Semer des féveroles de printemps à l’automne est-il un pari gagnant ?

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La floraison est avancée jusqu'à un mois en semant des féveroles de printemps à l'automne, par rapport à des semis en février. Cela permet d'éviter les coups de chaud préjudiciables aux fleurs puis au développement des gousses. Crédits : © Réussir SA

Des essais montrent que le semis de féverole de printemps en novembre-décembre permet d’obtenir de meilleurs rendements pour ce protéagineux. L’absence de gel sévère en hiver ces dernières années bénéficie à cette stratégie dans les régions les plus tempérées.

Une stratégie gagnante sur les quatre dernières campagnes : avancer le semis de la féverole de printemps à novembre ou décembre plutôt qu’au créneau habituel de février. « C'est ce que nous avons mesuré dans notre essai à Catenoy, dans l’Oise. Le gain moyen de rendement a été de 26 % (+ 10 q/ha) entre 2022-2023 et 2024-2025 », rapporte Sophie Wieruszeski, de la chambre d’agriculture de l’Oise.

En 2026, les résultats n’ont pas encore été analysés, mais la tendance s’annonce la même. « Un gain a été enregistré également, de 5 quintaux par hectare (q/ha) en moyenne, par rapport à des féveroles d’hiver semées à l’automne », ajoute la conseillère. L’année 2024 a été la plus propice à la production de féverole : les variétés Shiva et Synergy ont atteint un rendement de 58,8 q/ha dans l’essai de Catenoy contre 40,3 q/ha pour les féveroles de printemps semées au printemps et 48,8 q/ha pour les féveroles d’hiver.

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Terres Inovia a testé la technique en 2024-2025 avec six essais dans quatre régions : Bretagne, Pays de la Loire, Île-de-France et Bourgogne. Quatre variétés de féverole de printemps (Tiffany, Callas, Nakka, Synergy) ont été comparées à deux féveroles d’hiver (Nairobi et Axel). « Les variétés de féverole de printemps semées à l’automne ont obtenu des rendements similaires, voire supérieurs, à celles d’hiver. Mais la variabilité est importante en fonction des variétés, rapporte Cécile Le Gall, de Terres Inovia. Callas et Synergy ont obtenu les meilleurs résultats, voisins de la variété hiver Axel. »

Une faible teneur en vicine-convicine apportée seulement par les variétés de printemps

Il y a plusieurs intérêts recherchés en semant des féveroles de printemps à l’automne. La floraison est avancée jusqu’à un mois par rapport à des semis de printemps, ce qui permet d’éviter les coups de chaud de fin mai à juin. « Au-dessus de 25 °C, les températures peuvent provoquer des coulures de fleurs et pénaliser le remplissage des gousses chez la féverole. Leur effet est renforcé lorsqu’elles se combinent avec un déficit hydrique », précise une note de Terres Inovia. « En 2025, la floraison a démarré à la mi-mai pour les féveroles semées à l’automne, contre fin mai à début juin pour celles implantées au printemps, donne comme exemple Sophie Wieruszeski. Les féveroles semées à l’automne ont fini leur floraison juste avant la période de stress, alors que celles semées au printemps ont connu des avortements et dessèchements de jeunes gousses en juin. »

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Des variétés de féverole de printemps présentent l’atout d’avoir une faible teneur en vicine-convicine, ce qui permet de les valoriser plus facilement sur les marchés de l’alimentation humaine, voire animale (volaille). Ce caractère n’existe pas dans les variétés d’hiver pour le moment. « C’est un facteur qui pèse sur le choix de la culture de féverole de printemps, avec un semis à l’automne pour en améliorer la performance. En outre, les féveroles d’hiver déçoivent en rendement, avec une recherche variétale qui peine à apporter une nouvelle génétique performante », remarque François d’Hubert, de la chambre d’agriculture de Seine-Maritime, un département où la féverole de printemps semée à l’automne se comporte bien.

Attention à la sensibilité au gel des féveroles de printemps

La stratégie a ses limites. Les variétés de printemps sont connues pour être davantage sensibles au gel que les variétés d’hiver. « Ces dernières résistent jusqu’à -12 °C jusqu’au stade 6-8 feuilles, puis leur résistance diminue, précise Sophie Wieruszeski. Les féveroles de printemps tolèrent un gel jusqu’à -4 °C à la germination. Leur résistance augmente ensuite jusqu’au stade 3-4 feuilles. » Pour cette raison, il convient de ne pas semer trop tôt la féverole à l’automne pour éviter qu’elle arrive à un stade trop sensible lors de la période de gel en janvier.

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Par ailleurs, le réchauffement climatique se traduit par une baisse du nombre de jours froids en janvier. L’Oise n’a pas connu de températures très basses ces quatre dernières campagnes en hiver. En Bourgogne, Cécile Le Gall note que « le froid qui a sévi en janvier-février 2025, avec des températures jusqu’à -7 °C, a induit des jaunissements ponctuels observés notamment sur le site d’essai, mais sans conduire à des pertes de plantes. » La stratégie se prête bien aux régions à climat tempéré en hiver, mais elle est encore risquée dans les régions les plus continentales où la fréquence de gels sévères peut demeurer élevée dans certains secteurs en janvier-février.

Une même densité de semis entre les deux types variétaux semés à l’automne

La conduite de culture entre variétés d’hiver et variétés de printemps de féverole semées à l’automne ne présente pas de différences. Mais les variétés de printemps se caractérisent souvent par une moindre ramification de leurs tiges, ce qui peut suggérer un semis plus dense. « Nous avons testé deux densités de semis (30 et 45 graines par m2) sur les deux types de variétés et nous n’avons pas noté de différence sur le rendement, signale Sophie Wieruszeski. Dans notre secteur, nous restons à une préconisation de 30 à 35 grains par m2 à l’automne. Le rendement est plutôt dépendant du taux de levée, en fonction des conditions de novembre-décembre au semis. »

De son côté, Cécile Le Gall a pu observer dans la majorité des essais de Terres Inovia « que les variétés de féverole de printemps ont ramifié, à l’instar des variétés d’hiver, ce qui n’est pas observé en général sur les semis réalisés au printemps. Le nombre de ramifications obtenu, légèrement plus faible que celui des variétés d’hiver, permet néanmoins d’augmenter la productivité par pied et ainsi d’appliquer une densité de semis de 35 graines par m², comme pour les féveroles d’hiver. »

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