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[De conseiller à éleveur] « J’avais en tête l’exploitation idéale et je l’ai trouvée »

Germain Fréville est double actif. Il travaille à mi-temps pour une association d’aide aux agriculteurs en difficulté et élève une trentaine de charolaises en système 100 % herbe, en conversion à l'agriculture biologique. Une organisation efficace lui permet de profiter d’une vie très riche au niveau humain.

Installé à Beuzeville dans l’Eure, Germain Fréville a toujours eu en tête le projet, plus ou moins prégnant selon les périodes, d’être éleveur. Fils de sélectionneurs charolais en Seine-Maritime, dans le pays de Bray, il avait acheté à l’âge de 14 ans une vache inscrite, qui s’appelait Hispanie, chez un sélectionneur de la Nièvre. Quand ses parents ont arrêté leur activité, il a repris chez lui toute la descendance d’Hispanie, soit cinq ou six vaches et leurs produits qui sont inscrits au herd-book.

Il avait alors déjà entamé, depuis 2003, une carrière au sein des organismes para-agricoles de Haute-Normandie, où il a occupé tout une palette de postes autour de la filière allaitante. Il a débuté comme technicien au contrôle de performance. Il a ensuite été dexeliste, puis conseiller en bâtiment. Depuis une petite dizaine d'années, il était conseiller d’entreprise au service installation et conseiller en élevage bovins viande, avec animation de groupe, suivis individuels et étude de conversion bio.

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En 2007, Germain Fréville avait conçu un projet d’installation qui n’a pas pu aboutir. Sa femme s’est alors lancée de son côté, en construisant à Beuzeville sa bergerie pour 300 brebis sur l’exploitation de ses parents. La famille s’est agrandie, Germain Fréville a continué son travail de conseiller qui lui réussissait bien, mais il était toujours en veille pour trouver une exploitation.

À un moment, Germain Fréville a ressenti le besoin de faire bouger les lignes. Il avait remarqué un troupeau charolais dans son voisinage qui lui plaisait vraiment bien, avec un parcellaire qui avait l’air sympa. il ne semblait pas y avoir de repreneur déclaré alors que l’heure du départ à la retraite des éleveurs arrivait. « J’avais en tête une exploitation idéale à reprendre, et c’est ce que j’ai trouvé ! » Problème : il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam ces éleveurs, qui n’étaient pas réputés pour être des plus faciles à aborder et avaient déjà été sollicités de nombreuses fois pour la reprise de leur exploitation. La démarche s’annonçait délicate. « Début 2018, jouant la carte de mon profil littéraire, j’ai pris ma plus belle plume et je leur ai envoyé une lettre de motivation », raconte Germain Fréville.

Lire aussi : [De conseiller à éleveur] "J’applique chez moi mes conseils pratiques"

« Cela s’est révélé positif. Quelques semaines plus tard, ils m’ont contacté. Cela a tout de suite matché dès la première rencontre. » Les deux parties sont tombées vite d’accord sur les principes d’une reprise. « Leurs souhaits étaient qu’une personne s’installe sur leur exploitation, que le bâtiment continue à abriter des vaches allaitantes, que les surfaces restent en prairies, et nous avions en plus la même approche des animaux. Je m’installe en bio et eux y pensaient depuis un moment sans l’avoir concrétisé. » Plusieurs autres échanges ont suivi, et les démarches administratives ont été finalisées en quelques mois.

Un échange à double sens entre éleveur et conseiller

En janvier 2019, à l’âge de 37 ans, Germain Fréville est devenu agriculteur à titre principal et salarié à mi-temps. Il souhaitait en effet continuer à travailler à mi-temps, la dimension de l’exploitation reprise n’étant pas très importante. « La sécurité du revenu est confortable. Je sais que je supporterais mal l’angoisse d’être serré par la trésorerie par exemple. Et aussi je suis habitué à voir du monde. Je sais que j’ai besoin de ces échanges à l’extérieur pour être bien », explique-t-il. Il a alors eu l’opportunité de rejoindre l’Atex (Appui technique et économique aux exploitations), association créée en 1983 (la première en France) par les OPA du département pour accompagner les agriculteurs rencontrant des difficultés financières, qui intervient sur la région Haute-Normandie. « J’assure des suivis d’agriculteurs sur un temps long. Ce sont des relations très riches et très fortes sur le plan humain », apprécie-t-il.

