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Phytos en arboriculture : s’adapter aux nouvelles contraintes en matière de captane

Dose réduite et application avec un matériel adapté : les conditions d’utilisation du captane, un fongicide utilisé contre la tavelure, ont été largement durcies.

<em class="placeholder">Un papier hydro-sensible dans un verger, pour optimiser les réglages des pulvérisateurs. </em>
Avec ces nouvelles règles drastiques, le réglage du pulvérisateur est plus que jamais un enjeu.
© G. Payrastre

« C’est une situation encore inconnue dans le monde des phytos », affirme Guilhem Payrastre, responsable technique arboriculture à Adama, qui propose des produits à base de captane, une substance active fongicide utilisée notamment contre la tavelure en pomme. En 2024, l’Union européenne a renouvelé pour quinze ans l’autorisation du captane, mais en édictant des contraintes majeures. Pour mettre la France dans les clous, l’Anses a donc imposé deux restrictions cumulatives, applicables depuis novembre 2025 aux produits à base de captane, avec un effet rétroactif sur les AMM déjà en cours.

Des restrictions sur la dose et le matériel

La première restriction porte sur la dose : les quantités maximales de captane applicables par an et par hectare sont réduites de 61 %.

La seconde restriction porte sur le pulvérisateur : il faut utiliser un matériel qui améliore la précision de pulvérisation, par rapport à un matériel traditionnel de type atomiseur axial équipé de buses à turbulence. Dans un avis du 5 février, la DGAL (ministère de l’Agriculture) explicite ce que cela signifie : les équipements qui figurent « sur la liste des matériels permettant la diminution de la dérive » (publiée au BO Agri et régulièrement actualisée) sont autorisés, et « l’utilisation d’un atomiseur axial calibré pour une utilisation à faible volume de bouillie (~200 l/ha) est possible dès lors que la réduction des quantités maximales annuelles de 61 % est atteinte ». Pour Pierre Venteau, directeur de l’ANPP, 200 litres par hectare c’est « un tout petit volume, or on est sur des produits de contact, on cherche des choses plus mouillantes ».

L’atomiseur axial est donc autorisé (sous conditions), même lorsque ses buses ne sont pas anti-dérives. C’est ce qui ressort de la réponse du ministère, sollicité sur ce point par Réussir Fruits et Légumes, à la suite de difficultés d’interprétation exprimées par plusieurs professionnels : « L’avis ne prévoit pas d’exigence particulière concernant le type de buses équipant l’atomiseur axial », précise ainsi le ministère.

Par ailleurs, l’avis de la DGAL indique que « la réduction de la quantité maximale annuelle, dans les conditions définies par la présente note, permet d’atteindre l’objectif de réduction de 20 % des pertes au sol ».

Régler le pulvé pour s’adapter aux nouvelles règles

Avec ces nouvelles règles drastiques, le réglage du pulvérisateur est plus que jamais un enjeu. « Les arboriculteurs règlent déjà très bien leurs pulvérisateurs mais, désormais, il faut être parfait, viser une optimisation totale du système », explique Laurent Lajus, ingénieur mécanique à la tête de Solhead.

Par exemple, lors de récents essais en prune sur des arbres plein vent, son optimisation des réglages d’un atomiseur axial a permis de réduire la perte au sol et dans l’air, et d’améliorer la pénétration dans le végétal. Point important : cette optimisation s’est faite avec des buses qui ne sont pas anti-dérives, en l’occurrence des buses centrifuges de type ATR avec jet conique creux, angle de 60 degrés.

Dose réduite et buses anti-dérives : une équation impossible ?

Si Laurent Lajus a utilisé ces buses centrifuges, c’est parce que « la plupart des buses anti-dérives ne permettent pas d’optimiser le traitement à dose réduite ». C’est surtout le cas en plein vent, moins en haies fruitières. Pour expliquer le phénomène à l’œuvre, il utilise une métaphore sportive : « Si on compare les tailles des gouttes entre les buses anti-dérives et les buses que j’ai utilisées, les premières auraient la taille d’un ballon de foot et les secondes, la taille d’une balle de ping-pong. La balle de ping-pong est portée par le vent de la turbine et pénètre mieux dans la végétation, s’il n’y a pas de vent bien sûr, ou du moins un vent inférieur à douze kilomètres à l'heure. Les gouttes trop grosses vont, elles, taper sur les feuilles extérieures et s’arrêter sur celles-ci. » Encore une difficile équation à résoudre pour les arboriculteurs.

Captane : les pomiculteurs sont inquiets

L’Association nationale pommes poires (ANPP) est inquiète, d’autant que seulement la moitié de son parc de pulvérisateurs se trouve sur la liste de réduction de la dérive. « La réduction du nombre de passages de captane oblige à se recentrer sur le dithianon (Delan), explique Pierre Venteau, directeur de l’ANPP, avec le risque de moindre efficacité à terme que l’on connaît quand beaucoup reposent sur une seule molécule. » Les associations avec les phosphonates de potassium seraient aussi une piste, selon Guilhem Payrastre, responsable arboriculture d'Adama. Par ailleurs, l’ANPP regrette l’absence, selon elle, d’harmonisation européenne. « En Italie, ils ont décidé d’appliquer la baisse de 61 % non pas sur 100 % de la dose, comme en France, mais sur 40 % de la dose, la part jugée hors cible (pertes au sol et dans l’air) », affirme Pierre Venteau. Autre contrainte : la mention SPe8 du captane (arrêté abeille).

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