Les bouses en disent long sur la manière dont les animaux valorisent leur ration. Leur tamisage, simple à mettre en œuvre, permet de suivre la digestion et d’identifier rapidement d’éventuelles pertes d’efficacité alimentaire.
« Lorsque l’on construit sa ration, l’objectif n’est pas seulement de distribuer un mélange équilibré, encore faut-il vérifier qu’il est correctement valorisé par les animaux. Une des façons de le contrôler, ce sont les pesées, mais si elles ne sont pas réalisées régulièrement ou que le GMQ n’est pas suivi de près, on a l’option la moins coûteuse de toutes : la bousologie », souligne Yan Mathiou, consultantnutritionniste indépendant. Cette pratique permet d’obtenir rapidement des contrôles sur le fonctionnement et la performance des rations à partir du tamisage des bouses.
Après passage au tamis et lavage, les premiers éléments observés sont les fibres. « Si on retrouve des morceaux de maïs ou de fourrages de plus d’un centimètre, c’est une alerte d’acidose. » La présence de céréales apporte également des informations. « Quelques grains entiers peuvent être observés car, s’ils n’ont pas été partiellement détruits avant l’entrée dans le rumen, ils sont difficiles à digérer. En revanche, la présence de nombreux grains éclatés traduit une mauvaise valorisation de l’aliment. » Cela peut révéler un manque d’azote disponible dans le rumen et une teneur en MAT insuffisante dans la ration. « Une fois ces constatations faites, le plus important reste l’évolution entre deux analyses. Il faut qu’il y ait une diminution de la présence de fibres ou de grains. »
L’épaisseur de la galette constitue un deuxième repère simple à suivre. « À l’herbe, elle peut descendre autour de 1 cm. Avec des rations à base de foin ou d’ensilage, elle se situe généralement entre 2 et 2,5 cm. Au-delà de 3 cm, l’efficacité alimentaire est jugée insuffisante. En engraissement, l’objectif est de rester sous les 2 cm, avec une valeur idéale de 1,5 cm ou moins. »
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Il est recommandé de réaliser un contrôle une à deux fois par mois et après chaque changement de ration. L’observation en amont du tamisage nous apporte également des informations. « Une bouse qui forme un léger cratère est généralement un bon signe. Des bouses trop sèches doivent conduire à vérifier les abreuvoirs. Des diarrhées persistantes, associées à un mauvais état du poil, peuvent, elles, justifier une recherche de coccidiose. La propreté de la croupe et de la queue reste également un indicateur précieux du bon fonctionnement digestif du troupeau », ajoute Yan Mathiou.
Contrairement au tamisage des rations, le matériel nécessaire reste très limité pour le tamisage des bouses. « Il nous faut une louche, une tasse, un seau, une passoire à pâtes et un presse-purée », détaille Yan Mathioux. Une fois équipés, il faut faire le prélèvement. Pour que celui-ci soit représentatif du lot, le consultant conseille de prélever une louche de trois à quatre bouses différentes dans chaque case. Toute la bouse doit ensuite être mélangée. « Ensuite, prélevez une tasse du mélange et versez-le dans la passoire à pâtes. Rincez le tout jusqu’à ce que l’eau qui s’écoule soit transparente. Quand il n’y a plus de jus sale qui sort de la passoire, c’est qu’il ne reste que les morceaux de fibres et de céréales dans le tamis. C’est ça qui nous intéresse de quantifier et d’observer. »
Les résidus sont ensuite placés dans un presse-purée afin d’en extraire l’eau. L’épaisseur de la galette obtenue est alors mesurée. « Si d’un test à l’autre l’épaisseur de la galette augmente, c’est qu’on a perdu en efficacité alimentaire. Si elle diminue, c’est qu’on a gagné en efficacité alimentaire. Pour que les résultats soient comparables, la quantité analysée doit toujours être identique, c’est pour cela qu’il est important d’utiliser systématiquement la même tasse pour mettre le mélange dans la passoire. »