Lire aussi : [De conseiller à éleveur] « La vente directe et la génétique sont au cœur de mon système »

L’organisation de cette double activité s’est faite assez naturellement. Germain Fréville travaille pour l’Atex le mardi, le mercredi après-midi et le jeudi. « Je pose des jours de congé en fonction de la météo pour faire le foin et l’enrubannage, et les chantiers sont faits sans stress. Le plus compliqué, c’est l’hiver. Je dois avoir nourri et paillé tous les animaux avant 8 heures. » Germain Fréville travaille beaucoup à la lumière des phares. Et la première chose qu’il a faite a été d’installer un bon éclairage dans le bâtiment. Il a aussi acheté un détecteur de vêlages. « La maison est à cinq kilomètres du bâtiment, cela reste raisonnable. » Il ne peut certes pas aller voir tous ses lots tous les jours, mais il fait en sorte d’avoir une relation très proche avec ses animaux, ce qu'il partage d'ailleurs sur la page Facebook de l'élevage « et la Charolaise est docile ».

Un système très économe sur 60 hectares de prairies naturelles

De son point de vue, son expérience de conseiller lui a surtout appris à comprendre la mécanique qui mène certains éleveurs aux difficultés. « Faire du conseil permet de se remettre soi-même en question en tant qu’éleveur. C’est aussi un plus pour notre travail de conseiller, car nous comprenons mieux certains points de vue. Nous pouvons aussi partager plus avec eux. Quand un éleveur a perdu une bête, par exemple, on peut lui parler de ses propres mauvaises expériences, expliquer comment on rebondit quand on traverse des périodes contrariantes... »

Germain Fréville a signé un bail de carrière, ce qui lui offre une certaine sérénité et même une certaine liberté. « J’ai une obligation de rentabilité, dès maintenant, car je sais déjà que je n'aurai rien à transmettre à la fin de mon bail ! » Son exploitation est totalement indépendante de celle de sa femme, même pour le matériel. « On se soutient et on se donne des coups de main bien sûr. Mais chacun prend ses décisions et est responsable de son élevage. »

Depuis son installation, l’éleveur mets en place son système avec 30 vêlages sur 60 hectares de prairies naturelles. Il élève des bœufs de 30 mois. Les vêlages sont calés entre le 1er mars et le 1er mai. Les génisses d’un à deux ans et les bœufs sont hivernés dehors. Germain Fréville a attendu un an avant de lancer sa conversion au bio — le temps de mieux connaître son parcellaire. « Mon système est très économe. Les animaux sont engraissés sans concentrés, uniquement au pâturage ou à l’enrubannage. Je n’achète que la paille de litière. »

Le système n’est pas encore en croisière, mais Germain Fréville sait qu’il ne développera pas davantage la vente directe (six animaux ont été vendus l’an dernier en colis à des particuliers). « Cela demande beaucoup de temps de travail, ce que justement je cherche à maîtriser. Je commence en revanche à vendre des reproducteurs inscrits — trois l’an dernier – et cela permet de diversifier mes débouchés. » Mais les choses sont bien claires : son action de conseiller et ses affaires sur l’exploitation sont deux choses différentes, et tout est bien cadré.

Chiffres clés

30 charolaises en système naisseur engraisseur de bœufs de 30 mois

60 ha tout en prairies naturelles

0,5 UMO

« J’ai appris à augmenter mon efficacité au travail »

En tant que salarié à mi-temps, avec de jeunes enfants à la maison, et une trentaine de vêlages à assurer et toute la suite à élever, Germain Fréville a rapidement dû trouver son rythme. « Être efficace, c’est le nerf de la guerre. J’avais le sentiment d’être averti sur l’astreinte que représente le travail d’éleveur. Mais malgré cela, je me suis aperçu qu’on se laisse facilement prendre par des tâches chronophages. » Lui qui est assez perfectionniste a dû évoluer et accepter que tout ne soit pas toujours parfaitement « bien fait ». Il prévoit aussi de faire quelques petits investissements qui lui faciliteront le travail à l’avenir.

« La pression existe quand on est salarié, mais quand on est chef d’entreprise c’est une autre dimension… Il faut beaucoup planifier pour rester serein », confie-t-il. Et dans son activité de salarié, il peut s’appuyer sur son expérience de quinze ans maintenant pour hiérarchiser les urgences et faire avancer les dossiers dans les temps.

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