Aller au contenu principal

En race aubrac, l’aptitude des taureaux à valoriser des fourrages grossiers passée au crible

À la station d’évaluation de la Borie en Aveyron, la capacité des jeunes taureaux aubracs à valoriser les fourrages grossiers est mesurée depuis 2017. Les premiers résultats ont permis d’identifier différents profils de population sur le caractère de l’efficacité alimentaire.

Un index sur la capacité de valorisation des fourrages grossiers verra-t-il le jour en race aubrac ? C’est en tout cas le but poursuivi par l’organisme de sélection dans un contexte de changement climatique où les ressources en fourrages vont s’amoindrir et/ou baisser en qualité. Le projet Serustic a été lancé en ce sens en 2017 et poursuivi au cours de six campagnes. Il a consisté à mesurer la quantité de fourrages ingérée par chaque veau, puis de faire le lien avec leurs performances de croissance et mensurations. Au total, 390 jeunes taureaux ont été évalués.

« Les résultats des trois premières campagnes ont été analysés par l’Institut de l’élevage (Idele) et ceux des trois campagnes suivantes sont en cours de traitement », indique Marion Le Hung, ingénieure en charge du suivi de programme de sélection et projets R & D à l’OS Race Aubrac. Ils ont permis d’approcher des groupes statistiques distincts sur le caractère de l’efficacité alimentaire. « À l’image des contrôles individuels des taureaux de races à viande spécialisés, l’efficacité alimentaire des reproducteurs de la station Aubrac est appréhendée par la méthode RFI (Residual Food Intake). Ce caractère traduit la différence entre la consommation observée d’un animal et celle prédite par régression sur son poids et son GMQ », explique Cyril Leymarie, directeur de l’OS. « Une valeur négative de RFI correspond à un animal efficient et l’inverse, à un animal gaspilleur », donne comme repère Marion Le Hung.

Ainsi, certains jeunes taureaux sont qualifiés de « gaspilleurs », puisqu’ils ont consommé plus d’aliment qu’attendu compte tenu de leur poids et de leur GMQ. À l’inverse, d’autres animaux, qui ont consommé moins de foin que prévu, sont considérés comme « économes ».

Deux pesées manuelles par jour

Les jeunes taureaux ont tous reçu la même quantité journalière de fourrage, à 7,5 kg de MS en moyenne, et de concentré, allant de 1 à 3 kg selon l’âge du veau. Pour suivre leur consommation individuelle, des auges cloisonnées ont été installées dans le couloir d’alimentation entre chaque veau. « Le foin distribué le matin était pesé, ainsi que le refus, quelques heures plus tard, avant le repas suivant », décrit Marion Le Hung. Les pesées étaient effectuées manuellement deux fois par jour pendant une semaine et ce protocole était répété quatre fois au cours de la période d’évaluation, entre chaque pesée des animaux. « La mesure de la quantité de fourrage ingérée par animal est fiable, mais elle est très chronophage : elle mobilise la présence d’au minimum trois personnes lors de ces deux temps de mesure quotidiens », indique la spécialiste. L’OS Race Aubrac, qui souhaite pérenniser ce protocole, s’est donc mis en quête de méthodes alternatives pour approcher l’efficience alimentaire.

Les capteurs électroniques en solution alternative

C’est l’objectif de la nouvelle étude, intitulée Prefata (2). « Nous espérons pouvoir nous affranchir de la pesée manuelle grâce à l’utilisation de capteurs électroniques », relève Marion Le Hung. Les 138 veaux présents au début du contrôle cet hiver à la station - qui constitue la population d’apprentissage - ont été équipés d’une boucle auriculaire et d’un collier. « Ces deux capteurs mesurent l’activité de l’animal dont le temps de mastication et de rumination : deux caractères qui nous paraissent être de bons candidats pour estimer les quantités. » Sur cette première année d’essai, « nous avons déjà pu conclure sur le fait que boucle et collier enregistrent une activité semblable. En effet, sur 24 heures, l’écart de mesure de temps entre les deux capteurs pour chaque activité n’est que de 12 minutes au maximum », évoque l’experte.

 
Taureaux à la station nationale d'évaluation raciale OS Aubrac à St Chély d'Aubrac dans l'Aveyron
Les 138 veaux présents au début du contrôle cet hiver à la station ont été équipés d’une boucle auriculaire et d’un collier. © Marion Le Hung / OS Aubrac
Taureaux à la station nationale d'évaluation raciale OS Aubrac à St Chély d'Aubrac dans l'Aveyron

Les veaux qui rentreront en station l’hiver 2024-2025 seront à nouveau équipés afin d’accroître la population de référence et de valider les premiers résultats. L’objectif de ce travail serait d’aboutir à une méthodologie de conversion de l’activité du veau en quantité de fourrages ingérée (en kg bruts). « Ces outils ont l’avantage de mesurer en permanence un grand nombre de données relatives à l’activité du veau, depuis la pose jusqu’à la désactivation. Ce suivi en continu peut possiblement rendre les données plus fiables, si une corrélation avec la pesée manuelle est trouvée », détaille-t-elle.

