« Des bêtes bien finies et un peu de temps libre », avec des vaches Angus en système bio tout herbe dans les Vosges
Au Gaec du Fourneau, à Vrécourt dans les Vosges, les prairies permanentes représentent l’intégralité des 314 hectares de SAU. Pour valoriser cette herbe, Charly et Christian Marot ont misé sur l’Angus. Les éleveurs visent des bêtes bien finies avec peu de concentrés, tout en ménageant leur charge de travail.
Au Gaec du Fourneau, à Vrécourt dans les Vosges, les prairies permanentes représentent l’intégralité des 314 hectares de SAU. Pour valoriser cette herbe, Charly et Christian Marot ont misé sur l’Angus. Les éleveurs visent des bêtes bien finies avec peu de concentrés, tout en ménageant leur charge de travail.
« Nous, on sait faire des bêtes, on se concentre là-dessus », plantent Christian Marot et son fils Charly, naisseurs-engraisseurs dans les Vosges, certifiés en agriculture biologique depuis 1999. Ils élèvent 200 mères Angus et leur suite.
L’intégralité de la SAU, 314 hectares, est en prairies permanentes. « Les céréales, ce n’est pas notre métier, si c’est pour mal le faire ce n’est pas la peine, estime Charly Marot. Et puis, ajouter des céréales, c’est ajouter des chantiers à des périodes généralement plus calmes pour nous. Avec la surveillance du troupeau, les deux périodes de vêlages, en février-mars et en août-septembre, les chantiers de fauche au printemps, il nous reste encore un peu de temps libre. Nous voulons le conserver. »
En outre, « une partie de nos terres est à faible potentiel, dans une zone très fraîche, très humide, où nous ne pourrions pas faire de cultures », précise son père.
Du fumier composté tous les ans
Autour de Vrécourt, en revanche, la majorité des terres est drainée. « Nous arrivons à très bien les exploiter, l’herbe pousse presque toute seule. Sur les prairies de fauche uniquement, nous sortons entre 4,5 et 5 TMS/ha. Toutefois, la majorité des prairies sont exploitées en pâture-fauche », explique-t-il.
Sur leurs terres, les éleveurs épandent du fumier composté tous les ans depuis une trentaine d’années : 10 t/ha sur les prairies de fauche, 5 t/ha sur les pâtures. Les sols sont riches en matière organique, et depuis quelque temps, ils utilisent un produit pour dégrader le feutre. Le produit couple amendement minéral basique et biostimulant. « Cela a l’air de fonctionner, le trèfle revient », estime Christian Marot.
Pour la fauche, les éleveurs réservent entre 15 et 20 hectares pour des fauches précoces, afin de récolter de l’herbe de qualité qui servira aux animaux à l’engraissement. Le reste est récolté en fauche tardive, pour les animaux à plus faibles besoins.
En plus du foin et de l’enrubanné de leurs prairies, Christian et Charly Marot peuvent compter sur de l’enrubanné de luzerne, qu’ils échangent contre du fumier composté avec un céréalier. « Nous comptons 1 tonne d’enrubanné contre 2 tonnes de fumier composté, explique Christian Marot. Il vient chercher le compost, et nous prenons la luzerne sur pied. »
Finition à l’herbe pendant la saison de pâturage
Les bêtes sortent entre le 1er et le 15 avril, « parfois avant si le temps le permet » et passent sur les prairies avant ou après la fauche, selon les parcelles. Les éleveurs pratiquent le pâturage continu, adapté selon la pousse de l’herbe. « Chez nous, la pousse de l’herbe atteint son pic autour du 1er mai. À ce moment-là, il faut que les prairies soient bien chargées, sinon, il y a du gaspillage », indique Charly Marot. Ensuite, selon la pousse de l’herbe et les différents chantiers de fauche, les éleveurs peuvent ouvrir des clôtures et agrandir les parcelles.
« Les Angus valorisent très bien l’herbe, les bêtes poussent toutes seules. Nous vendons les bœufs entre 27 et 30 mois, les génisses entre 30 et 32 mois. Ceux qui partent pendant la saison de pâturage ne sont pas complémentés », explique Christian Marot.
En hiver, les bêtes à l’engraissement reçoivent de l’enrubanné à volonté, « elles en mangent entre 20 et 25 kg par jour, estime l’éleveur. En finition, pendant deux mois à deux mois et demi, les bêtes reçoivent 6 kg de maïs par jour, 200 g de luzerne déshydratée et 150 g de tourteaux de lin, en deux repas. Le tourteau de lin permet d’obtenir une viande plus riche en oméga-3 ». À l’année, cela représente 27 tonnes de luzerne déshydratée, 22 tonnes de maïs et 5 tonnes de tourteaux de lin.
Conserver des kilos de carcasses
Les éleveurs ont à cœur de produire des bêtes bien finies. « L’Angus est très adaptée à notre système bio tout herbe avec peu de concentrés », estime Christian Marot. La race a remplacé progressivement les charolaises et limousines à partir de 2016. « Nous sommes allés chercher des vaches en Allemagne et en Tchéquie, car elles ont une bonne taille, et nous souhaitions conserver des kilos de carcasse », raconte Christian Marot. Résultat, les bêtes font en moyenne 400 kg de carcasse, toutes catégories confondues.
