Vins effervescents : toujours en croissance, les crémants confrontés à de nouveaux producteurs européens
Tandis que l’export se développe et que la notoriété du crémant s’accroît, les producteurs et élaborateurs français ont commencé à dialoguer avec des producteurs allemands et italiens. Pour partager leur vision de l’AOP.
« Nous sommes à un tournant de notre développement. » Pour Dominique Furlan, vigneron bordelais et président de la FNPEC (fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant), les crémants représentant un îlot de croissance à préserver. Après dix années de développement, les voyants demeurent au vert : les ventes ont progressé de 114 à près de 123 millions de bouteilles entre 2024 et 2025. Les premiers chiffres sur le début 2026 montrent une tendance à la stabilisation de cette croissance en grande distribution, mais les résultats de la fin de l’année seront déterminants. La part de l’export a progressé par rapport à celle du marché français, passant de 40 à 43 % entre 2024 et 2025.
Avec ce succès, la notoriété a progressé. Et l’élément nouveau, ce sont des producteurs européens qui commencent à utiliser la mention ces deux dernières années. Or si le mot crémant est protégé par l’Union européenne depuis les années quatre-vingt-dix, et donc utilisable par nos voisins, la FNPEC s’inquiète d’un possible délitement de l’image du produit si ces derniers ne s’imposaient pas les mêmes contraintes que les nôtres. Elle défend une vision valorisante d’un produit défini par un cahier des charges spécifique, lié à une région d’appellation, pas une mention ajoutée au même titre que d’autres, sans réelle définition du produit.
C’est ce qu’elle a commencé à expliquer en Allemagne et en Italie. Outre-Rhin, les producteurs semblent avoir commencé à évoluer dans un sens satisfaisant. Les crémants allemands sont pour l’instant commercialisés uniquement sur le marché allemand. En Italie, où des cahiers des charges avaient été déposés, mais non spécifiques au crémant, une démarche « pédagogique » a débuté cette année, pour tenter de partager la vision française. « Nous ne sommes pas contre de nouveaux producteurs, se défend Dominique Furlan, mais à condition que le cahier des charges soit respecté. »
En parallèle, la FNPEC déploie la stratégie d’occupation du segment 9-15 euros en grande distribution française qu’elle avait dévoilée l’an dernier, en misant sur la valorisation des cuvées spéciales. Pour cela, elle souhaite mieux identifier la catégorie au sein de son concours en définissant des critères objectifs. Ceux-ci pour expliquer la différence de prix à la grande distribution. La durée d’élevage sur lattes de 36 mois et la présence de cépages autochtones dans l’assemblage pourraient faire partie des éléments différenciants.