Fourrages : le dactyle, une graminée à exploiter très régulièrement
Forte productivité, bonne teneur en protéines, résistance à la sécheresse : sur le papier, le dactyle a tout pour plaire. Pourtant, il souffre d’un déficit d’image, lié à son agressivité et sa tendance à faire des touffes. Le point sur cette graminée fourragère.
Forte productivité, bonne teneur en protéines, résistance à la sécheresse : sur le papier, le dactyle a tout pour plaire. Pourtant, il souffre d’un déficit d’image, lié à son agressivité et sa tendance à faire des touffes. Le point sur cette graminée fourragère.
« Le dactyle est la graminée qui résiste le mieux à la sécheresse, décroche le moins en production et redémarre le plus vite après une pluie », plante David Knoden, coordinateur de l’association wallonne Fourrages Mieux. « Son système racinaire très puissant lui permet de prospecter le sol en profondeur et de passer les périodes très sèches », ajoute Antoine Bedel, chef produit fourragères chez RAGT.
Ainsi, le dactyle est très adapté aux terrains séchants, sur lesquels il offrira une bonne productivité tout au long de la saison de pousse de l’herbe. En revanche, comme cette graminée est sensible à l’humidité et aux inondations, il faudra l’éviter dans les sols hydromorphes.
Le dactyle, la graminée qui produit le plus de protéines à l’hectare
Le dactyle, c’est aussi la graminée qui produit le plus de protéines à l’hectare : 193 g/kg MS pour du fourrage vert premier cycle, selon les données de l’AFPF. Sa teneur en sucres solubles est en revanche moins élevée que celle des autres graminées.
Autre avantage, le dactyle n’est pas remontant. « S’il est fauché au moment de la montaison, ses repousses seront uniquement feuillues, indique Antoine Bedel. Cela le rend plus souple d’exploitation, et permet de mieux gérer la valeur alimentaire. »
Mais alors, avec toutes ses qualités, pourquoi le dactyle n’est-il pas plus utilisé ? « Chez nous, le dactyle a longtemps été considéré comme une mauvaise herbe, raconte David Knoden. Les éleveurs voyaient une plante tout le temps malade, qui épiait précocement, difficile à gérer. Mais la sélection a fait beaucoup de progrès, et les variétés sont plus satisfaisantes par rapport à nos objectifs. » Les semenciers ont notamment travaillé sur les dates d’épiaison et la souplesse d’exploitation.
Reste que le revers de la médaille d’une graminée productive et qui pousse même en période estivale est qu’il faut l’exploiter souvent, en fauche comme au pâturage.
Le dactyle s’utilise en fauche et au pâturage
D’ailleurs, les avis divergent quant au mode d’exploitation du dactyle. Si certains y voient davantage une plante de stock, d’autres soutiennent son adaptation au pâturage. « Au pâturage, le dactyle fonctionne bien, mais il faut revenir très vite, toutes les trois semaines au maximum, expose Julien Greffier, chef produits fourragères chez LG semences. Au-delà, les feuilles durcissent et perdent en appétence. » De plus, il faudra prévoir une première exploitation tôt dans la saison, car la graminée redémarre vite en végétation. « Avant l’hiver, il s’avère également judicieux de nettoyer les parcelles en faisant pâturer les animaux, ajoute le chef produits. En effet, depuis quelques années, les conditions automnales favorisent la pousse de l’herbe et cette végétation en place tout l’hiver peut pénaliser le redémarrage au printemps. »
Pour la fauche, David Knoden recommande entre trois et quatre exploitations par an. « Une première fauche en ensilage ou en enrubannage au stade montaison, c’est l’idéal, explique-t-il. Ensuite, en deuxième et troisième coupe, on obtient un foin feuillu, qui sèche facilement », ajoute-t-il. « Le dactyle n’est toutefois pas la graminée que je prioriserai pour le foin, précise Julien Greffier, car les feuilles longues peuvent prendre en masse et il sèche moins bien que la fétuque élevée. »
En ensilage, il conviendra d’être vigilant également, car le dactyle est plus pauvre en sucres solubles que les autres graminées. « Pour la conservation, il est préférable que le dactyle se retrouve en fond de silo, estime David Knoden. Ainsi, il vaut mieux faucher les parcelles contenant beaucoup de dactyle en dernier, et les récolter en premier. »
Éviter de semer le dactyle en ligne
Le caractère cespiteux de la plante peut aussi décourager. « Pour limiter le phénomène de touffes, il vaut mieux éviter de semer le dactyle en ligne, indique Julien Greffier. Pour obtenir un semis « à la volée », on pourra utiliser un vieux semoir à céréales dont on relèvera les éléments semeurs. Les graines tomberont d’environ 20 cm, et en rebondissant sur le sol, s’éparpilleront. La herse suivant le semoir agira comme un râteau qui recouvrira les graines. » Il conseille également de bien soigner la préparation du sol, pour obtenir une terre fine, bien rappuyée, avec un passage de rouleau avant le semis, puis un autre après pour assurer un bon contact sol-graine.
