Paratuberculose : « Nous n’avons jamais baissé les bras »

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Les 290 vaches sont conduites en deux lots. Crédits : © A. Conté
Les niches sont nettoyées et désinfectées à l’eau de javel après le départ du veau. Crédits : © A. Conté

En Bretagne, grâce au plan de maîtrise de la paratuberculose, le Gaec Olé n’a plus de cas cliniques parmi ses 290 vaches. Si la maladie est toujours présente à bas bruit, elle est sous contrôle.

Une fois que la paratuberculose est présente dans le troupeau, il n’est pas possible de l’éradiquer. Le Gaec Olé en sait quelque chose. « Quand je me suis installé en 1988 avec une trentaine de vaches, la paratuberculose était déjà là, on parlait à l’époque d’entérite qui était traitée avec du charbon ! », se souvient Gérard, l’un des cinq associés de ce Gaec familial breton.

« Le problème avec la paratuberculose, c’est que la bactérie responsable de cette maladie contagieuse peut survivre pendant des mois dans l’environnement. Les tests de diagnostics PCR ne détectent pas tous les animaux potentiellement porteurs, car l’excrétion de la bactérie dans les fécès d’animaux infectés est intermittente et la sérologie manque de sensibilité », explique François Guillaume, expert paratuberculose Innoval.

Les plans de maîtrise visent à maintenir la maladie sous contrôle, comme c’est le cas avec la dermatite digitée. « Leur but est de limiter l’apparition des cas cliniques et de limiter les nouvelles contaminations chez le jeune pour bien vivre avec la bactérie », résume Yvonnick Dando, conseiller santé spécialisé Innoval.

Protocole sanitaire lors des fusions de troupeaux

 

 
Une bonne hygiène générale de l’élevage permet aussi de limiter l’exposition des veaux.
Une bonne hygiène générale de l’élevage permet aussi de limiter l’exposition des veaux. © A. Conté

Face à la paratuberculose, le Gaec Olé n’a jamais baissé les bras. « Il ne faut surtout pas laisser la paratuberculose se développer, pour éviter un effet boule de neige. Certains élevages ont jusqu’à 10-15 % de cas cliniques. Ici, nous avons eu au maximum 5 % », souligne le conseiller. L’exploitation a beaucoup évolué depuis dix ans en fusionnant avec deux autres troupeaux en 2013 et en 2018. Elle produit aujourd’hui 2,6 millions de litres de lait avec 290 vaches.

« Au moment des fusions, nous ne voulions pas prendre de risque et avons appliqué le protocole sanitaire de GDS Bretagne », soulignent les éleveurs. Les analyses ont montré que les deux troupeaux fusionnés avaient un statut favorable vis-à-vis de la paratuberculose, la maladie étant toujours présente dans le cheptel initial.

De bonnes pratiques d’hygiène sur les veaux

 

 
Yvonnick Dando, conseiller santé Innoval. « Avec la durée d’incubation de la maladie, on ne commence à voir des résultats sur le nombre de cas cliniques que trois ans ...
Yvonnick Dando, conseiller santé Innoval. « Avec la durée d’incubation de la maladie, on ne commence à voir des résultats sur le nombre de cas cliniques que trois ans après la mise en place du suivi. » © A. Conté

Vu la taille du troupeau, le Gaec Olé n’a pas hésité à rouvrir en 2017 un nouveau plan de maîtrise de la paratuberculose pour cinq ans. Les éleveurs étaient déjà sensibilisés aux bonnes pratiques d’hygiène sur les veaux. « Ce sont les jeunes veaux qui se contaminent en ingérant les bactéries disséminées par les bouses des adultes », rappelle Yvonnic Dando. Sans de bonnes conditions d’hygiène, détecter et éliminer les animaux excréteurs ne sert pas à grand-chose : « Cela revient à vider la baignoire sans fermer le robinet ! »

Les veaux sont logés dès la naissance dans des niches extérieures individuelles puis ils passent en niche extérieure collective jusqu’au sevrage. « Chaque veau a son seau. Au départ du veau, la niche est lavée au nettoyeur haute pression puis désinfectée à l’eau de javel », décrivent les associés. Le box de vêlage est vidé après chaque mise-bas, puis paillé en ajoutant un asséchant litière.

« L’agrandissement de la nouvelle stabulation et l’arrivée des robots de traite en 2018 ont aussi contribué à améliorer la situation », souligne le conseiller. Les vaches sont propres et le lavage et la désinfection des trayons sont assurés par les robots de traite. Les veaux, alimentés au lait entier, reçoivent un lait de qualité irréprochable.

 

 
Le box de vêlage est vidé et nettoyé après chaque mise-bas.
Le box de vêlage est vidé et nettoyé après chaque mise-bas. © A. Conté

Deux cas cliniques et huit vaches séropositives réformées

Un an après l’ouverture du plan, des mesures ont été effectuées sur l’aire de vie des jeunes de moins de 1 an pour évaluer la pression bactérienne en collectant les bouses avec des chiffonnettes. Une première phase de dépistage sanguin (sérologies) a été menée sur les adultes de plus de 2 ans pour réformer les séropositives. L’année suivante, des PCR ont été réalisées sur les bouses des génisses de 12-18 mois pour mesurer leur contamination avant la mise à la reproduction. Puis à nouveau une phase de sérologies a été effectuée sur les adultes, en alternance avec des PCR sur les génisses.

