Betteraves sucrières : « Je suis en limite de rentabilité sur mes parcelles irriguées »
Producteur sur deux exploitations agricoles en Eure-et-Loir (Villeau) et dans le Loiret, Samuel Bignet constate les effets des canicules et sécheresse sur ses parcelles de betteraves. Une parcelle en sec risque de ne pas être récoltée. Les parcelles irriguées ont été coûteuses en apport d’eau.
Producteur sur deux exploitations agricoles en Eure-et-Loir (Villeau) et dans le Loiret, Samuel Bignet constate les effets des canicules et sécheresse sur ses parcelles de betteraves. Une parcelle en sec risque de ne pas être récoltée. Les parcelles irriguées ont été coûteuses en apport d’eau.
Le 15 septembre, l’ITB a organisé la visite d’un essai sur les moyens de lutte contre la jaunisse de la betterave et a fait le point sur l’effet des canicules et de la sécheresse sur la culture. Irriguée sous pivot, la parcelle située à Villeau (Eure-et-Loir) est exploitée par Samuel Bignet(1). « J’espère approcher les 100 t/ha sur ce champ de 17 hectares mais si la production est en deçà de 80 t/ha, elle ne sera pas rentable avec un paiement à 35 €/t, craint l’agriculteur. J’ai apporté 7 tours d’eau à 35 mm avec un arrosage de nuit. Un tour d’eau coûte 2,5 €/mm, tout compris. » A l’hectare, les frais d’irrigation s’élèvent donc à un peu plus de 600 euros. L’irrigation a été menée jusqu’au 17 août, avec un apport de la nappe de Beauce quasi sans restriction en 2026. Ensuite, des pluies d’orage sont survenues, qui ont fait du bien à la culture. En 2025, l’agriculteur avait obtenu un rendement de 127 t/ha à 16, un record pour lui. Une première phase de récolte était programmée le 15 octobre par Cristal Union sur cette parcelle.
Plus de 200 euros/ha de coût de traitements contre les pucerons
Par ailleurs, l’année a été marquée par une arrivée précoce des pucerons vecteurs de jaunisse, ce qui a nécessité jusqu’à cinq traitements insecticides dans certains secteurs alors que la moyenne est plutôt de trois traitements. Après un semis le 21 mars, ces insectes ont été détectés dès le 8 avril sur des betteraves au stade cotylédons à 2 feuilles à Villeau. « J’ai suivi les recommandations de l’ITB sans jamais anticiper les interventions. Un premier traitement à base de Teppeki + huile a été appliqué le 8 avril puis un deuxième avec le produit Verseon huit jours plus tard, car les pucerons étaient toujours très présents, précise Samuel Bignet. Il y a eu ensuite deux traitements avec Movento (+ huile), plus espacés. La pression des pucerons a diminué sur les betteraves qui étaient plus développées. J’ai arrêté les traitements. » Mais les quatre traitements ont coûté 200 €/ha, hors coût de passages. L’agriculteur avait en outre réalisé un tour d’eau à 12 mm dans le but de perturber la présence des pucerons. Les attaques de jaunisse ont été modérées au final.
Moins de 20 t/ha prévu sur 10 hectares non irrigués
Samuel Bignet a une partie de sa production dans le Loiret, 40 hectares en tout de betterave dont 10 non irrigués. « Sur cette parcelle de bonne terre (sol pour moitié en limon profond, moitié en argilo-limoneux), la production est habituellement de 60 à 70 t/ha en sec. Cette année, cela n’atteindra pas les 20 t/ha, observe-t-il. La sécheresse ainsi que les attaques de Rhizopus et de charançon Lixus ont attaqué les racines d’une partie des betteraves. Or, si plus de 20 % des plantes s’avèrent pourries, notre sucrerie risque de ne pas récolter la parcelle. Cela représenterait alors une perte sèche sur cette parcelle pour l’exploitation car, une partie des betteraves étant irriguées, l’assurance aléas climatiques ne serait pas déclenchée. »
Des recherches montrent des variétés moins attractives des pucerons que d’autres
Des variétés de betteraves sont connues pour attirer moins les pucerons que d’autres et c’est un des sujets d’étude du PNRI, plan national de recherche et innovation. Dans l’essai de Villeau (28), la variété ST Blanco s'est montrée significativement moins attractive pour les pucerons que la variété Arum, outre le fait qu’elle soit également plus tolérante au virus de la jaunisse. Les solutions de biocontrôle montrent une efficacité partielle sur les pucerons. « Nous avons des difficultés à trouver le bon positionnement de ces solutions », admet Audrey Damien, de l’ITB. Certaines solutions comme les chrysopes vont être abandonnées dans les essais, compte-tenu de leur coût d’utilisation élevé à l’hectare et de l’efficacité limitée contre les pucerons. Les plantes compagnes (avoine, orge) restent les solutions qui fonctionnent le mieux, hors aphicides. Les essais ITB dans le cadre du PNRI le confirment toujours.