Le dactyle est lent à l’implantation. La soigner assure ainsi sa réussite. De plus, le comportement cespiteux de la graminée a tendance à s’exprimer davantage lorsqu’il n’est pas assez concurrencé, par d’autres espèces ou d’autres dactyles. Un meilleur taux de germination signifie plus de plantes entrant en concurrence. Les semis de fin d’été semblent également plus adaptés au dactyle, lui laissant le temps de s’installer pendant l’hiver.
Le dactyle pendra le dessus sur les autres plantes de la prairie
Malgré sa lenteur à l’installation, le dactyle s’avère par la suite très agressif, et colonise la prairie au bout de quelques années. « Semé en mélange, il faut s’attendre à voir le dactyle prendre le dessus sur les autres espèces au bout de quelques années, et ce, quelle que soit la dose de semis initiale », estime Julien Greffier. « Dans nos essais, en troisième année, le dactyle représente entre 60 et 80 % des plantes », ajoute David Knoden.
Ainsi, lorsqu’on sème du dactyle, il faut être conscient de ce phénomène. « En Wallonie, les éleveurs ont souvent quelques prairies roues de secours avec du dactyle pour passer les périodes sèches. Les autres n’en comportent pas », explique David Knoden. C’est une solution pour diversifier les prairies, à l’échelle de l’exploitation et non à l’échelle de la parcelle.
Le dactyle pourra être associé à des légumineuses comme le trèfle blanc, le trèfle violet ou encore la luzerne, en choisissant des variétés assez agressives, qui peuvent tirer leur épingle du jeu si la prairie est exploitée tôt au printemps. « On peut également ajouter un fond de ray-grass anglais, pour éviter le salissement et assurer la production la première année. Il sera toutefois remplacé par le dactyle les années suivantes », remarque David Knoden.
Concernant la dose de semis, il est difficile d’en préconiser une. Elle dépendra essentiellement du terroir dans lequel le dactyle sera implanté. En revanche, il semblerait qu’en mettre trop peu dans un mélange augmente le phénomène de touffes.
Valeur alimentaire du dactyle
Fourrage vert 1er cycle, 1 semaine avant début épiaison, en g/kg MS
MAT : 193
MAD : 146
UFL : 0,91
UFV : 0,86
PDIN : 121
PDIE : 98
La sélection favorise la souplesse d’exploitation
Outre la résistance aux diverses maladies, les semenciers cherchent à améliorer la souplesse d’exploitation du dactyle, avec une fenêtre plus grande entre la sortie d’hiver et l’épiaison. Côté nouveautés, Cérience propose Destiny, une variété demi-tardive, avec un démarrage en végétation précoce, et Dali, une variété tardive, « très productive et très souple d’exploitation », explique Simon Juchault, chef marché luzerne et fourragères chez Cérience. RAGT lance RGT Bently et RGT Tenderly. « La première est très tardive à épiaison, souple d’exploitation et présente une très bonne digestibilité. La deuxième est demi-tardive et très productive, orientée plutôt vers la fauche », explique Antoine Bedel. Améliorer le rendement est en effet un axe majeur de la sélection. Toutefois, la productivité va souvent de pair avec l’agressivité, point sensible du dactyle. « La sélection a tendance à valoriser l’agressivité dans le mélange, indique David Knoden. Les règles du jeu ne sont plus adaptées aux besoins des éleveurs, qui aimeraient obtenir des mélanges équilibrés au fil des années. » « Nous travaillons toutes les variétés en mélanges, mais avec les critères de sélection actuels, c’est compliqué de faire inscrire une variété moins agressive », confesse d’ailleurs Simon Juchault.