Maine-et-Loire : "En poire, nous avons réussi à limiter l'alternance"
À La Blottière, entreprise arboricole basée dans le Maine-et-Loire, le renouveau de la poire passe par des choix variétaux et des évolutions fortes dans la conduite des vergers.
À La Blottière, entreprise arboricole basée dans le Maine-et-Loire, le renouveau de la poire passe par des choix variétaux et des évolutions fortes dans la conduite des vergers.
« Nous n’avons jamais abandonné la poire, même dans les années 1990-2000 quand tout le monde arrachait », se félicite David Socheleau, à la tête de La Blottière, dont le cœur historique est situé à Chemillé-en-Anjou, en Maine-et-Loire. Le verger a depuis une quinzaine d’années planté ou replanté plus de 250 hectares sur ses différentes zones de production (Val de Loire, Sud-Ouest). « Nous avons encore des programmes de plantation sur des variétés tardives », informe le dirigeant. L’entreprise commercialise plus de 7 000 tonnes de poires par an.
« Nous avons pris le virage poire en 2011 avec la Sweet Sensation », raconte Arnaud Bergougnoux, responsable technique de La Blottière. C’est une variété que l’entreprise commercialise en exclusivité, en la produisant dans ses propres vergers et avec des producteurs partenaires. La Blottière poursuit son développement car elle est appréciée pour son goût et son caractère bicolore. « Elle n’est pas des plus faciles en terme agronomique », souligne le responsable. La Blottière a notamment travaillé pour maîtriser la tendance à l’alternance de cette variété issue d’une mutation de la comice. « Nous arrivons à produire 35 à 40 tonnes par an », se félicite Arnaud Bergougnoux.
Des variétés pour différents créneaux de consommation
La Qtee, autre variété club introduite dans le verger en 2019, est un autre pari de La Blottière. « Nous finissons les dernières plantations cet hiver », informe Arnaud Bergougnoux. Ses atouts : productivité, peu alternante, plus facile techniquement que Sweet Sensation, comice ou Angys, première variété bicolore précoce car se cueille avant la williams. Elle se vend dès mi-août et le verger essaye de la pousser en conservation jusqu’à fin janvier voire début février. Côté commercial, son caractère croquant (crunchy) ou fondant, son look coloré doivent lui attirer de nouveaux consommateurs, plus jeunes. La Blottière l’a notamment développée dans le Sud-Ouest.
S’est ajoutée Xenia, variété club ayant pour mission d’occuper le terrain à partir de février. Arnaud Bergougnoux vante sa très bonne tenue en conservation, sa productivité élevée et sa faible alternance.
Même rôle d’allongement de la période commerciale des poires françaises dévolu à Angys. Mais la Blottière constate que cette variété club est plus technique à mener que par exemple Qtee et Xenia. Son rôle dans la gamme est d’être sur le créneau premium comme Sweet Sensation. « Ces deux variétés ont le potentiel pour faire des gros fruits », apprécie Arnaud Bergougnoux.
Acquérir de nouveaux savoir-faire techniques
« La poire est beaucoup plus technique que la pomme. Les différences par variétés sont beaucoup plus marquées », pointe David Socheleau. Pour dompter ses variétés récentes mais aussi du fait du climat, des problématiques phytosanitaires et économiques, La Blottière a approfondi son savoir-faire en poire. « Nous avons évolué par rapport à il y a 40 ans mais aussi sur les quinze dernières années », résume Arnaud Bergougnoux. « Limiter les alternances est l’une des problématiques principales. Nous avons réussi à atteindre une production annuelle constante. Depuis 2017 on a beaucoup évolué sur ça. On a relevé ce défi grâce à la taille et à l’éclaircissage, confie Arnaud Bergougnoux. On a recherché un équilibre global croissance/charge, en évitant la survigueur. » Il souligne la nécessité d’un état végétatif minimum. « Le poirier c’est presque comme de la plomberie, il faut des tuyaux qui l’alimentent. S’il n’y a plus de croissance, le tuyau se meurt et on perd en calibre », illustre-t-il.
Simplifier les règles de taille pour gagner en efficacité
La taille a aussi évolué pour s’adapter au manque de main-d’œuvre spécialisée, avec des consignes « facilement reproductibles ». Depuis 2017, l’ensemble des vergers est en double axe. Le but est d’obtenir une haie fruitière qui demain pourra accueillir des solutions de récolte mécanisée.
