’équarrissage atteint environ 300 euros par tonne de matière brute, dont 200 euros pour la collecte et le transport et 100 euros pour la transformation industrielle. »

Rien ne se perd, tout se transforme

Une unité de cogénération pour réduire l'empreinte carbone

En avril 2026, à l’usine de Saint-Langis dans l'Orne, Akiolis inaugure une unité de cogénération biomasse. « Elle permet d'optimiser la valorisation des farines animales (29 000 t/an) en réduisant les émissions de CO2 des usines d'Akiolis de 25 %. Elle produit une électricité verte (9300 MWh/an prévus), et supprime les coûts de transport des farines animales vers les cimenteries », présente Akiolis. Les cendres seront valorisées en remblai routier. Cette unité augmente aussi la capacité de traitement des odeurs de l'usine par la mise en service d'un thermo-oxydeur de plus grande capacité. La consommation de gaz naturel des usines de Saint-Langis est réduite de 80 %.

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