Bien-être animal : comment les attentes sociétales modifient les pratiques des éleveurs ?
Le projet de recherche Entr’actes visant à étudier les controverses autour de l’élevage et leurs impacts sur le secteur s’est clôturé le 2 juin 2026. Ces questionnements citoyens, notamment sur le bien-être animal, sont à l’origine de changements de pratiques des éleveurs et montrent l’importance de la communication sur la réalité du métier.
Le projet de recherche Entr’actes visant à étudier les controverses autour de l’élevage et leurs impacts sur le secteur s’est clôturé le 2 juin 2026. Ces questionnements citoyens, notamment sur le bien-être animal, sont à l’origine de changements de pratiques des éleveurs et montrent l’importance de la communication sur la réalité du métier.
« Les meilleurs porte-parole des agriculteurs, ce sont les agriculteurs eux-mêmes », résume Marie-Andrée Luherne éleveuse de vaches laitières dans le Morbihan et présidente déléguée du Cniel, lors d’une table ronde le 2 juin 2026 organisée par l’Idele.
Depuis plusieurs années, l’élevage est l’objet de controverses avec des prises de positions de la part de la société, par exemple sur le bien-être animal ou le climat. Comment sont perçus ces questionnements citoyens par les éleveurs et quels sont leurs impacts sur le métier ? C’est ce qu’à étudier le projet Casdar Entr’actes (pour Elevage et filières, acteurs face aux enjeux sociétaux) pendant trois ans et dont les résultats ont été présentés le 2 juin 2026.
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Bien-être animal : les éleveurs de porcs anticipent l’arrêt des cages
Parmi ces enjeux, le bien-être animal fait partie des têtes de liste depuis plusieurs années. Ces questionnements impulsent des modifications des systèmes dans toutes les productions. Du côté de l’élevage porcin, « le gros changement actuel, c’est la remise en cause de l’élevage en cage pour les truies reproductrices », rappelle Matthieu Villain, conseiller à la Chambre d’agriculture de Bretagne lors d’une table ronde sur les changements liés aux attentes sociétales.
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La Commission européenne s’était engagée en 2021 à présenter une proposition législative d’ici fin 2023 pour supprimer progressivement les élevages en cage. Cette dernière n’a pas encore été proposée à ce jour. Une proposition de résolution a néanmoins été déposée en octobre 2025 par des députés français. Elle demande à la Commission européenne d’interdire l’élevage en cage de poules pondeuses dans l’Union, sans mention de l’élevage porcin. Des éleveurs décident tout de même d’investir dans des cages qui permettent de libérer la truie sur une partie de sa maternité explique Mathieu Villain. Ce changement est donc réalisé de « façon volontaire pour se préparer éventuellement à une future réglementation » mais sans être sûr de la potentielle norme. « Ces éleveurs sont satisfaits de leur nouveau matériel et de leurs nouvelles conditions de travail », affirme le conseiller.
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Anaël Roussel, chargé de mission au Clipp, l’interprofession du lapin, observe, quant à lui, le passage d’un système conventionnel en clapier vers des systèmes d’enclos au sol avec des groupes de lapin. Avec un impact sur l’attractivité du métier dans un secteur méconnu, même au sein de la profession. Selon Anaël Roussel, ces évolutions « attirent davantage de jeunes, de personnes en reconversion qui se sentent plus touchées […] on peut y voir un regain de fierté du métier. »
On n'est pas contre, mais c'est vrai qu'il faut nous donner les outils, le temps et les explications.
Cependant, ces transformations ont des impacts importantes pour les fermes, avec un réel besoin d’accompagnement. « Ces changements de pratiques sont plus vastes qu’il n’y parait. Il y a des conséquences en cascade qu’on n’anticipe pas avant de les vivre », pointe Anaël Roussel. « On n'est pas contre le changement, mais c'est vrai qu'il faut nous donner les outils, le temps et l'explication », renchérit Marie-Andrée Luherne en donnant l’exemple d’un changement de méthode d’ébourgeonnage sur ses veaux suite au passage d’une auditrice.
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Communiquer avec les citoyens pour recréer du lien
Il faut réussir à récréer cette confiance.
En plus de la communication au sein des filières, tous les participants s’accordent sur l’importance de la communication des éleveurs sur leur métier auprès des citoyens. Mathieu Désolé, agroéconomiste chez Itavi, pointe la « méconnaissance » des consommateurs. « Ils ne se posent pas la question de savoir, que derrière le produit animal qui est consommé, il y a un animal et un éleveur. » Et d’ajouter au sujet de la viande : « parmi les responsables d’une viande qui serait d’une mauvaise qualité, les enquêtés ne citent pas les éleveurs, mais plutôt les distributeurs et transformateurs. Donc il y a quand même une image plutôt positive du métier côté citoyen. »
Selon Marie-Andrée Luherne, « il faut réussir à recréer cette confiance » même si les éleveurs « n’ont souvent pas le temps ». Pour cela, il faut ouvrir les fermes, échanger et surtout « vulgariser et expliquer les choses en s’adaptant au public », conclut l’éleveuse.
Entr’actes propose des outils pour mieux communiquer
D’ailleurs, pour accompagner le corps de métier, le projet Entr’actes met à disposition un site qui rassemble différents outils pour communiquer sur sa ferme, rejoindre des collectifs et trouver une formation à la communication. La plateforme permet également d’explorer les enjeux sociétaux et des changements de pratiques concrets avec des témoignages d’éleveurs (ouverture du bâtiment en truies gestantes, mise en place de vente directe, par exemple). Le site est aussi destiné aux conseillers agricoles et enseignants.
Au-delà de la communication, Entr’actes souhaite, en développant des outils de formation, contribuer à un meilleur accompagnement des éleveurs dans la compréhension des enjeux sociétaux et dans la transformation de leurs pratiques pour « exercer leur métier en toute fierté » peut-on lire sur le site du projet.