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Autonomie des bâtiments d’élevage
Vers une nouvelle génération d’ateliers label

Entre innovations numériques, recherches d’économies d’intrants, agroécologie et recours aux énergies vertes ou solaires, le bâtiment d’élevage type label autonome pointe son nez. La cellule R & D de Vivadour prépare ce futur proche.

Philippe Pasini. « Dans nos campagnes, l’arrivée de l’électricité a été une révolution. La produire à la ferme en est une autre. »
© X. Cresp

Anticiper l’avenir du quotidien des agriculteurs au rythme des découvertes techniques, c’est la mission de Frédéric Marcato, directeur R & D de la coopérative gersoise Vivadour. L’autonomie des bâtiments d’élevage de volailles sous signes de qualité est dans sa ligne de mire, « c’est-à-dire non raccordés à des réseaux de distribution d’électricité et d’eau et qui ne consomment plus d’énergie fossile pour leur chauffage », résume Frédéric Marcato. Réduction des consommations, simplification des tâches, meilleures conditions d’élevage, maîtrise des coûts sont les objectifs de base. Pour « rester crédible », son service travaille sur des projets réalisables en trois ans, en liaison avec des adhérents « Géotrouvetout » de la coopérative et en adaptant des process industriels éprouvés.

Électricité produite et consommée sur place

L’intérêt pour l’autonomie électrique à la ferme va croissant depuis que la technologie photovoltaïque se déploie. Passer de la revente à l’autonomie fait son chemin. Désormais, les bâtiments équipés de nouveaux panneaux photovoltaïques ont deux compteurs de consommation. Mais le décalage entre la production journalière et la consommation plus ou moins continue pose la question du stockage des excédents. « Confrontée à l’autonomie de ses véhicules électriques, l’industrie automobile va rapidement nous apporter des solutions estime Frédéric Marcato qui préconise de lisser les pics de consommation pour éviter les surcharges. » L’équipe R & D réfléchit à des moteurs de lignes d’alimentation moins énergivores et plus petits, mais qui fonctionnent plus souvent. Question éclairage, les leds consomment très peu et sont faciles à poser, mais leur implantation nécessite encore des tests (couleur, intensité…).

Gestion de l’eau « compliquée »

Remplacer l’eau de réseau par l’eau de pluie, de ruissellement, les sources et les forages, les opportunités ne manquent pas, même si elles se heurtent à une difficulté juridique (responsabilité de l’éleveur), aux nouvelles règles de biosécurité, ou encore aux politiques pointilleuses de gestion de l’eau. Côté technique, c’est plus simple. L’eau « alternative » est assez souvent de meilleure qualité « d’autant que les traitements connus sont efficaces ». Avec de nombreuses surfaces de toiture, on récupère vite des dizaines de mètres cubes stockables. Le forage est intéressant, mais le cadre réglementaire est très strict et les autorisations sont données au compte-gouttes en fonction des secteurs géographiques. Il en est de même pour les autorisations de pompage en surface. « Pour trouver l’autonomie, il faut combiner. Nous avons mis au point un automate de gestion qui change de ressource en fonction des usages (lavage, gros débit, abreuvement). Déjà utilisé en bovin, il peut être décliné en avicole. »

Se chauffer à partir de la biomasse

Les projets de valorisation de la biomasse et de production de biogaz ne manquent pas chez Vivadour. Planter des taillis à courte rotation autour des parcours pour produire des plaquettes forestières et chauffer les volailles n’est plus une idée « écolo ». En établissant un plan agroforestier, on concilie bien-être animal, respect de l’environnement et production d’énergie verte. « Nous cherchons des solutions adaptées au site d’élevage, précise Frédéric Marcato. Comme adapter une chaudière industrielle alimentant quatre bâtiments label avec un rendement correct. » Des synergies entre différents opérateurs peuvent aussi fonctionner, comme le projet Biotricity de Mautbourguet (65) qui prévoit de coupler production de plaquettes et usine de combustion (49 mégawatts). Vivadour espère associer un industriel et des éleveurs de petite taille, en mutualisant la transformation des plaquettes. Côté biogaz, c’est la miniaturisation des unités de méthanisation (moins de 30 kW) qui se dessine, pour un investissement inférieur à 200 000 euros. L’objectif est de vendre l’électricité et de chauffer les bâtiments à l’eau. La « trigénération » permettra de combiner carburant, chaleur (ou échange froid/chaud) et injection de gaz dans le réseau, évoque Frédéric Marcato. Un prototype réalisé par Ovalie, la filiale innovations de Maïsadour et Vivadour, est en cours de finalisation.

"L’autoproduction électrique, une révolution"

Philippe Pasini a installé 230 m2 de panneaux photovoltaïques (36 kwc) sur son bâtiment label de 400 m2. La vente d’électricité rembourse presque la moitié des 80 000 euros investis pour le bâtiment. La chute des coûts d’investissement a certes fait baisser le prix de rachat, mais il est devenu beaucoup plus facile de financer une installation.

"Sécuriser l’abreuvement par l’autonomie"

Valérie Debaigt élève 12 000 poules pondeuses bio. Hydrogéologue, elle s’est naturellement penchée sur l’eau. « Je suis en bout de réseau avec des canalisations anciennes et souvent en manque de pression et de débit. J’ai été obligée de créer une réserve tampon pour sécuriser l’abreuvement en qualité et en quantité. » L’éleveuse a fait un premier forage, mais attend des clarifications administratives. Déterminée à continuer sa démarche d’autonomie, son argument reste invariable : « au-delà d’une démarche économique, c’est l’efficacité que je recherche ».

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