Aujourd’hui, la maladie est encore présente à bas bruit, mais depuis 2017, le Gaec n’a eu que deux cas cliniques. Huit vaches séropositives ont été réformées sur dépistage sanguin. « La détection précoce des adultes excréteurs permet leur valorisation normale à l’abattoir », souligne Yvonnick Dando.

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En 2022, les 28 sérologies réalisées sur les bovins de plus de 24 mois sont toutes négatives. Sur les 76 analyses PCR réalisées sur les bouses des génisses de 12-18 mois, 14 sont légèrement positives. « Il suffit qu’une génisse ingère un peu de bactéries pour être faiblement positive. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle est atteinte de paratuberculose, commente François Guillaume. En revanche, une génisse très positive a 80 % de probabilité d’être super-excrétrice et potentiellement un futur cas clinique ; elle doit être réformée. » L'une des 14 génisses faiblement positives sera tout de même réformée (la première génisse depuis 2017) car sa mère a été diagnostiquée fortement séropositive peu après sa naissance. « Elle a peut-être été contaminée in utero via le placenta. »

Prolongement d’un an du plan de maîtrise

 

 
Yvonnick Dando, conseiller santé spécialisé Innoval, effectue des prélèvements au niveau des racleurs à lisier sur l’aire de vie des vaches pour des analyses PCR. ...
Yvonnick Dando, conseiller santé spécialisé Innoval, effectue des prélèvements au niveau des racleurs à lisier sur l’aire de vie des vaches pour des analyses PCR. Objectif : vérifier l’absence d’excrétrice et la charge bactérienne dans le troupeau. © A. Conté

Au vu de ces résultats d’analyses, le plan de maîtrise est prolongé d’un an, malgré l’absence de cas cliniques. Une nouvelle série d’analyses est donc en cours : deux PCR sur l’aire de vie des vaches, une sérologie sur lait de tank, et des prises de sang en mélange par cinq sur les adultes. « Nous ciblons davantage les analyses sur les bovins d’intérêt. » Leur coût (environ 9 €/sérologie et 35 €/PCR) est pris en charge à 50 % par Innoval ainsi que la moitié des frais vétérinaires pour les prises de sang. Ce suivi de la paratuberculose entre dans le cadre de l’offre garantie sanitaire qui regroupe différents services. Cette offre globale est facturée au Gaec environ 5 700 euros par an. Une chose est sûre pour ces éleveurs, la conduite d’un troupeau de taille importante ne peut se passer d’un accompagnement technique sanitaire !

Des mouvements d’animaux mieux sécurisés

 

 
François Guillaume, expert paratuberculose Innoval. « L’objectif est d’affiner le statut en le réalisant annuellement. »
François Guillaume, expert paratuberculose Innoval. « L’objectif est d’affiner le statut en le réalisant annuellement. » © A. Conté

° GDS Bretagne a revu en 2020 son dispositif paratuberculose jugé trop coûteux et pas suffisamment efficace pour limiter les contaminations inter-élevages. Dans le cadre du plan de maîtrise, il ne prend plus en charge les bovins réformés. Cet accompagnement financier était conditionné dpuis 2017 à de bonnes pratiques d’hygiène sur les veaux.

° La stratégie repose sur la délivrance de statuts troupeaux favorable – intermédiaire – défavorable. Ceux-ci sont basés sur des analyses de lait de tank et deux analyses d’environnement avec prélèvement de fécès sur l’aire d’exercice des vaches (PCR et PCR trek avec mise en culture pendant 42 jours) réalisées annuellement. Toutes les analyses sont prises en charge à 100 % par Innoval.

° Pour les élevages en statut défavorable, une « boîte à outils » de suivi est proposée : accompagnement technique pour de bonnes pratiques d’hygiène des veaux, analyses ciblées sur bovins d’intérêt (sérologies en mélange 5 bovins de plus de 24 mois, analyses sérologiques sur le lait, PCR sur génisses de 12-18 mois), génomique, vaccination dans certains cas. En 2023, 50 % du coût des analyses et 50 % des frais vétérinaires sont pris en charge.

Repères

• La bactérie responsable de la maladie - Mycobacterium avium paratuberculosis ou Map- résiste à la chaleur, au froid et à la sécheresse. Elle peut survivre plus d'un an dans le sol et plus longtemps encore dans l’eau.

• La paratuberculose est une maladie qui s’achète

• La présence de la bactérie entraîne une baisse de production de 2 à 5 %

• La contamination se fait sur les jeunes veaux

• La maladie clinique se déclenche chez les animaux de plus de 24 mois après un vêlage ou un stress. Avec une diarrhée liquide chronique et un amaigrissement de plus en plus marqué conduisant à la mort

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