Les arbres plantés à 3,50 x 1,20 m sont taillés à 3,80 m. « Nous donnons deux à trois consignes de base qui visent à avoir plus de rendement, plus de calibre, plus de coloration, explique le responsable technique. Entre chaque fil, il y a les mêmes consignes à appliquer. Il n’y a pas de vide car il y a assez de branches. On cherche à être poreux sur l’ensemble de l’arbre pour favoriser la lumière et le séchage rapide, et à avoir de la production sur toute la hauteur. On ne peut pas avoir le bas qui se meurt alors qu’il y a plus de rendement par kilo en bas des arbres. On est sévère en tête ».
Plus de prophylaxie face aux retraits ou restrictions de phytos
L’autre évolution majeure est l’adaptation aux restrictions et retraits de produits phytosanitaires. « On fait des essais en interne mais on est rapidement au pied du mur », observe Arnaud Bergougnoux. Il y a des solutions « intéressantes mais difficiles à mettre en place car il faut affiner le positionnement pour avoir la plus grande efficacité possible. Pour le Nori Pro par exemple, le feuillage doit être sec, il ne doit pas y avoir de rosée, ni de pluie, pas de cuivre ou d’azote à 5 jours », développe-t-il.
L’équipe a développé le repérage des bioagresseurs et la prophylaxie. « Nous incorporons davantage de stratégies automnales et hivernales. On fait du broyage de feuilles contre la pression stemphyliose, de l’application de barrières physiques l’hiver avec argile ou chaux éteinte pour le psylle. Pour la bactérie Pseudomonas, on applique un cuivre de plus l’hiver pour éviter les déconvenues au printemps. En taille, on essaye d’être plus rigoureux quand une branche a du chancre. On intègre aussi les terpènes d’orange depuis 1 ou 2 ans ou le savon potassique mais qui est plus difficile à mettre en place », énonce-t-il.
Pour gérer finement l’irrigation selon les besoins mais aussi lutter contre le psylle, il remarque qu’avoir la double irrigation, en goutte à goutte et aspersion, est précieux. « Le miellat provoqué par les larves de psylles peut se laver par l’aspersion », signale-t-il. Toutes ces démarches font aussi écho aux certifications Vergers écoresponsables et Demain la terre dans lesquelles est engagée La Blottière. Pour continuer à capitaliser sur son savoir-faire en poire, l’entreprise propose d’accompagner les producteurs qui veulent se lancer, notamment en Sweet Sensation.
Des nichoirs pour la pollinisation
Les fleurs de poirier diffusent peu d’odeur et donc attirent peu d’abeilles, à l’exception des osmies, qui apprécient le pollen des rosacées. Arnaud Bergougnoux est très satisfait des nichoirs à osmie installés dans les vergers à l’année. Les parcelles sont aussi organisées avec, par exemple, un rang de conférence (variété pollinisatrice) pour quatre rangs de Sweet Sensation.
La Blottière a déployé d’autres nichoirs comme ceux dédiés aux mésanges, oiseau devenu d’ailleurs l’emblème de l’entreprise. Dans les nouvelles plantations, six nichoirs sont implantés par hectare. Ils sont nettoyés lors de la taille.
Faire face à de nouveaux agresseurs
Arnaud Bergougnoux voit la liste des problèmes s’allonger. « La cochenille du poirier qu’on ne voyait que dans des vieux vergers de plus de 40 ans et qui est maintenant visible sur des arbres de 6 ou 7 ans. On essaye le BNA Pro et les huiles blanches mais il faut une application très ciblée. Dès que le feuillage se développe, on n’arrive pas à envelopper le tronc et les branches », déplore-t-il. À surveiller aussi désormais, le bupreste ou agrile du poirier, une larve qui creuse des galeries sur le tronc et rameaux pour se nourrir du bois. Elle est particulièrement néfaste sur les jeunes plants qu’elle peut détruire. Il cite aussi la présence de la bactérie Pseudomonas syringae, à laquelle les jeunes vergers et certaines variétés comme la Qtee sont sensibles ou encore le Pear decline, causé par un phytoplasme transmis par le psylle.
repère
La Blottière
Localisation : Chemillé-en-Anjou (verger et station) + deux autres vergers en Val de Loire + un verger et station dans le Sud-Ouest.
Surfaces en propre et via les producteurs apporteurs : Sweet Sensation : 50 ha, Qtee : 75 ha, Angys : 20 ha, Xenia : 10 ha. Autres variétés (williams, conférence, comice, Abate), 60 ha en propre et environ 50 ha par les apporteurs.
Effectif : environ 160 CDI en France, 350 personnes en équivalent temps plein.