Les éleveurs sont satisfaits de leur choix : « J’apprécie de travailler avec les Angus, explique Christian Marot, elles sont sociables, curieuses, elles viennent facilement vous voir. Elles sont également dociles et rustiques. Leurs pattes sont bonnes, nous ne faisons venir le pareur que tous les trois ans. Le taux de mortalité des veaux sur l’élevage est de 2 % et en hiver, on n’entend pas tousser dans le bâtiment », ajoute l’éleveur qui travaille aussi avec de l’aromathérapie et de la phytothérapie en préventif.
Des différences entre Angus noires et rouges
L’IVV moyen sur l’exploitation est de 350 jours, avec un premier vêlage à 2 ans. Les vêlages sont faciles. « Depuis que je me suis installé en 2021, il y a dû avoir deux césariennes, et aucune sortie de matrice », remarque Charly Marot. « Les vaches peuvent même vêler dehors, ça ne pose pas de problème. Il faut seulement un peu plus surveiller les rouges que les noires lors du premier vêlage », ajoute son père.
Le rendement carcasse semble aussi différent entre les Angus noires et rouges. « Les rouges font un peu plus de poids de carcasse et surtout un meilleur rendement viande, explique Charly Marot. On doit être autour de 53 ou 54 % pour les noires, entre 56 et 58 % pour les rouges. » Les Angus noires semblent également plus souffrir de la chaleur.
La grande majorité du troupeau est constituée d’animaux noirs. « En général, le taureau est marqueur de la couleur et c’est compliqué de trouver des taureaux rouges, indique Christian Marot. Nous essayons de mettre ensemble les animaux de même couleur. »
Plusieurs débouchés pour la commercialisation
Les bêtes sont vendues tout au long de l’année, en majorité à Unebio. « Nous les emmenons nous-mêmes à l’abattoir de Mirecourt », précise Christian Marot. Une autre partie est commercialisée via un marchand de bestiaux, Ornain bétail. « Il nous a bien aidés lorsqu’Unebio ne pouvait pas avaler toute notre production. Alors, même si maintenant nous pouvons tout vendre à Unebio, nous préférons lui en garder une partie », ajoute-t-il. À ces principaux débouchés s’ajoute un restaurateur local, qui achète une bête par mois, et un peu de vente directe.
Charly et Christian Marot vendent également une vingtaine de génisses pleines et en moyenne cinq taureaux pour la reproduction. « Cela permet aussi de faire des échanges avec d’autres éleveurs Angus, de changer de sang, indique le père. Nous avons beaucoup de demandes, même d’éleveurs laitiers qui souhaitent un taureau de rattrapage, mais nous nous limitons. »
Chiffres clés
Des panneaux solaires pour diversifier le revenu
« Notre système est basé sur une seule production. Nous avons toujours fonctionné comme cela, et c’est toujours passé. Toutefois, c’est mieux de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, c’est pourquoi nous avons investi dans du photovoltaïque sur toiture », indique Christian Marot. Le père et le fils voulaient trouver un moyen de diversifier leurs sources de revenus, sans se lancer dans un nouvel atelier. « Nous avons assez de travail, les panneaux photovoltaïques demandent peu de temps, peu de main-d’œuvre, seulement un peu de maintenance que nous pouvons faire avec mon père », estime Charly Marot.
| Résultats économiques du 01/05/2024 au 30/04/2025 | |
| Un EBE de 162 626 euros | |
| En euros | |
| Produit total | 603 280 |
| dont produit total viande bovine | 398 114 |
| subventions | 183 487 |
| Charges opérationnelles totales | 110 088 |
| dont charges opérationnelles viande bovine | 110 088 |
| concentrés | 18 957 |
| frais sanitaires | 4 340 |
| achats paille | 11 913 |
Charges de structure totales (hors frais financiers et amortissements) | 330 565 |
| Excédent brut d’exploitation | 162 626 € |
| Source : Gaec du Fourneau | |
| Ventes viande de l’année du 01/05/2024 au 30/04/2025 | |||
| Catégorie | Effectif | Poids moyen | Prix moyen |
| Bœufs | 92 | 420 kgC | 6,80 € euros/kgC |
| Génisses et vaches | 45 | 390 kgC | 6,80 € euros/kgC |
| Source : Gaec du Fourneau | |||
Michaël Mougeolle, chargé d’affaires à la Banque populaire Alsace Lorraine Champagne
« Une exploitation saine et solide »
« Début 2026, le Gaec du Fourneau a reçu le prix de la dynamique agricole, organisé par la Banque populaire, catégorie renouvellement des générations. Chaque année, les chargés d’affaires choisissent de présenter le dossier d’un de leurs clients. J’ai voulu mettre en avant l’élevage de Christian et Charly Marot. Leurs résultats techniques et économiques sont bons. Ils montrent qu’il est possible de bien se rémunérer avec un système tout herbe. Cela fait quinze ans que je suis le Gaec du Fourneau, c’est une exploitation saine et solide, qui investit de manière raisonnée, en cohérence avec le système et la capacité de financement. Grâce à cette base saine, l’installation de Charly a pu se faire dans de bonnes conditions et les éleveurs peuvent faire face à des aléas, qu’ils soient économiques ou climatiques. »