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Cathy Donnedevie, éleveuse de bovins viande et maire en Corrèze : « Je cultive le bien commun »

Cathy Donnedevie est éleveuse de vaches allaitantes à Clergoux, en Corrèze, commune de 430 habitants dont elle est également maire. Elle articule ses fonctions d’élue avec son élevage de 150 mères limousines en système broutard, avec l’envie de « prendre soin du territoire et de ceux qui y vivent ».

Cathy Donnedevie, éleveuse de vaches allaitantes, devant des vaches limousines dans une parcelle en sous-bois
"Pour moi, il n’y a pas de dissociation entre mon métier d’agricultrice et mes fonctions de maire ou de présidente d’association", explique Catherine Donnedevie, éleveuse de vaches allaitantes et maire de sa commune.
© C. Donnedevie

Réussir Bovins Viande : Vous êtes devenue maire en 2022 à la suite du décès du précédent maire, comment cela s’est-il passé ?

Cathy Donnedevie : « Il fallait trouver une solution pour éviter que la commune ne se retrouve sous tutelle de la préfecture. Avec le conseil municipal, nous avons mis une panière sur la table, et nous avons voté. J’ai été choisie ».

Comment arrivez-vous à jongler entre votre métier d’éleveuse et votre rôle de maire ?

C. D. : Pour moi, il n’y a pas de dissociation entre mon métier d’agricultrice et mes fonctions de maire ou de présidente d’association. Tout s’entremêle.  En tant qu’agricultrice, je connais bien le milieu rural, cela m’empêche d’être hors sol. En tant que maire, je travaille pour le collectif, en tant que présidente d’association, je crée du lien. Dans l’ensemble, je prends soin d’un territoire et de ceux qui y vivent.

Au quotidien, je hiérarchise les tâches en fonction des urgences. Par exemple, pendant la cérémonie des vœux, une vache a vêlé. Mes filles l’ont surveillé, mais j’ai prévenu les administrés que si elles m’appelaient, je partirai tout de suite. Je suis une élue rurale, mes bottes sont devant la mairie.

Vous voyez des points communs entre l’agriculture et la fonction de maire…

C. D. : Oui, notamment les aléas et le temps long. J’ai appris l’inertie administrative, la patience dont il faut faire preuve lorsqu’on veut concrétiser un projet et qui est parfois dure à vivre. On sème une graine, et il faut attendre pour en récolter les fruits.

Comme être éleveuse, être maire, c’est 7 jours sur 7. Je passe à la mairie tous les jours et si la chaudière de l’école est en panne un dimanche, je dois gérer. Je suis tout le temps joignable. Heureusement, les employées municipales sont super, et l’équipe du conseil également. Tout le monde est très volontaire, chacun à sa spécialité. Nous avons un groupe Whatsapp entre élus, et ils me remplacent sans problème pour un évènement si besoin. 

Il y a tout de même parfois une forme de solitude, comme en agriculture. Mais c’est une solitude que j’aime, dans laquelle on apprend à ne pas détourner les yeux face à un problème, à assumer. On ne peut pas se défausser.

Quel projet phare avez-vous pu concrétiser pendant votre mandat ?

C. D. : Celui dont je suis le plus fière, c’est celui de l’épicerie-café participative. Il y avait eu un projet d’épicerie, qui n’a duré qu’un an car la personne n’a jamais pu se tirer un salaire. Pour un petit village comme Clergoux, je croyais plus en un projet participatif. Lorsque je suis devenue maire, je me suis saisie du sujet. Nous avons mis en place une boutique de Noël éphémère dans les locaux de l’épicerie. Elle était tenue par des producteurs et des artisans locaux, à tour de rôle. Elle a tellement bien fonctionné qu’elle a été ouverte pendant un an.

Nous avons pu inaugurer notre épicerie participative, Les Colibris, qui est aussi un café, en novembre 2024. J’en suis la présidente, mais 25 bénévoles se relaient pour les permanences. C’est un lieu où l’on peut se retrouver, jouer à des jeux de société.

Cela a récréé du lien dans le village. Il y a beaucoup de personnes âgées seules, cet endroit a rompu leurs solitudes.

En tant que maire d’une petite commune, je travaille pour le collectif, mais je profite aussi de ce que nous mettons en place. Je passe de bons moments au café. Par exemple, voir Jeannot, 92 ans, y jouer de l’accordéon, cela me fait vraiment plaisir.

Qu’est-ce qui vous plait le plus en tant que maire ?

C. D. : J’apprécie de pouvoir aider et accompagner les gens, de recréer du lien dans la commune. Mais je dirais tout de même : les mariages, et lorsque des gens qui ne sont pas d’ici s’installent parce qu’ils ont aimé le village. C’est magique.

Vous représenterez-vous aux élections municipales cette année ?

C. D. : Oui, quatre ans c’est court, et nous souhaiterions mener encore beaucoup de projets. J’ai à cœur de continuer à travailler pour le collectif et j’aimerais que les habitants de Clergoux m’accordent leur confiance car pendant quatre ans, j’ai eu l’impression de porter un fardeau sans en avoir la légitimité. C’est finalement la première fois que je monte une liste. Les urnes nous diront si les Clergousiens nous suivent.

Des veaux sous la mère aux broutards

Jusqu’à l’année dernière, Cathy Donnedevie élevait des veaux sous la mère. Elle est passée en système broutard. « Les cours m’ont décidé », explique-t-elle. Ce changement de système lui donne également plus de flexibilité dans ses horaires, un avantage pour sa fonction de maire. « Je n’ai plus l’astreinte des tétées matin et soir, c’est plus facile de me libérer sur ces horaires dorénavant », précise-t-elle. Pour autant, l’éleveuse n’envisage pas une fin définitive des veaux sous la mère sur l’exploitation. « Nous en referons sans doute quand ma fille s’installera. Cela me manque de manipuler les veaux, en broutard, nous le faisons moins », confie-t-elle.

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