Poire française : quatre défis pour accompagner la croissance du verger
Lors de la journée nationale poire organisée le 4 juin au centre CTIFL de La Morinière, les voies à suivre pour accompagner l’expansion du verger français de poiriers ont fait l’objet d’une table ronde. Quatre axes majeurs se dessinent.
Lors de la journée nationale poire organisée le 4 juin au centre CTIFL de La Morinière, les voies à suivre pour accompagner l’expansion du verger français de poiriers ont fait l’objet d’une table ronde. Quatre axes majeurs se dessinent.
« Nous avons de belles ambitions pour la poire », a déclaré Bertrand Gassier, président du groupe poires de l’Association nationale pommes poires (ANPP), producteur et dirigeant chez Fruits et Compagnie, lors de la journée Poire du 4 juin, au CTIFL de la Morinière. Depuis une dizaine d’années, la surface du verger français de poiriers progresse. Chez les adhérents de l’ANPP, l’essor est même de 46 % en 10 ans, a rappelé Vincent Guérin, chargé des affaires économiques de l’ANPP. Transformer ce potentiel de production en conquête de parts de marché nécessite une véritable feuille de route.
1. Mieux couvrir la demande du début d’année
Viser le bon créneau de mise en marché est vital. Les responsables de la filière martèlent le message dans la crainte d’une situation de surproduction en première partie de saison commerciale (août à décembre). Le gain de parts de marché est à espérer de décembre à la fin de campagne (avril), plutôt que sur septembre-décembre où l'offre est déjà abondante. Les variétés choisies pour les plantations nouvelles et replantations doivent tenir compte de ce calendrier.
2. Améliorer le savoir-faire en conservation
La conservation est devenue un levier majeur pour allonger la période de commercialisation de la poire. C’est une des cartes que joue la production italienne. « En février, on voit de la williams italienne sur les marchés », illustre Vincent Guérin. Sébastien Lurol, responsable de l’unité Compétitivité des itinéraires et technologies après récolte (Citar) au CTIFL, a souligné que l’itinéraire de conservation devait s’adapter à la maturité à la récolte et à la variété. Grâce aux équipements dont dispose le CTIFL à Saint-Rémy-de-Provence et à la Morinière, « il est possible de tester les itinéraires avant que vous les mettiez en pratique », a-t-il lancé. Mais comment assurer que la poire en rayon soit à la hauteur des attentes du consommateur compte tenu de la période d'affinage que les producteurs ne maîtrisent pas ? Une étude réalisée en 2019 par le CTIFL indiquait que 40 % des consommateurs étaient tout à fait ou plutôt d’accord pour dire de la poire qu’il est « difficile de savoir quand elle est bonne à manger » et près de 60 % à estimer qu’elle se conserve mal. D’où les travaux lancés par l’ANPP et le CTIFL pour déterminer un mode d’emploi de la plage de consommation de la poire après son départ de la station fruitière. Des résultats sont attendus en 2027. La gestion de la conservation est aussi une clé pour l’export, débouché que David Socheleau, dirigeant des vergers de La Blottière, considère comme « à développer ».
3. Animer le rayon poire sur toute la saison
« Nous avons besoin de nouveautés pour animer le rayon poire », a affirmé Jean-Camille Laurent, coordinateur national des achats de fruits et légumes d’Intermarché. Il a toutefois estimé qu’il y avait de la place en rayon sur la période de février à avril mais pas pour plus de 3 à 5 références de poire. Bertrand Gassier a souligné qu’il fallait éviter « de basculer de la diversité à la pullulation de variétés » et « coordonner l’offre et rendre intelligibles les différentes variétés ».
Un avis largement partagé. Un calendrier des variétés avec suggestion de période de promotion va prochainement être diffusé aux distributeurs. Un outil essentiel pour organiser le rayon poire mais également prolonger son animation actuelle, surtout centrée sur le début de saison commerciale. Jean-Camille Laurent a pointé que sur janvier à avril, la poire se retrouvait concurrente avec des fruits qui sont davantage connotés « de saison ». Un élément à prendre en compte.
4. Élargir le marché de la transformation
Pour David Socheleau, la transformation est un axe stratégique. « Il nous manque de la transformation en dehors de la williams. Ça sera un facteur d’équilibre important », a-t-il projeté. Sébastien Greffier, responsable achats des Vergers de Chateaubourg (intervenant en visio) a confirmé la domination actuelle de la williams en transformation. Il a indiqué être curieux des nouvelles variétés car réduire la dépendance à la williams est un enjeu. Autre défi, sortir de la compote, principale destination des poires transformées aujourd’hui, le plus souvent en mélange avec de la pomme. Sébastien Greffier a aussi exposé la « volatilité du tonnage transformé d’une année sur l’autre », indiquant qu’il pouvait aller de 1 000 tonnes à 3 500 tonnes selon les années. Le volume à transformer est dépendant des dispositions des MIN, concentrées sur août/septembre et janvier/février. Le timing de transformation est donc pour l’instant très restreint.