Si les résultats s’avèrent concluants, l’OS Race Aubrac choisira le capteur qui allie le meilleur compromis entre la qualité d’estimation des quantités de fourrage ingérées, le coût et la facilité de mise en place. « Cette étape est déterminante pour envisager de déployer les capteurs en ferme et ainsi ouvrir les mesures à plus grande échelle, explique Marion Le Hung. La publication future d’un index sur la valorisation des fourrages grossiers dépendra de la taille de la population étudiée. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lire aussi | Engraisser des bovins plus précoces avec des fourrages grossiers

(1) Le projet Serustic a bénéficié du financement de FranceAgriMer les trois premières années, sous l’égide du Coram, puis sur fonds propres de l’OS.

(2) Le projet Prefata (PRédiction de l’EFficacité Alimentaire de jeunes Taureaux Aubrac évalués en station d’évaluation) bénéficie de l’accompagnement financier des Actions Innovantes de France Génétique Élevage, ainsi que de la région Occitanie et de l’Agence de l’eau Adour-Garonne.

 

L’OS Race Aubrac explore la piste des biomarqueurs

Dans le cadre de l’étude Prefata, l’OS Race Aubrac a initié un protocole plus exploratoire, en partenariat avec l’Inrae : la recherche de biomarqueurs, prédicteurs de l’efficience alimentaire. « Les biomarqueurs identifiés dans les programmes Apis-Genes Beefalim 2020, puis Nutri-Markers donnent bon espoir mais nous devons nous assurer qu’ils sont reproductibles en race aubrac, du fait des spécificités de la ration utilisée. En effet, les projets précédents avaient porté uniquement sur des animaux de race charolaise, nourris à base de rations riches en amidon », explique Marion Le Hung. Des prélèvements sanguins ont été réalisés sur l’ensemble des veaux de la campagne 2023-2024, en fin de période de contrôle. Des capsules de 6 à 8 ml ont été prélevées sur les animaux à jeun, centrifugées sur place pour extraire le plasma du sang, congelées à -70 °C et envoyées pour analyse à l’Inrae de Theix, dans le Puy-de-Dôme. « Si les biomarqueurs déterminés dans les projets précédents donnent des résultats concluants pour notre essai, nous continuerons avec ceux-là. A contrario, s’il s’avère qu’ils ne sont pas ou peu pertinents, alors nous lancerons une recherche de biomarqueurs spécifiques à notre système lors de la seconde année (2024-2025). »

Lire aussi | Sélectionner sur l’efficience alimentaire des jeunes bovins

Les plus lus

Frédéric Busarello, éleveur de limousines et de comtoises situé à Ceyrat dans le Puy-de-Dôme
Astuce d'éleveur : des piquets fixés par du sable dans des manchons de PVC

Situé en zone pavillonnaire, Frédéric Busarello, éleveur de limousines et de comtoises, a dû tenir compte des contraintes…

semis maïs
Maïs fourrage : quelles peuvent être les conséquences du retard des semis ?

Les semis de maïs sont retardés dans beaucoup de secteurs de polyculture-élevage par l'excès d'eau. A partir de fin mai début…

L’objectif du projet était de concentrer l’activité sur un seul site pour le troupeau mère. De gauche à droite, Martine et Gérard Chassang, Vincent Charbonnel, ...
Bâtiment d’élevage : « Nous avons modernisé et agrandi une ancienne stabulation pour améliorer notre confort de travail »

Le Gaec Chassang, dans le Cantal, a opté pour la modernisation et l’agrandissement d’une ancienne stabulation. Le projet…

Gaec Picauville élevage de parthenaises dans les Deux-Sèvres
« Nous cherchons à exprimer le plein potentiel de nos parthenaises »

Dans les Deux-Sèvres, Charlotte et Mathieu Picauville mènent d’une main de maître leur troupeau de 200 mères parthenaises…

FRED
Prairies : « Nous semons le même mélange multiespèces sur toutes les parcelles »

En Meurthe-et-Moselle, le Gaec du Cytise a arrêté son choix sur un unique mélange de cinq espèces pour ses prairies…

ferme expérimentale de Thorigné-d'Anjou dans le Maine-et-Loire
Portes ouvertes : plus de 1 300 visiteurs à la ferme de Thorigné d’Anjou

Jeudi 16 mai dernier, la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou a ouvert ses portes pour présenter les résultats des nombreux…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site bovins viande
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière bovins viande
Consultez les revues bovins viande au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière bovins viande