Abattoir de Corbigny : un défi à relever
Fermé depuis décembre 2021, l’abattoir de Corbigny espère rouvrir fin 2026. Porté par la SCIC Viandes du Nivernais et soutenu par les collectivités et des professionnels locaux, le projet fait encore face à plusieurs défis.
Lorsque la société Sicarev quitte les locaux de l’abattoir de Corbigny en 2021, aucun projet de reprise n’a abouti. Les élus se tournent alors vers Alexandre Lorré, éleveur-engraisseur et président de la Sicagemac, société gestionnaire du marché aux bestiaux de Corbigny. « J’ai d’abord refusé, car le marché au cadran n’a pas vocation à gérer un outil d’abattage. C’est en tant que corbigeois et utilisateur que j’ai accepté de m’impliquer. » Il crée dans la foulée la SCIC aux côtés des collectivités locales, dont il devient président, avec un objectif : fédérer les acteurs du territoire autour du projet.
Une gouvernance mixte
« Nous avons 52% de fonds privés et 48% de fonds publics. » Au premier rang se trouvent les collectivités locales, déterminées à maintenir l’outil. « Nous avons un engagement très fort de la Commune de Corbigny, du conseil départemental, des communautés de communes et des communes. Les collectivités veulent montrer à la profession qu’elles s’impliquent et le prouvent en accédant au capital de la SCIC. »
Côté privé, Alexandre Lorré a demandé à être épaulé par deux vice-présidents : « nous avons Christophe Harand, boucher-engraisseur à Corbigny, et Norbert Marquant, éleveur-engraisseur de porcs en bio à Nitry dans l’Yonne. » On trouve parmi les autres adhérents des éleveurs, des bouchers, des organismes professionnels (syndicats, chambre d’agriculture…) et même des particuliers. « Il n’y a pas que des utilisateurs de l’outil. Nous avons aussi quelques éleveurs qui n’engraissent pas et ne font pas de vente directe, mais qui ont quand même accepté de souscrire par solidarité. »
Plusieurs abattoirs dans le département
Le département de la Nièvre a la particularité d’être déjà doté de deux abattoirs multiespèces (Cosne-Cours-sur-Loire et Luzy), situés à environ 70 km de Corbigny. Pour Alexandre Lorré, cette proximité n’est pas synonyme de concurrence, car les sites ont des apporteurs et des marchés distincts. « À Corbigny, un abattoir de proximité est fermement attendu par les professionnels de la filière. »
Une sécurisation des apports par la filière porcine
« Le paradoxe dans la Nièvre, pays d’éleveurs bovins, c’est que la chaine porc va permettre la réouverture de l’abattoir. » La majorité des volumes traités à Corbigny sera, en effet, assurée par quelques acteurs locaux de la filière porcine. « Nous avons deux gros apporteurs de porcs qui sont dans l’Yonne, qui faisaient abattre leurs porcs à Corbigny avant la fermeture, et qui souhaitent que le site rouvre pour une question de proximité et de qualité de travail. » Pour Alexandre Lorré, la complémentarité porc-bovin-ovin est indispensable à la pérennité de l’abattoir, compte tenu du contexte de décapitalisation et des départs en retraite qui s’annoncent dans le département.
De nombreux défis à relever
La SCIC se donne pour objectif d’atteindre 700 tonnes la première année et 1200 à 1500 tonnes dans les deux à trois ans. Un directeur a été recruté à la fin de l’année dernière en la personne de Samuel Bionda, qui fut notamment chef des ventes du marché aux bestiaux de Sancoins. Néanmoins, de nombreux obstacles restent à surmonter. Le premier est l’explosion des coûts liée à un cambriolage en décembre dernier. « Nous nous retrouvons avec un groupe froid HS, et toute une partie des câbles électriques a été dérobée. Il faudra au bas mot compter plus de trois millions d’euros entre la partie matériel et la remise aux normes des bâtiments. Ça reporte l’ouverture, mais ça ne remet pas en cause le projet. »
L’autre enjeu est de sécuriser l’approvisionnement et d’attirer de nouveaux clients. Plusieurs pistes sont explorées. « Nous avons un soutien très fort de la fédération des bouchers avec Éric Dulat, président régional, qui pousse à la réouverture. Le département veut aussi mettre en place une plateforme toutes espèces confondues pour la restauration collective. » La SCIC prévoit également la construction d’un atelier de découpe au sein de l’abattoir pour développer à terme une activité de cheville à destination des artisans bouchers.
Des investissements pris en charge par une structure publique
Les investissements de l'abattoir de Corbigny seront pris en charge par Nièvre Aménagement, société anonyme d’économie mixte qui compte notamment parmi ses adhérents le département de la Nièvre (qui est actionnaire majoritaire), la ville de Nevers, la Caisse des dépôts et quelques partenaires privés.