En visite dans le Puy-de-Dôme, Olivier Amrane, vice-président du Conseil Régional AuRA, a échangé avec les éleveurs allaitants sur les défis de la filière, entre décapitalisation, hausse des coûts et soutien régional renforcé.
Le 29 mai dernier, Olivier Amrane, vice-président du Conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA), a visité l’exploitation de Philippe Blateyron à Joze, dans le Puy-de-Dôme, suite à sa demande de rencontrer les professionnelsagricoles de la filière.
Une rencontre symbolique dans un département où 60 % des exploitations sont dédiées à l’élevage, dont 25 % à la production de vachesallaitantes.
Avec plus de 87 000 têtes, principalement de raceCharolaise, Aubrac et Salers, le Puy-de-Dôme incarne une partie de la force d’AuRA, premièrerégion de France en nombre de vachesallaitantes avec près de 600 000 animaux en début d’année.
L’engraissement des bovins, un modèle historique mis à l’épreuve
L’exploitation de Philippe Blateyron, à la fois céréalière et spécialisée en semencespotagères, illustre un système du naisseurengraisseur devenu rare dans le département. Ses 45 vaches mères Charolaises, lui permettent d’élever et d’engraisser des bovins qui sont ensuite vendus en direct à des boucherslocaux et à un magasinIntermarché, à raison d’un animal par semaine.
Un système peu représentatif du Puy-de-Dôme, où l’élevageallaitant est majoritairement naisseur, avec des animaux envoyés à l’engraissement, vers l’Italie principalement.
Pourtant, l’engraissement des animaux était autrefois répandu dans la plaine de la Limagne. La pratique a reculé à la fois par la spécialisation des exploitations, les faibles coûts de la viande durant de nombreuses années et enfin, la disparition des sous-produits de la betteravesucrière, après à la fermeture de la Sucrerie de Bourdon. Sabine Tholoniat, présidente de la FNSEA 63, a rappelé : « cette complémentarité entre cultures et élevage a longtemps structuré l’agriculturelocale, ici en Limagne ».
À l’échellerégionale, la filière allaitante reste marquée par une forte orientation vers l’export (64% des veaux mâles). Seulement 13% des jeunesbovins sont engraissés sur le territoire.
Malgré une décapitalisation moins prononcée qu’au niveau national (10 % de bovins en moins en dix ans), les professionnels alertent sur la nécessité d’enrayer ce phénomène et de soutenir l’installation des jeunes. La Région a d’ailleurs renforcé ses aides, avec l’une des Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA) les plus élevées de France et des subventions pour la modernisation des bâtimentsd’élevage.
Durant cette rencontre, les éleveurs ont insisté auprès d’Olivier Amrane sur l’importance du soutien du Conseilrégional à l’agriculture et la filièreviande. Une aide d’autant plus nécessaire que l’augmentation des prix cette dernière année a, à la fois redonner du souffle aux élevages et alourdi la valeur des cheptels.
François Garrivier, président du comité de filière bovine AuRA, explique :
Le cheptel qui valait une certaine valeur il y a huit mois, a vu celle-ci être multipliée par 1,5 aujourd’hui. Les capitaux à transmettre, soit au fils qui arrive en exploitation, soit à de nouvelles personnes, sont donc encore plus importants. Le poidscapitalistique, déjà énorme en viandebovine, l’est encore davantage. »
Les professionnels ont également évoqué les tensionsrécentes sur le marché de la viande avec une baisse des prix, après qu’ils aient atteint des sommets. « La mayonnaise a tourné parce qu’il y a une situation mondiale qui est compliquée en ce moment», résume François Garrivier. À cela s’ajoute l’imprévisibilité des crisessanitaires, comme la DNC en 2025 dans les Savoies, qui a entraîné l’abattage de troupeaux. Ou encore, l’explosion des charges sous l’effet du conflit au Moyen-Orient.
La Région, par la voix d’Oliver Amrane, reste déterminée à soutenir la production locale.
On veut vraiment co-construire les choses. Le ConseilRégional prend ses responsabilités, mais on essaie de faire les choses ensemble, même dans la difficulté. Si on avait juste une lecture comptable, on n’investirait pas dans l’agriculture, compte tenu du nombre d’hectares et de la densité. La Région a fait le choix inverse.»
Le vice-président a rappelé que le budgetagricolerégional a été multiplié par quatre, passant de 35 à 120 millions d’euros.
En AuRA, 134 000 tonnes équivalentes carcasses sont produites alors que la consommationrégionale de viandebovine atteint 183 000 tonnes. La région a d’ailleurs la chance de compter encore plusieurs abattoirs, de diverses tailles.